Cheval qui bave : causes, symptômes et solutions
En bref
Un cheval qui bave peut être détendu au travail, mais une hypersalivation excessive au repos signale souvent un problème : intoxication fongique par le trèfle contaminé, obstruction œsophagienne, problèmes dentaires ou infection. Retirez le cheval du pré et consultez un vétérinaire si les symptômes persistent.
Voir son cheval baver de manière excessive peut inquiéter tout propriétaire. Ce phénomène appelé ptyalisme ou hypersalivation touche de nombreux équidés et peut avoir des origines très variées, allant d'une simple décontraction à des pathologies graves nécessitant une intervention vétérinaire urgente.
Les étapes à suivre
Étape 1 : Comprendre le ptyalisme chez le cheval
Le ptyalisme désigne une production excessive de salive chez le cheval. Normalement, les glandes salivaires produisent de la salive lors de la mastication pour faciliter la digestion. Cependant, lorsque cette production devient anormalement abondante, créant des flaques de bave ou une mousse importante autour de la bouche, il s'agit d'hypersalivation. Cette condition peut être physiologique (liée à l'exercice ou à la décontraction) ou pathologique (causée par une maladie, une intoxication ou une obstruction). Il est essentiel de distinguer une salivation normale d'une hypersalivation problématique. Un cheval qui bave légèrement au travail peut simplement être détendu, tandis qu'un cheval qui produit des litres de salive au repos présente un signe clinique préoccupant nécessitant une investigation vétérinaire.
Étape 2 : L'intoxication à la slaframine : cause fongique fréquente
La cause la plus courante d'hypersalivation au pré est l'intoxication à la slaframine, un alcaloïde produit par le champignon Rhizoctonia leguminicola qui infecte les légumineuses, particulièrement le trèfle rouge, le trèfle blanc et la luzerne. Ce champignon se développe par temps humide et produit des taches noires sur les feuilles. Lorsque le cheval ingère ces plantes contaminées, la slaframine stimule excessivement les glandes salivaires. Les concentrations toxiques varient de 1,5 à 100 ppm selon la sensibilité du cheval. Les symptômes apparaissent dans l'heure suivant l'ingestion et peuvent durer jusqu'à trois jours. Les chevaux sont particulièrement sensibles à cette toxine qui peut aussi provoquer des larmoiements, des troubles respiratoires, de la diarrhée et une augmentation de la miction. Le champignon peut survivre dans le foin sec pendant 10 mois à un an.
Étape 3 : Le bouchon œsophagien : urgence relative
Le bouchon œsophagien est une obstruction de l'œsophage causée par une accumulation d'aliments. Cette pathologie fréquente chez le cheval goulu se manifeste par une hypersalivation importante accompagnée d'extension de l'encolure, de toux, d'agitation, d'efforts de régurgitation et parfois d'un jetage nasal alimentaire (écoulement d'aliments par les naseaux). L'œsophage du cheval étant particulièrement long et mobile, ces animaux sont plus sensibles aux obstructions. Les causes incluent une mastication insuffisante due à des problèmes dentaires, une consommation trop rapide, une alimentation de mauvaise qualité ou une sédation récente. Si le bouchon est récent (moins de 2 heures), le propriétaire peut masser l'encolure et retirer l'alimentation. Au-delà, l'intervention vétérinaire devient nécessaire car les complications peuvent être fatales.
Étape 4 : Problèmes dentaires et salivation excessive
Les troubles dentaires constituent une cause majeure d'hypersalivation chez le cheval. Les surdents, les caries, les fractures dentaires, le déchaussement progressif des molaires (particulièrement chez les seniors), le tartre excessif ou les dents manquantes peuvent tous provoquer une production excessive de salive. La douleur empêche le cheval de fermer correctement sa bouche et perturbe la déglutition normale. Un examen dentaire complet par un dentiste équin qualifié, et non simplement par un vétérinaire généraliste, est essentiel pour identifier ces problèmes. Les ulcères buccaux, parfois associés à des pathologies comme le syndrome de Cushing chez les chevaux âgés, peuvent également provoquer une hypersalivation intermittente. La salive produite est généralement transparente, épaisse et gluante, sans odeur particulière.
Étape 5 : Maladies graves et hypersalivation
Certaines maladies graves se manifestent par une hypersalivation. La maladie de l'herbe (Grass Sickness) est une affection neurologique mortelle dont la forme aiguë provoque une hypersalivation avec salive épaisse aux commissures des lèvres, accompagnée de coliques violentes, de difficultés à déglutir et de tremblements musculaires. L'issue est fatale dans 90% des cas pour la forme chronique. L'actinobacillose (langue de bois) provoque des abcès sur la langue ressemblant à des tumeurs. D'autres pathologies comme la rage, l'artérite virale équine, la gourme (infection des ganglions lymphatiques), les intoxications aux plantes toxiques (euphorbes) ou aux métaux lourds, et les infections du pharynx peuvent également causer une hypersalivation. Ces conditions nécessitent une intervention vétérinaire immédiate.
