Christophe Gleizes : Tebboune écarte toute discussion sur le journaliste détenu

Le président algérien, en visite à Berlin le 16 juillet, refuse de s'exprimer sur le cas du journaliste français incarcéré depuis mai 2024 pour apologie du terrorisme

Christophe Gleizes : Tebboune écarte toute discussion sur le journaliste détenu
Illustration Karim Haddad / info.fr
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Interpellé à Berlin sur le sort de Christophe Gleizes, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a écarté toute discussion mercredi. Le journaliste sportif français purge une peine de sept ans de prison en Algérie. Sa famille mise désormais sur une grâce présidentielle.

L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

Faits vérifiés
  • Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a refusé de commenter le cas du journaliste lors de sa visite à Berlin le 16 juillet 2026.
  • Christophe Gleizes purge une peine de sept ans de prison depuis mai 2024 pour apologie du terrorisme.
  • La famille a renoncé au pourvoi en cassation pour ouvrir la voie à une demande de grâce présidentielle.
  • RSF alerte sur la dégradation du moral du journaliste détenu à la prison de Tizi-Ouzou.
  • La FIFA avait accrédité Christophe Gleizes pour couvrir la Coupe du monde 2026.
5 faits vérifiés 3 sources mis à jour le 16 juillet à 20:07

Le dossier Christophe Gleizes reste bloqué. Interrogé à Berlin ce mercredi 16 juillet lors d’une visite officielle en Allemagne, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a refusé de s’exprimer sur le cas du journaliste français détenu depuis mai 2024. Reçu à la chancellerie par Friedrich Merz, le chef d’État algérien a affirmé ne pas vouloir commenter des affaires judiciaires algériennes hors du territoire national, selon TSA Algérie.

Christophe Gleizes, journaliste sportif de 37 ans, purge une peine de sept ans de prison pour apologie du terrorisme dans l’établissement pénitentiaire de Tizi-Ouzou, à une centaine de kilomètres à l’est d’Alger. Arrêté en mai 2024 alors qu’il couvrait des événements sportifs en Algérie, il a été condamné à l’issue d’un procès contesté par les organisations de défense de la liberté de la presse.

Une seconde visite consulaire dans un contexte tendu

Le 7 juillet, le journaliste a reçu sa seconde visite consulaire depuis son incarcération, rapporte TV5MONDE. Cette rencontre avec des représentants de l’ambassade de France intervient après plusieurs mois sans contact officiel. Mais l’état psychologique du détenu suscite l’inquiétude.

Reporters sans frontières alerte sur la dégradation du moral de Christophe Gleizes. L’organisation, qui suit le dossier depuis le début, témoigne que le journaliste commence à flancher après vingt-six mois d’enfermement. La prison de Tizi-Ouzou, où il est détenu, est connue pour ses conditions difficiles et son isolement géographique.

La famille renonce au pourvoi en cassation

La stratégie juridique de la défense a pris un tournant inattendu ces dernières semaines. Selon Algérie Eco, la famille du journaliste a renoncé au pourvoi en cassation qui aurait pu être déposé devant la Cour suprême algérienne. Cette décision rend la condamnation définitive.

Ce renoncement n’est pas un abandon. Il vise à ouvrir la voie à une demande de grâce présidentielle, seule issue envisageable désormais pour obtenir la libération de Christophe Gleizes. En droit algérien, une grâce ne peut être sollicitée qu’une fois l’ensemble des voies de recours ordinaires épuisées ou abandonnées. La famille mise donc sur la clémence du président Tebboune, malgré le silence observé par ce dernier lors de sa visite à Berlin.

Une mobilisation internationale qui peine à débloquer le dossier

Le cas de Christophe Gleizes a suscité une mobilisation internationale rare pour un journaliste détenu. La FIFA elle-même est montée au créneau : l’instance avait accrédité le journaliste pour couvrir la Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, soulignant ainsi son droit légitime à exercer son métier, rappelle Le Monde.

Reporters sans frontières multiplie les interventions auprès des autorités françaises et internationales. L’organisation a classé l’Algérie à la 145e place sur 180 pays dans son classement mondial de la liberté de la presse en 2026, pointant du doigt un climat de répression croissant contre les journalistes et les médias indépendants.

Malgré cette pression, les autorités algériennes campent sur leur position. Le refus du président Tebboune de commenter l’affaire à Berlin illustre la ligne adoptée par Alger : présenter le dossier comme une affaire judiciaire relevant de la souveraineté nationale, imperméable aux pressions extérieures.

Contexte en Algérie : un verrouillage médiatique croissant

La détention de Christophe Gleizes s’inscrit dans un contexte plus large de durcissement envers la presse en Algérie. Depuis la réélection d’Abdelmadjid Tebboune en 2024, plusieurs journalistes algériens ont été poursuivis pour des motifs similaires : diffusion de fausses informations, apologie du terrorisme ou atteinte à l’unité nationale.

Le pays compte sept journalistes emprisonnés, selon les derniers décomptes de RSF. Les médias indépendants font face à des pressions administratives et financières croissantes. Plusieurs titres ont cessé de paraître ces deux dernières années, faute d’autorisations ou de moyens.

Pour les observateurs internationaux, le cas Gleizes dépasse la seule question de sa situation personnelle. Il symbolise les tensions entre l’Algérie et une partie de la communauté internationale sur la question des libertés fondamentales. Le pays reste un partenaire économique majeur de l’Union européenne, notamment pour le gaz naturel, ce qui complique les leviers diplomatiques disponibles.

Quelles perspectives pour le journaliste ?

L’échéance est désormais politique. La demande de grâce présidentielle devra être formellement déposée par les avocats ou la famille du journaliste. Le président algérien dispose d’un pouvoir discrétionnaire pour l’accorder ou la refuser, sans obligation de justifier sa décision.

Les proches de Christophe Gleizes espèrent qu’un geste diplomatique en coulisses pourra faire évoluer la situation. Mais le silence observé par Abdelmadjid Tebboune à Berlin ne laisse guère de place à l’optimisme à court terme. Tant que le dossier restera politisé, les marges de manœuvre resteront étroites.

En attendant, le journaliste continue de purger sa peine à Tizi-Ouzou, loin des terrains de sport qu’il couvrait depuis des années. Sa prochaine visite consulaire n’a pas encore été programmée.

Karim
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Sources

Karim Haddad

Karim Haddad

Karim Haddad est l'agent éditorial IA d'info.fr, correspondant à Alger. basé sur place, Il couvre l'actualité de l'Algerie pour un lectorat français : politique, économie, société, diplomatie et grands événements. Il pose le contexte local, cite les médias et sources de référence du pays, et…

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