Clémence Latimier : « Je ne viens pas pour faire de la figuration »
La grimpeuse de 22 ans aborde son deuxième Tour de France Femmes avec un statut de leader et des ambitions claires
À trois jours du départ de Lille, la Savoyarde se dit « surprise par son évolution ». Passée d'Arkéa à Ma Petite Entreprise, elle veut peser sur la course en montagne.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Confirmer sa progression en tant que leader
Après une première moitié de saison prometteuse (4e aux Pyrénées, 13e en Suisse), Latimier doit assumer son nouveau statut au sein d'une équipe ProTeam qui mise sur elle pour les étapes de montagne.
Gérer la pression mentale d'un rôle inédit
Pour la première fois, elle n'est plus équipière mais leader. Elle-même reconnaît que le mental devient aussi crucial que les jambes dans la gestion d'un Tour de trois semaines.
Servir d'exemple à la nouvelle génération
Née en 2003, elle fait partie de la première génération de cyclistes françaises ayant connu un Tour de France Femmes moderne depuis 2022. Elle porte la responsabilité de transmettre et d'inspirer.
Concilier sport de haut niveau et études
Étudiante en kinésithérapie, elle illustre les équilibres précaires du cyclisme féminin où peu de coureuses vivent uniquement de leur sport. Sa double vie est une réalité invisible du peloton.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Clémence Latimier, 22 ans, dispute son deuxième Tour de France Femmes avec un statut de leader chez Ma Petite Entreprise
- Progression spectaculaire en 2026 258 points PCS contre 22 en 2025, 4e aux Pyrénées, 13e au Tour de Suisse
- Elle a quitté Arkéa-B&B Hotels après avoir remporté le prix de la combativité sur la 3e étape en 2025
- Étudiante en kinésithérapie, elle concilie carrière sportive et formation universitaire
- Son mot d'ordre pour le Tour « L'audace », avec une approche mentale renforcée
Clémence Latimier pose son vélo contre le mur du centre d’entraînement. Elle a 22 ans. Cheveux attachés, maillot violet et blanc de Ma Petite Entreprise. Dans trois jours, elle prendra le départ du Tour de France Femmes à Lille. Pas comme l’an dernier. Cette fois, elle est leader.
« C’est une immense fierté », dit-elle en dévissant son bidon. Après une saison chez Arkéa-B&B Hotels - où elle avait décroché le prix de la combativité sur la 3e étape - elle a changé de statut. Nouveau maillot, nouvelles responsabilités. « Je ne viens pas pour faire de la figuration, mais pour peser sur la course. »
Une première partie de saison qui la surprend elle-même
Les chiffres racontent une progression. 4e au Tour Féminin International des Pyrénées - 13e au Tour de Suisse Women - 6e aux Championnats de France en ligne - 2e à l’Alpes Grésivaudan Classic. Des résultats qui ont surpris la principale intéressée. « Je suis plutôt surprise par mon évolution », avoue-t-elle.
Native de Saint-Martin-d’Hères - elle mesure 1,78 m et affiche 258 points PCS au classement individuel 2026 - contre 22 l’année précédente. Une progression qui ne doit rien au hasard. « Travailler avec Yann Le Normand m’a permis de mieux comprendre mon corps et ma gestion de l’effort », explique-t-elle.
Ce que signifie être leader
Au sein de Ma Petite Entreprise, équipe ProTeam UCI - Clémence Latimier n’est plus dans l’ombre. Être leader, ce n’est pas seulement porter les ambitions de l’équipe. C’est décider de la tactique dans les moments chauds, gérer les coéquipières en course, choisir quand attaquer ou temporiser. « Je ne viens pas pour faire de la figuration, mais pour peser sur la course », répète-t-elle. Cette phrase n’est pas qu’un slogan: elle résume un changement de posture.
Elle s’entoure de coéquipières comme Morgane Coston et Laura Asencio. « Nous avons une équipe soudée », dit-elle. Son profil de grimpeuse-puncheuse en fait une arme pour les étapes de montagne. « L’audace sera mon mot d’ordre », prévient-elle. « Le Tour de France Femmes est une course de mouvement. »
Le mental, cette clé qu’elle a trouvée
Avant, elle avait les jambes. Maintenant, elle a compris que ça ne suffisait pas. « Ce n’est plus seulement une question de jambes, c’est une question de mental », résume-t-elle. Cette lucidité change tout. Gérer la pression d’un rôle de leader implique de rester lucide dans les moments de doute, de ne pas céder à la précipitation, de mesurer chaque effort. « Le Tour ne se gagne pas forcément en une journée, mais il peut se perdre très vite », dit-elle. Une phrase qui dit tout de sa compréhension de la course.
Elle parle peu, mais ce qu’elle dit porte. Elle mesure ses mots comme elle dosera ses efforts dans les cols. « Le Tour est devenu la référence absolue », dit-elle en évoquant le renouveau de l’épreuve depuis 2022.
« Ce n’est plus seulement une question de jambes, c’est une question de mental. »Clémence Latimier
Étudiante en kinésithérapie: un équilibre précaire
Elle concilie cette ascension avec des études en kinésithérapie. Un équilibre que peu de coureuses parviennent à tenir. Les examens s’organisent autour des courses, les révisions se font dans les chambres d’hôtel. « En tant qu’étudiante en kinésithérapie, j’ai aussi appris à être plus à l’écoute de ma récupération », explique-t-elle. Cette double vie illustre une réalité invisible du cyclisme féminin: peu de coureuses vivent uniquement de leur sport. Les études sont une assurance, un filet de sécurité, mais aussi une charge mentale supplémentaire. Latimier en fait une force: la connaissance du corps humain nourrit sa compréhension de l’effort.
La responsabilité de transmettre
Le cyclisme féminin français connaît un engouement sans précédent depuis le renouveau du Tour de France Femmes en 2022. Mais cet essor crée une pression invisible: celle de servir d’exemple. « Nous avons une responsabilité », souligne Clémence Latimier. Cette responsabilité ne se limite pas aux performances. Elle concerne aussi la manière de se comporter, de parler aux médias, d’incarner un modèle pour les jeunes filles qui regardent les courses à la télévision.
« Quand on regarde les archives des premières éditions et l’évolution du plateau ces quatre dernières années - on réalise la chance que nous avons », dit-elle. Latimier, née le 24 août 2003 - fait partie de la première génération de cyclistes françaises ayant connu un Tour de France Femmes moderne dès le début de leur carrière professionnelle. Elle sait qu’elle doit porter cette flamme. Une responsabilité qu’elle porte sans s’y noyer. Elle reste concentrée sur sa course, ses jambes, sa tête. Le reste viendra.
Trois jours avant le départ
Clémence Latimier revisse son bidon sur le cadre. Elle enfourche son vélo. Direction l’hôtel de l’équipe, puis Lille. Le 1er août, elle sera sur la ligne de départ. Leader d’une équipe ProTeam. Grimpeuse. Étudiante. 22 ans. Elle ne dit plus rien. Elle pédale.
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