Chute d’Assad en Syrie : chronologie de 13 ans de guerre civile

Du soulèvement de Deraa en mars 2011 à la fuite vers Moscou en décembre 2024, retour sur les dates qui ont scellé la fin de 50 ans de règne de la famille Assad

Chute d'Assad en Syrie : chronologie de 13 ans de guerre civile
Chute d'Assad en Syrie : chronologie de 13 ans de guerre civile Illustration par Pierre Monteil / INFO.FR

528 592 morts, 6 millions de réfugiés, 13 ans de guerre - et 12 jours pour tout renverser. Chronologie complète d'un effondrement annoncé.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Bachar al-Assad a fui la Syrie pour Moscou dans la nuit du 7 au 8 decembre 2024, apres 24 ans au pouvoir.
  • L'offensive eclair du HTS a dure 12 jours, d'Idlib a Damas, sans resistance serieuse de l'armee syrienne.
  • La guerre civile a fait 528 592 morts en 13 ans, dont 64 000 morts sous la torture dans les prisons du regime.
  • L'effondrement simultane de la Russie (Ukraine) et du Hezbollah (frappes israeliennes) a prive Assad de ses soutiens.
  • Un an apres, Assad vit entre Moscou et Dubai. La Russie refuse de le livrer aux nouvelles autorites syriennes.

Dans la nuit du 7 au 8 décembre 2024, un avion décolle de l’aéroport de Damas. À bord : Bachar al-Assad, sa femme Asma et leurs trois enfants. Destination : Moscou. Le président syrien n’a prévenu personne - ni ses généraux, ni ses alliés iraniens. Il ne reviendra pas. Cinquante ans de règne de la famille Assad sur la Syrie prennent fin en silence, à 3 heures du matin.

Pour comprendre comment un homme qui a survécu à 13 ans de guerre civile, aux armes chimiques, aux sanctions internationales et à un mandat d’arrêt français s’est effondré en 12 jours, il faut remonter au début.

528 592Nombre de morts de la guerre civile syrienne selon l'OSDH, dont 25 284 enfants
LES ENJEUX
Bilan humain catastrophique
Bilan humain catastrophique
528 592 morts dont 25 284 enfants, 64 000 morts sous la torture, 12 millions de deplaces et refugies.
Effondrement des alliances
Effondrement des alliances
La Russie engluee en Ukraine et le Hezbollah affaibli par Israel ont prive Assad de ses deux piliers militaires.
Justice internationale
Justice internationale
Mandat d'arret francais pour complicite de crimes contre l'humanite. La Russie refuse de livrer Assad.
Reconstruction impossible
Reconstruction impossible
Le pays est morcele entre HTS, forces kurdes, milices pro-turques. L'ONU appelle a une Syrie unifiee.
Crise des refugies
Crise des refugies
6 millions de Syriens a l'etranger, principalement en Turquie, au Liban et en Allemagne. Retours incertains.

2000-2010 : l’héritage verrouillé

Le 10 juin 2000, Hafez al-Assad meurt après 30 ans de pouvoir absolu. Le Parlement syrien modifie la Constitution le jour même - pas le lendemain, le jour même - pour abaisser l’âge minimum présidentiel de 40 à 34 ans. Bachar, ophtalmologue formé à Londres, prête serment le 17 juillet avec 97,29 % des voix. Un bref « Printemps de Damas » s’ouvre à l’automne 2000 : forums de discussion, pétitions, espoir mesuré. Il dure six mois. Dix opposants sont arrêtés à l’été 2001. Le régime reprend ses habitudes.

Mars 2011 : l’étincelle de Deraa

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Le 15 mars 2011, dans le sillage du Printemps arabe qui a déjà renversé Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Égypte, la ville de Deraa, dans le sud syrien, se soulève. Le déclencheur est précis : une quinzaine d’adolescents ont tagué sur un mur d’école « Le peuple veut la chute du régime ». Ils sont arrêtés par les services de renseignement, torturés. Leurs familles manifestent. Le régime tire. La spirale est enclenchée.

2012-2013 : la guerre totale et le gaz sarin

En juin 2011, 120 soldats syriens sont tués à Jisr al-Choughour, à 40 km de la frontière turque. L’insurrection se militarise. À l’été 2012, les rebelles de l’Armée syrienne libre prennent les quartiers est d’Alep, deuxième ville du pays. Le conflit bascule dans la guerre civile ouverte.

Le 21 août 2013, le régime franchit un seuil. Deux roquettes chargées de gaz sarin s’abattent sur la Ghouta orientale, banlieue de Damas. Entre 1 400 et 1 500 civils meurent asphyxiés. Le président américain Barack Obama avait tracé une « ligne rouge » sur l’usage d’armes chimiques. Il ne frappe pas. Washington et Moscou négocient un démantèlement de l’arsenal chimique syrien. Assad reste en place. C’est le tournant.

