Chemsex : un mort par semaine à Paris, le 11e en première ligne
Depuis janvier 2026, neuf décès sur dix-huit overdoses parisiennes sont liés au chemsex. Associations et élus réclament des moyens.
Dix-huit overdoses mortelles à Paris depuis le 1er janvier 2026 : la moitié impliquent le chemsex, cette pratique mêlant drogues de synthèse et rapports sexuels. Dans le 11e arrondissement, associations et autorités tentent de contenir une courbe qui s'emballe.
Les chiffres ont de quoi alerter. Depuis le 1er janvier 2026, Paris compte 18 décès par overdose, dont neuf directement liés au chemsex, selon Le Parisien. L’association Chems Pause porte ce bilan encore plus haut : au moins 20 morts en lien avec cette pratique depuis janvier, selon France Info. Les quartiers festifs de l’Est parisien, et le 11e arrondissement en particulier, concentrent une part significative de ces cas.
GHB, 3-MMC : des substances aux marges étroites
Le chemsex désigne la consommation de drogues lors de rapports sexuels, principalement du GHB/GBL et des cathinones de synthèse comme la 3-MMC. Apparu en France dans les années 2010 au sein des communautés d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), le phénomène toucherait aujourd’hui entre 100 000 et 200 000 personnes en France, dont 40 % avec un usage jugé problématique, selon un rapport consultable sur le site vie-publique.fr. L’ANSM a recensé 563 complications graves liées au chemsex entre 2021 et 2024, dont 15 décès - un chiffre jugé sous-estimé, selon France 24. L’OFDT souligne que le GHB expose à des « G-holes » - pertes de conscience soudaines - et à des complications cardiaques, avec une marge entre dose récréative et dose létale particulièrement étroite.
En mai 2025, l’incident d’un bar du 11e avait déjà cristallisé l’attention : quatre overdoses graves en 24 heures après consommation de GHB, dont un attaché parlementaire parmi les victimes.
Les associations en première ligne, souvent seules
AIDES, Act Up-Paris et Chems Pause assurent l’essentiel de la réponse de terrain : groupes de parole, tests de substances, orientation vers le SAMU (15) en cas d’urgence. Une ligne d’écoute est disponible 24h/24 au 07 62 93 22 29, selon le site d’Act Up-Paris. La Ville de Paris a lancé en 2021 un plan quinquennal incluant ces dispositifs dans le 11e et ses environs, rappelle la mairie de Paris. Mais pour les associations, les moyens restent insuffisants face à l’ampleur du phénomène.
Une proposition de loi au Sénat
Sur le plan législatif, la sénatrice Anne Souyris (EELV) a déposé le 10 février 2026 une proposition de loi visant à instaurer le principe du « bon samaritain » - immunité pour les témoins d’overdose qui appellent les secours - et à obliger les applications de rencontre à diffuser des messages de prévention, selon le texte publié au Sénat. Une stratégie nationale est par ailleurs annoncée comme prioritaire pour 2026, avec la campagne « Avril Utile » pour la sensibilisation.
Pour mémoire, Paris avait enregistré 30 overdoses mortelles en 2023 - soit un décès tous les 12 jours - et 29 en 2025, dont 10 liées à la cocaïne et 9 à des consommations multiproduits, toujours selon Le Parisien. Le rythme de 2026 marque une rupture nette.
Prochaine étape : La proposition de loi Souyris doit être examinée au Sénat dans les prochaines semaines. Le plan quinquennal de la Ville de Paris arrive à échéance fin 2026 ; une évaluation publique est attendue.