Clermont 2028 : le rapport de la CRC épingle 7 M€ de dépenses, le maire saisit la justice
La Chambre régionale des comptes dénonce des notes de frais excessives et un laxisme dans la gestion de la candidature. Julien Bony a saisi le procureur.
La Chambre régionale des comptes a épinglé la gestion de la candidature de Clermont-Ferrand au titre de Capitale européenne de la culture 2028. Le rapport pointe 7 millions d'euros de dépenses, financés à plus de 75 % par l'argent public, avec des notes de frais jugées excessives. Le nouveau maire Julien Bony a saisi le procureur.
L’essentiel
- 7 M€ : la Chambre régionale des comptes (CRC) a épinglé la gestion de la candidature Clermont 2028, financée à plus de 75 % par l’argent public.
- Notes de frais : 69 500 € de restauration et 5 500 € de taxis parisiens pour le directeur de la candidature.
- Saisine : Julien Bony, maire depuis mars 2026, a saisi le procureur de la République au titre de l’article 40.
Ce que révèle le rapport de la CRC
Dans un rapport rendu public fin juin 2026, la Chambre régionale des comptes (CRC) dresse un tableau accablant de la gestion de l’association « Clermont Massif central 2028 », chargée de porter la candidature de Clermont-Ferrand au titre de Capitale européenne de la culture. Au total, près de 7 millions d’euros ont été dépensés, dont 75 % provenaient de fonds publics.
La CRC pointe notamment des dépassements de frais significatifs imputés au directeur de la candidature. Selon le document, 69 500 € ont été consacrés à des frais de restauration et 5 500 € à des courses de taxis parisiens. Le rapport qualifie la gestion de « peu précautionneuse » et relève un « laxisme dans la gestion » des deniers publics. Des dépenses de communication et de presse sont également jugées insuffisamment justifiées.
La candidature, qui ambitionnait de faire de Clermont-Ferrand la capitale culturelle européenne en 2028, n’a finalement pas été retenue. Le rapport de la CRC, transmis au parquet et à la Cour des comptes, pointe un déficit dans le pilotage financier du projet.
La réaction du maire Julien Bony
Élu maire de Clermont-Ferrand en mars 2026, Julien Bony a immédiatement réagi. Le 15 juin, il a annoncé avoir saisi le procureur de la République au titre de l’article 40, qui oblige tout fonctionnaire à signaler les faits susceptibles de constituer un crime ou un délit. « Nous prenons la mesure de la gravité des manquements relevés », a-t-il déclaré à nos confrères de RCF. Il a également indiqué vouloir « moraliser la gestion publique » et « tirer toutes les conséquences » du rapport.
Cette saisine intervient alors que la Ville de Clermont-Ferrand avait déjà été épinglée par la CRC pour ses dépenses de communication, comme l’a rappelé la presse locale. Julien Bony, qui avait fait de la transparence financière un thème de campagne, entend désormais clarifier l’utilisation des fonds publics dans ce dossier.
Contexte dans le Puy-de-Dôme
Clermont-Ferrand, préfecture du Puy-de-Dôme, est la principale ville du Massif central avec plus de 140 000 habitants. La candidature à la Capitale européenne de la culture était portée comme un projet fédérateur pour tout le département. Mais ce nouveau rapport de la CRC s’ajoute à une série de contrôles sévères sur les comptes de la collectivité. En 2024, la Chambre avait déjà pointé des dépenses de communication excessives de la ville. L’association « Clermont Massif central 2028 » avait été créée en 2021 et bénéficiait de subventions importantes de la Métropole et du Conseil départemental.
Cette affaire intervient dans un climat de redressement des finances locales. Plusieurs communes du Puy-de-Dôme, comme Riom ou Issoire, ont également vu leurs budgets sous surveillance. Dans le même temps, d’autres événements culturels tentent de maintenir leur dynamique, mais la confiance des contribuables est mise à l’épreuve.
Prochaine étape : une enquête judiciaire
La saisine du procureur ouvre la voie à une éventuelle enquête préliminaire. Le parquet de Clermont-Ferrand devra déterminer si des infractions pénales (détournement de fonds publics, favoritisme, etc.) sont constituées. Parallèlement, le rapport de la CRC a été transmis à la Cour des comptes, qui pourrait engager une procédure de contrôle ou de sanction. Les élus de l’opposition municipale ont réclamé la création d’une commission d’enquête.
La candidature à la Capitale européenne de la culture, bien qu’ayant échoué, laisse une facture de 7 millions d’euros pour les collectivités. Le remboursement des avances et subventions non utilisées est désormais en suspens. « Les citoyens ont le droit de savoir comment leur argent a été utilisé », a insisté Julien Bony, en promettant un bilan complet d’ici la fin de l’été.