ChatGPT chute de 87,2% à 68% de parts de marché face à Google Gemini
En un an, Google Gemini a bondi de 5,4% à 18,2% selon Similarweb, brisant le quasi-monopole d'OpenAI sur l'IA générative
Entre janvier 2025 et janvier 2026, la domination de ChatGPT sur le marché de l'intelligence artificielle générative s'est effritée de façon spectaculaire. Selon les données de Similarweb, la part de marché du chatbot d'OpenAI a chuté de 87,2% à 68%, tandis que Google Gemini explosait, passant de 5,4% à 18,2%. Ce basculement marque la fin d'une ère et le début d'une bataille acharnée entre géants de la tech pour la suprématie dans l'IA conversationnelle.
- ChatGPT a perdu 19,2 points de parts de marché en un an, passant de 87,2% à 68% entre janvier 2025 et janvier 2026 selon Similarweb
- Google Gemini a triplé sa présence sur le marché, bondissant de 5,4% à 18,2% grâce à son intégration dans YouTube, Search, Android et Gmail
- OpenAI a perdu l'accès à WhatsApp et ses 50 millions d'utilisateurs après que Meta a modifié ses conditions d'utilisation en octobre 2025
- Le lancement de ChatGPT Health début 2026 s'est soldé par un échec, avec des diagnostics jugés sans base médicale par des cardiologues
- Les alternatives européennes comme Mistral AI restent invisibles dans le débat public malgré leurs capacités techniques, soulevant des enjeux de souveraineté numérique
En l’espace de douze mois, le paysage de l’intelligence artificielle générative a connu un bouleversement majeur. ChatGPT, qui régnait sans partage avec 87,2% de parts de marché en janvier 2025, a vu son hégémonie s’effondrer pour atteindre 68% un an plus tard. Dans le même temps, Google Gemini a réalisé une percée fulgurante, multipliant sa présence par plus de trois pour atteindre 18,2% du marché, selon les données publiées par Similarweb. Cette redistribution des cartes témoigne d’une accélération de la concurrence dans un secteur devenu stratégique.
L’offensive tous azimuts de Google
La stratégie de Google pour rattraper son retard n’a laissé aucune place à l’improvisation. En 2025, le géant de Mountain View a déployé une succession de nouveaux modèles, multipliant les fonctionnalités et s’appuyant sur sa puissance de distribution incomparable. Avec YouTube, Search, Android et Gmail dans son arsenal, Google dispose de points d’entrée que peu d’entreprises peuvent égaler. Cette infrastructure a permis à Gemini de s’installer par défaut sur des milliards d’appareils, transformant l’essai là où OpenAI peine à trouver des canaux de distribution natifs.
Le lancement de GPT-5 en août 2025 a certes marqué une étape importante pour OpenAI, avec Sam Altman présentant un modèle qu’il qualifiait comme « le plus intelligent jamais produit ». Mais cette avancée technique n’a pas suffi à endiguer la progression de Google, qui a misé sur l’intégration plutôt que sur la seule performance brute.
La bataille des écosystèmes plutôt que des performances
Paradoxalement, l’écart de qualité entre ChatGPT et Gemini s’est considérablement réduit au fil des mois. Les utilisateurs constatent désormais que les deux services offrent des performances comparables pour la plupart des tâches courantes. Comme le soulignent plusieurs observateurs du secteur, « le meilleur LLM c’est celui qu’on utilise le plus facilement ». Cette réalité pragmatique joue en faveur de Google, dont l’IA est accessible directement depuis les outils que des milliards de personnes utilisent quotidiennement.
OpenAI a tenté de diversifier ses canaux de distribution, notamment en déployant ChatGPT sur WhatsApp en décembre 2024. Mais cette initiative a tourné court. Comme l’a rapporté Blog du Modérateur en octobre 2025, Meta a modifié les conditions d’utilisation de son API WhatsApp Business pour interdire l’accès aux « grands modèles de langage » tiers à partir du 15 janvier 2026. OpenAI a confirmé dans un communiqué que ChatGPT quitterait la plateforme après avoir séduit plus de 50 millions d’utilisateurs sur ce canal.