Les dates-clés de la guerre civile syrienne
15 mars 2011
Soulèvement populaire à Deraa, début de la révolution syrienne
21 août 2013
Attaque au gaz sarin dans la Ghouta - 1 400 à 1 500 civils tués
30 sept. 2015
La Russie entre en guerre aux côtés d'Assad
Déc. 2016
Reconquête d'Alep par le régime, tournant stratégique
15 nov. 2023
Mandat d'arrêt français contre Assad pour complicité de crimes contre l'humanité
27 nov. 2024
Offensive éclair du HTS depuis Idlib
8 déc. 2024
Chute de Damas, Assad fuit à Moscou

2014-2016 : Daech, la Russie, et la reconquête

En 2014, l’État islamique proclame son « Califat » depuis Raqqa, dans le nord-est syrien. À son apogée, Daech contrôle un cinquième du territoire. Le conflit compte désormais quatre guerres superposées : Assad contre les rebelles, la coalition internationale contre l’EI, les Kurdes contre tout le monde, et la Turquie contre les Kurdes.

Le 30 septembre 2015, la Russie entre dans la guerre. L’armée syrienne était alors au bord de l’effondrement. Les bombardiers russes changent l’équation. En décembre 2016, Alep est reprise par le régime après des mois de siège et de frappes aériennes massives. Assad a survécu. Mais à quel prix : le pays est en ruines, 6 millions de Syriens ont fui à l’étranger, 6 millions sont déplacés à l’intérieur.

2017-2023 : la survie par l’immobilisme

Le 17 octobre 2017, Raqqa tombe. Les Forces démocratiques syriennes, à majorité kurde et soutenues par Washington, reprennent la ville. Le Califat territorial de l’EI est terminé. Assad, lui, consolide. Le 26 mai 2021, il est « réélu » avec 95,1 % des voix. Les régions kurdes et le bastion rebelle d’Idlib n’ont pas voté.

Le 19 mai 2023, Assad participe au sommet de la Ligue arabe à Djeddah - premier sommet depuis son exclusion en 2011. Le monde arabe le réintègre. Six mois plus tard, le 15 novembre 2023, la justice française émet un mandat d’arrêt international contre lui pour complicité de crimes contre l’humanité liés aux attaques chimiques de 2013. Le lendemain, la Cour internationale de justice ordonne à la Syrie de mettre fin à la torture. Assad ignore les deux.

27 novembre - 8 décembre 2024 : les douze jours

Le 27 novembre 2024, Hayat Tahrir al-Sham (HTS), ex-branche syrienne d’Al-Qaïda reconvertie en mouvement nationaliste sous la direction d’Abou Mohammed al-Joulani, lance une offensive depuis la province d’Idlib, dans le nord-ouest. L’attaque a été préparée pendant des mois. La Turquie a donné son feu vert tacite.

Les rebelles avancent à une vitesse que personne n’avait anticipée. Alep tombe en quelques jours. Puis Hama. Puis Homs. L’armée syrienne ne combat pas. Les soldats désertent, se changent en civil, disparaissent. La raison est mécanique : les deux béquilles du régime se sont effondrées simultanément. La Russie, engluée en Ukraine depuis février 2022, n’a plus les moyens d’intervenir. Le Hezbollah libanais, décimé par les frappes israéliennes de l’automne 2024, ne peut plus envoyer de combattants.

Dans la nuit du 7 au 8 décembre, les rebelles entrent dans Damas. Al-Joulani proclame la ville libre depuis la Grande Mosquée des Omeyyades. Le palais présidentiel est partiellement incendié. Les statues de Hafez al-Assad sont renversées dans tout le pays. Le parti Baas, au pouvoir depuis 1963 - 61 ans - cesse d’exister en tant que force politique.

Assad atterrit à Moscou. Un an plus tard, en décembre 2025, il y vit toujours. La Russie refuse de le livrer aux nouvelles autorités syriennes. Selon le Guardian, l’ancien dictateur mène une existence confortable entre Moscou et Dubaï. D’anciens proches, depuis leur exil, complotent contre le nouveau gouvernement dirigé par Ahmed al-Charaa, le vrai nom d’al-Joulani.

Ce que les chiffres racontent

L’Observatoire syrien des droits de l’homme a documenté 528 592 morts en près de 14 ans de conflit. Parmi eux : 181 939 civils, dont 25 284 enfants et 15 207 femmes. Plus de 64 000 personnes sont mortes sous la torture dans les prisons du régime. En 2024, dernière année du conflit, 6 777 personnes ont encore été tuées - 3 598 civils, 3 179 combattants. La guerre en Syrie n’a jamais vraiment cessé. Elle a simplement cessé de faire la une.

Le précédent le plus proche dans la région remonte à la chute de Saddam Hussein en 2003. Mais Hussein a été renversé par 150 000 soldats américains. Assad a été renversé par une milice de quelques milliers d’hommes, en 12 jours, parce que plus personne ne voulait mourir pour lui.

Sources

Pierre Monteil

Pierre Monteil

Correspondant international et analyste géopolitique. Formation en relations internationales et journalisme. Expérience terrain dans plusieurs zones de conflit et expertise des questions diplomatiques européennes. Spécialisé dans l'analyse des crises internationales, les relations franco-européennes et les enjeux de défense. Rejoint INFO.FR pour décrypter l'actualité mondiale avec rigueur et pédagogie.

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