Cayenne : le Fonds pour une presse libre soutient les deux journalistes de Guyaweb placés en garde à vue
Katia L.-S. et Frédéric F. ont été entendus le 17 juin pendant 8h30 à la gendarmerie de Cayenne pour un article publié en mars 2024
Le Fonds pour une presse libre a apporté son soutien aux deux journalistes du média indépendant Guyaweb, placés en garde à vue le 17 juin 2026 à Cayenne. Katia L.-S., directrice de publication, et Frédéric F., journaliste, ont été entendus pendant environ 8h30 avant d’être libérés en fin d’après-midi.
L’essentiel
- Date : Katia L.-S. et Frédéric F. ont été placés en garde à vue le 17 juin 2026 à la section de recherches de la gendarmerie de Cayenne.
- Durée : La garde à vue a duré environ 8h30 et a été levée à 17h.
- Motif : L’enquête préliminaire vise une « divulgation d’information personnelle » (art. 223-1-1 du Code pénal) concernant un article de mars 2024 sur l’exfiltration d’un substitut du procureur.
- Soutiens : Le Fonds pour une presse libre, le SNJ et Mediapart ont exprimé leur solidarité avec les deux journalistes.
Une garde à vue de huit heures et demie
Katia L.-S., directrice de la publication de Guyaweb, et Frédéric F., journaliste du média d’investigation, ont été interpellés mercredi 17 juin 2026 à la section de recherches de la gendarmerie de Cayenne, située dans les casernes de La Madeleine. Selon les informations communiquées par la rédaction de Guyaweb, leur garde à vue a débuté en matinée et a été levée à 17h, après environ huit heures et demie d’audition.
Les auditions se sont achevées entre 11h30 et 13h, précise le média. Le parquet de Fort-de-France, en charge de l’enquête préliminaire, a indiqué ne pas prendre de décision hâtive à ce stade.
Le motif : un article de mars 2024
Les investigations concernent un article publié par Guyaweb en mars 2024, relatant l’exfiltration d’un substitut du procureur, Alexandre Rousselet-Magri, menacé par une faction criminelle brésilienne. Le magistrat a déposé plainte le 27 mars 2024 pour « divulgation d’information personnelle permettant d’identifier ou de localiser une personne dépositaire de l’autorité publique et exposant à un risque direct d’atteinte à la personne et aux biens », infraction prévue à l’article 223-1-1 du Code pénal.
L’avocat de Guyaweb, Basile Ader, ancien vice-bâtonnier de Paris, a dénoncé une mesure de rétorsion contestable, selon des propos rapportés par Mediapart.
Des soutiens nationaux : FPL, SNJ, Mediapart
Le Fonds pour une presse libre (FPL) a apporté son soutien public aux deux journalistes dans un tweet publié le 18 juin. « Le FPL apporte son soutien à Katia Leï-Sam, directrice de la publication du média indépendant Guyaweb, et au journaliste Frédéric Farine », écrit l’organisme, qui défend la liberté et l’indépendance de la presse.
Le Syndicat national des journalistes (SNJ) a également réagi, qualifiant la procédure de « dérive inquiétante » et de potentielle « procédure-bâillon ». Dans un communiqué, le SNJ rappelle que Guyaweb avait déjà été retiré sans explication de la liste d’envoi des rôles des audiences de la cour d’appel de Cayenne il y a deux ans et demi. Mediapart, partenaire du réseau de Guyaweb, a aussi exprimé sa solidarité via un billet de blog.
Contexte dans la Guyane
La Guyane compte environ 300 000 habitants, dont une large part concentrée dans l’agglomération de Cayenne. Le territoire est marqué par une forte densité médiatique relative, avec plusieurs radios, télévisions et titres de presse écrite. Guyaweb, média indépendant fondé il y a une dizaine d’années, est l’un des rares sites d’investigation locale. Cette affaire intervient alors que les tensions sur la liberté de la presse en outre-mer sont régulièrement dénoncées par les syndicats. Le même jour, les autorités locales commémoraient l’Appel du 18 juin 1940 à Cayenne, un événement qui a rassemblé élus et citoyens.
Le lendemain de la garde à vue, l’Assemblée plénière de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG) doit débattre de sujets cruciaux pour le territoire comme les carburants, les budgets et le foncier. Ce contexte institutionnel souligne l’importance d’une presse indépendante pour couvrir les enjeux locaux.
Prochaine étape : décision du parquet
Selon les informations disponibles, le parquet de Fort-de-France n’a pas encore pris de décision sur la suite de la procédure. La garde à vue étant levée, les deux journalistes sont libres mais restent sous le coup de l’enquête préliminaire. Le Fonds pour une presse libre et les organisations syndicales appellent à la vigilance sur les risques de pressions judiciaires contre les médias locaux.
Sources
- Guyaweb : Guyaweb : La garde à vue de Katia Leï-Sam et Frédéric Farine a été levée à 17h
- France Info : Guyaweb : Frédéric Farine et Katia Leï-Sam en garde à vue
- SNJ : En Guyane, un journaliste et la directrice d'un site d'investigation en garde à vue : une dérive inquiétante
- Mediapart : Pressions judiciaires : Mediapart apporte son soutien à Guyaweb