Étape 6 : Salivation normale au travail : signe de décontraction
Contrairement aux situations pathologiques, une légère salivation pendant le travail monté peut être un signe positif de décontraction. Lorsque la mâchoire du cheval est détendue et mobile, il mâchouille naturellement son mors, ce qui stimule mécaniquement la production de salive. Cette mobilisation de la mâchoire indique l'absence de tensions musculaires et une bonne coordination des chaînes musculaires dorsale et ventrale. À l'inverse, un cheval stressé peut avoir la bouche sèche car son canal salivaire se bloque. Certains cavaliers donnent même des friandises (carottes, pommes) avant une compétition pour encourager la salivation. Cependant, une mousse blanche excessive qui ne s'évacue pas correctement peut indiquer un problème de déglutition lié à un matériel inadapté (mors trop gros, muserolle trop serrée) ou à un angle tête-encolure trop fermé.
Étape 7 : Que faire face à un cheval qui bave
La conduite à tenir dépend du contexte. Si l'hypersalivation survient au pré sans autre symptôme, retirez immédiatement le cheval du pâturage et mettez-le au foin sec pendant quelques jours. Selon le réseau RESPE, le ptyalisme rentre généralement dans l'ordre avec un changement d'environnement. Examinez la bouche du cheval pour vérifier l'absence de corps étranger ou de lésion. Si l'hypersalivation persiste au-delà de 24-48 heures après retrait du pâturage, consultez un vétérinaire. En cas de symptômes associés (coliques, toux, jetage nasal, difficulté à déglutir, abattement), contactez immédiatement un vétérinaire. Le traitement dépendra de la cause : retrait des fourrages contaminés pour l'intoxication à la slaframine, sondage œsophagien pour un bouchon, soins dentaires, ou traitements spécifiques pour les infections. Le pronostic est généralement bon si la cause est identifiée rapidement.
💡 Conseils et astuces
- Retirez immédiatement votre cheval du pâturage si vous observez une hypersalivation excessive et isolez-le avec du foin sec
- Inspectez régulièrement vos pâturages, surtout après des périodes humides, pour détecter les taches noires sur le trèfle
- Faites examiner les dents de votre cheval au moins une fois par an par un dentiste équin spécialisé
- Évitez de stocker du foin contenant du trèfle dans des conditions humides favorisant le développement de champignons
- Surveillez la vitesse d'alimentation de votre cheval et fractionnez les repas s'il mange trop rapidement
- Notez systématiquement tout changement de comportement : une hypersalivation peut être le premier signe d'une pathologie grave
❓ Questions fréquentes
Combien de temps durent les symptômes d'intoxication à la slaframine ?
Les symptômes apparaissent dans l'heure suivant l'ingestion de trèfle contaminé et peuvent durer jusqu'à trois jours. La récupération est généralement complète dans les 24 à 48 heures après retrait du pâturage infecté.
Comment différencier une salivation normale d'une hypersalivation pathologique ?
Une salivation normale au travail est légère et s'évacue facilement. L'hypersalivation pathologique produit des quantités importantes de bave formant des flaques, une mousse épaisse, et survient souvent au repos avec d'autres symptômes associés.
Un bouchon œsophagien est-il une urgence vétérinaire ?
C'est une urgence relative. Si le bouchon est récent (moins de 2 heures), vous pouvez tenter de le faire passer en massant l'encolure. Au-delà, l'intervention vétérinaire devient nécessaire car les complications peuvent être fatales.
Peut-on traiter l'intoxication à la slaframine avec des médicaments ?
Le traitement principal consiste à retirer le cheval des fourrages contaminés. Dans de rares cas, le vétérinaire peut administrer de l'atropine pour bloquer l'hypersalivation, mais ce médicament doit être utilisé avec précaution sous supervision vétérinaire.
Quels sont les signes d'alerte qui nécessitent un appel vétérinaire immédiat ?
Contactez immédiatement votre vétérinaire si l'hypersalivation s'accompagne de coliques, fièvre, tremblements musculaires, difficultés respiratoires, jetage nasal, refus de s'alimenter, abattement ou si elle persiste plus de 48 heures.
📚 Sources
Cet article a été rédigé à partir des sources suivantes :
Ce guide vous a aidé ?