Chambéry : amputée des pieds après son accouchement, Angélique obtient justice
Le Dr Selmi condamné le 29 avril 2026 à deux ans de prison avec sursis et à l'interdiction définitive d'exercer la radiologie interventionnelle.
Angélique a accouché de sa troisième fille à l'hôpital de Chambéry le 1er septembre 2021. Une erreur commise lors du traitement de son hémorragie post-partum lui a coûté ses deux pieds. Cinq ans plus tard, le radiologue responsable a été condamné.
Angélique avait 31 ans quand elle a mis au monde sa fille Éline à l’hôpital de Chambéry. Ce qui aurait dû être un accouchement ordinaire s’est transformé en drame médical. Aujourd’hui amputée partiellement des deux pieds, elle témoigne publiquement après la condamnation du médecin responsable, prononcée le 29 avril 2026.
L’essentiel
- 1er septembre 2021 : accouchement d’Angélique à l’hôpital de Chambéry, suivi d’une hémorragie post-partum.
- 17 novembre 2021 : amputation partielle des deux pieds à l’hôpital de Lyon, suite à une nécrose provoquée par une erreur d’embolisation.
- Trois victimes : deux autres patients du Dr Selmi, dès 2020, ont également été représentés au procès.
- 29 avril 2026 : le tribunal correctionnel de Chambéry condamne le Dr Selmi à deux ans de prison avec sursis et à l’interdiction définitive d’exercer la radiologie interventionnelle.
- +104,5% : hausse des événements indésirables graves associés aux soins en Savoie en 2025 par rapport à 2024, selon l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes.
Une hémorragie, une erreur, une nécrose
Lors de l’accouchement du 1er septembre 2021, Angélique développe une hémorragie post-partum, complication obstétricale grave mais connue. Pour la stopper, le Dr Selmi, radiologue contractuel au Centre hospitalier de Chambéry, procède à une embolisation - une technique consistant à obstruer les vaisseaux qui saignent. Selon les éléments rapportés par ICI (ex-France Bleu), il injecte par erreur des produits d’embolisation dans les canaux irriguant les membres inférieurs d’Angélique, et non dans les artères utérines ciblées.
Résultat : une nécrose progressive des pieds. Le 17 novembre 2021, soit deux mois et demi après l’accouchement, Angélique subit une amputation partielle des deux pieds à l’hôpital de Lyon. Elle a ensuite passé près de trois ans en fauteuil roulant.
Trois ans en fauteuil, puis des prothèses
Aujourd’hui, Angélique utilise des prothèses et a repris un emploi. Mais les séquelles restent importantes. Elle ne peut plus conduire normalement ni s’occuper de ses enfants comme avant, selon ce qu’elle a confié à ICI. Son quotidien a été profondément reconfiguré par cet accident médical survenu au moment de donner la vie.
Elle a choisi de témoigner publiquement. La journaliste Isabelle Gaudin a relayé son témoignage sur X :
Le tribunal condamne le Dr Selmi le 29 avril 2026
Le tribunal correctionnel de Chambéry a rendu son jugement le 29 avril 2026. Le Dr Selmi est déclaré coupable de blessures involontaires. La peine : deux ans de prison avec sursis et une interdiction définitive d’exercer la radiologie interventionnelle.
Angélique n’était pas sa seule victime. Deux autres patients ont été représentés au procès pour des erreurs médicales commises en 2020 au même Centre hospitalier, portant à trois le nombre de victimes identifiées du même médecin en moins d’un an.
La réaction d’Angélique, citée par ICI : « Cette condamnation m’a fait du bien, qu’il y ait enfin une justice pour moi, ma famille, et pour les autres victimes. Et puis effectivement, pour que ça ne recommence plus jamais, qu’il n’y ait plus de victimes du Dr Selmi. »
Contexte dans la Savoie
Le cas d’Angélique survient dans un contexte de hausse préoccupante des incidents médicaux en Savoie. Selon le bilan 2025 de l’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes, les événements indésirables graves associés aux soins (EIGS) ont bondi de 104,5% dans le département en un an, passant de 44 à 90 cas déclarés. À l’échelle régionale, la hausse atteint 47%, avec 1 443 EIGS recensés, dont 15% concernent la périnatalité.
Ce n’est pas la première fois que l’hôpital de Chambéry se retrouve au cœur d’une affaire grave. En décembre 2013, trois nourrissons étaient décédés en unité néonatale à la suite d’une infection nosocomiale. Selon ICI, les parents de ces bébés attendaient toujours, dix ans après, l’ouverture d’un procès. Ces deux affaires illustrent une fragilité récurrente dans la gestion des risques au sein de l’établissement savoisien.
Au niveau national, la Cour des comptes et Vie publique signalent que la France enregistre un taux de mortalité néonatale de 2,7‰, la plaçant au 22e rang sur 34 pays européens - un résultat en dégradation depuis 2012.
Un appel à la vigilance en périnatalité
Le témoignage d’Angélique dépasse le cas individuel. En prenant la parole, elle pointe une réalité documentée : les erreurs médicales en maternité et en suites de couches restent sous-déclarées et peu sanctionnées. Le Dauphiné Libéré relevait début avril 2026 que des professionnels de santé eux-mêmes reconnaissaient des défaillances dans les maternités de la région : « Il y a un souci, c’est clair. »
L’embolisation utérine est une procédure codifiée, pratiquée par des radiologues formés à cet acte précis. L’erreur de ciblage vasculaire décrite dans ce dossier soulève des questions sur les conditions d’exercice des médecins contractuels dans les hôpitaux publics - un point que ni le tribunal ni la direction du Centre hospitalier de Chambéry n’ont, à ce stade, commenté publiquement selon les sources disponibles.
Pour les familles qui suivent de près les affaires médicales en Savoie, le verdict du 29 avril 2026 constitue un précédent judiciaire rare dans ce type de dossier périnatal.
La prochaine étape sera de savoir si le jugement fait l’objet d’un appel. Angélique, elle, dit vouloir continuer à témoigner pour que d’autres femmes soient mieux informées de leurs droits face aux complications obstétricales.
Sources
- ICI (ex-France Bleu) : Témoignage : "J'ai accouché à Chambéry et à cause d'une erreur médicale, j'ai dû être amputée au niveau des pieds"
- Actu Valence : Chambéry : un accouchement tragique mène à une amputation
- ARS Auvergne-Rhône-Alpes : Sécurité des soins : l'ARS publie son bilan 2025 des événements indésirables graves
- ICI (ex-France Bleu) : Dix ans après, les parents des bébés décédés à l'hôpital de Chambéry attendent toujours un procès