« Nous avons adoré voir plus de 50 millions d’entre vous discuter, créer et apprendre avec ChatGPT sur WhatsApp. La simplicité et la familiarité de la messagerie en faisaient un lieu naturel pour la créativité et la curiosité du quotidien », a déclaré OpenAI dans son communiqué.
Des faux pas qui fragilisent la confiance
La période récente n’a pas été exempte de controverses pour ChatGPT. Le lancement de ChatGPT Health début 2026 a rapidement tourné au fiasco. Une enquête du Washington Post révélée par 01net en janvier 2026 a démontré que le service, censé analyser les données de santé collectées par les montres connectées, produisait des évaluations alarmistes et incohérentes. Plus de 230 millions d’utilisateurs demandaient déjà des conseils de santé à ChatGPT chaque semaine avant ce lancement raté.
Le cardiologue Eric Topol, interrogé par le Washington Post, a dénoncé des évaluations « sans base médicale » et potentiellement anxiogènes. Le chroniqueur Geoffrey A. Fowler, qui avait fourni dix ans de données de son Apple Watch, s’est vu attribuer une note catastrophique que son médecin a immédiatement balayée. Ces incidents ont alimenté les doutes sur la fiabilité des applications d’IA générative dans des domaines sensibles.
La question de la souveraineté numérique européenne
Au-delà du duel ChatGPT-Gemini, la bataille de l’IA générative soulève des enjeux de souveraineté. Comme l’a souligné la Médiatrice de Radio France en mars 2025, suite à une émission consacrée aux trois ans de ChatGPT, les médias européens mentionnent quasi exclusivement les solutions américaines, occultant les alternatives européennes comme Mistral AI et son outil Le Chat. Des auditeurs ont reproché à France Inter de faire de la publicité pour ChatGPT sans jamais évoquer les champions français.
« À chaque fois que vous abordez ce sujet vous parlez ou évoquez, nommez ChatGpt mais jamais Mistral. Vous participez à vulgariser une marque qui, en plus, est contrôlée par un pouvoir plutôt opposé à nos convictions profondes », déplorait un auditeur cité par la Médiatrice de Radio France.
Cette concentration du marché entre deux acteurs américains pose la question de l’indépendance technologique européenne. Mistral AI, malgré ses avancées techniques, peine à émerger dans le débat public face aux mastodontes dotés de budgets marketing colossaux et d’écosystèmes tentaculaires.
Un marché loin d’avoir trouvé son équilibre
La chute de 19,2 points de pourcentage de ChatGPT en un an ne signifie pas pour autant la fin d’OpenAI. Avec 68% de parts de marché, l’entreprise de Sam Altman conserve une position dominante. Mais la dynamique s’est inversée. Google a prouvé qu’il pouvait mobiliser ses ressources pour rattraper son retard, et la tendance pourrait se poursuivre en 2026. D’autres acteurs, comme Claude d’Anthropic ou les solutions européennes, attendent leur heure pour bousculer davantage le duopole émergent.
L’enjeu dépasse désormais la seule performance technique des modèles. Il s’agit d’une bataille d’écosystèmes, de distribution et d’intégration dans les usages quotidiens. Dans cette guerre, Google dispose d’atouts considérables qu’OpenAI peine à contrer. La question n’est plus de savoir si le monopole de ChatGPT est terminé , il l’est , mais plutôt de déterminer si un nouvel équilibre duopolistique va s’installer ou si d’autres acteurs parviendront à se frayer un chemin. Une certitude demeure : l’année 2026 sera décisive pour redessiner la carte de l’intelligence artificielle générative.
Sources
- Similarweb (janvier 2026)
- Blog du Modérateur (22 octobre 2025)
- 01net.com (27 janvier 2026)
- La Médiatrice de Radio France (12 mars 2025)
- Clubic (7 août 2025)
- Numerama (26 janvier 2026)