Cold case en Moselle : la « femme du tonneau » identifiée 21 ans après, un suspect interpellé

Hakima Boukerouis, 34 ans, retrouvée morte en 2005 à Abreschviller, identifiée grâce à la campagne Interpol Identify Me

Cold case en Moselle : la « femme du tonneau » identifiée 21 ans après, un suspect interpellé
Illustration Pauline Schmitt / info.fr

Le corps d'une femme découvert le 7 janvier 2005 dans un tonneau en bord de route en Moselle a enfin un nom Hakima Boukerouis, Algérienne née en 1970, mère de quatre enfants. Interpol a annoncé son identification le 28 avril 2026, vingt et un ans après la découverte. Son ancien mari a été interpellé et mis en examen pour commanditaire de meurtre.

Le corps d’une femme découvert le 7 janvier 2005 dans un tonneau en bord de route en Moselle a enfin un nom : Hakima Boukerouis, Algérienne née en 1970, mère de quatre enfants. Interpol a annoncé son identification le 28 avril 2026, vingt et un ans après la découverte. Son ancien mari a été interpellé et mis en examen pour commanditaire de meurtre.

L’essentiel

  • 7 janvier 2005 : corps d’une femme découvert dans un tonneau en plastique, en bordure de la RD44 à Abreschviller (Moselle), présentant des lésions d’armes blanches.
  • Victime identifiée : Hakima Boukerouis, née en 1970 en Algérie, 34 ans au moment des faits, mère de quatre enfants, décédée entre septembre et octobre 2004.
  • Identification : rendue possible par la campagne Identify Me d’Interpol (lancée en 2023, étendue en octobre 2024), via analyse ADN de parentèle et dentaire.
  • Juin 2025 : l’ancien mari de la victime interpellé, mis en examen pour commanditaire de meurtre, écroué puis libéré sous contrôle judiciaire en septembre 2025.
  • 28 avril 2026 : Interpol annonce officiellement l’identification - première interpellation issue de la campagne Identify Me, qui cible 47 femmes non identifiées en Europe.

Une découverte macabre en bord de route

Ce 7 janvier 2005, des passants signalent un tonneau en plastique dissimulé sous des sacs-poubelles, en bordure de la RD44 à Abreschviller, dans le pays de Sarrebourg. À l’intérieur, le corps d’une femme présentant de multiples lésions d’armes blanches. Le décès remonte, selon les expertises médico-légales, à la période septembre-octobre 2004, soit plusieurs mois avant la découverte, selon Le Parisien et Ouest-France.

Pendant des années, l’affaire reste sans nom. La victime est référencée sous le code FR02 dans les fichiers Interpol, désignée comme « la femme à la couronne dentaire Richmond ». Cette couronne spécifique, technique typique des soins pratiqués en Allemagne, constitue l’un des rares indices anatomiques exploitables. Hakima Boukerouis mesurait environ 160 cm, avait les cheveux châtains ondulés courts et portait un débardeur rose de marque Baba Nuki BnK et un soutien-gorge rouge Hechter Studio au moment de la découverte, selon la fiche Interpol.

Rouverte en 2023, résolue en 2026

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Le dossier est rouvert en 2023 par la section d’enquête criminelle de la gendarmerie de Metz, en collaboration avec le pôle cold cases de Nanterre, selon Le Parisien et l’Est Républicain. Ce pôle national des crimes non élucidés (PCSNE), créé en 2022, traite les affaires non résolues après dix-huit mois d’enquête initiale.

C’est la campagne Identify Me d’Interpol qui fournit le levier décisif. Lancée en mai 2023 et étendue en octobre 2024, elle recense 47 femmes décédées non identifiées en Europe, victimes présumées d’homicides. L’analyse ADN de parentèle - technique consistant à croiser le profil génétique de la victime avec ceux de membres de sa famille - combinée à l’analyse dentaire, permet de remonter jusqu’à Hakima Boukerouis et ses proches, selon BFMTV et la notice officielle Interpol.

Interpol a déclaré : « Her name was Hakima Boukerouis. Thanks to DNA familial searching, French authorities have now confirmed her identity and arrested a suspect linked to her death. »

L’ancien mari mis en examen, puis libéré

En juin 2025, la gendarmerie interpelle un suspect : l’ancien mari de Hakima Boukerouis. Il est mis en examen pour commanditaire de meurtre et écroué, selon Le Républicain Lorrain. En septembre 2025, il est remis en liberté sous contrôle judiciaire, en raison de son âge et de son état de santé. Les détails sur sa nationalité, son lieu de résidence ou les éléments à charge retenus contre lui n’ont pas été rendus publics à ce stade.

Cette interpellation constitue la première issue directement de la campagne Identify Me, selon TF1 Info et Le Parisien. Interpol recense à ce jour cinq identifications réussies dans le cadre de cette opération, sur 47 cas ciblés.

Pour les enquêtes similaires de violences familiales graves traitées par la gendarmerie, le chemin judiciaire reste souvent long entre l’interpellation et le renvoi en jugement.

Contexte dans la Moselle

La Moselle est le département le plus peuplé du Grand Est avec environ 1,04 million d’habitants. Abreschviller, commune de moins de 1 500 habitants dans l’arrondissement de Sarrebourg-Château-Salins, est située en lisière du parc naturel régional des Vosges du Nord. La RD44 relie cette zone rurale à des axes secondaires peu fréquentés, ce qui explique en partie le délai entre le dépôt du corps et sa découverte.

La Moselle, région frontalière avec l’Allemagne et le Luxembourg, présente une forte mobilité transfrontalière. La présence d’une couronne dentaire Richmond - technique courante en Allemagne - dans le profil de la victime a orienté les enquêteurs vers un parcours de vie ancré entre la France et le pays voisin. Aucun précédent similaire impliquant un tonneau n’a été rapporté dans le département, selon l’Est Républicain.

En France, environ 900 homicides sont enregistrés chaque année, avec un taux de résolution supérieur à 80 %, selon des données citées par le Milipol Paris. Les cold cases - affaires non résolues au-delà de dix-huit mois - restent une proportion minoritaire mais structurellement difficile à traiter, d’où la création du PCSNE en 2022. L’affaire Boukerouis illustre l’apport des nouvelles techniques génétiques dans ces dossiers anciens. Le Grand Est suit ces évolutions judiciaires de près, dans un territoire où la coopération transfrontalière avec l’Allemagne joue un rôle croissant dans les enquêtes.

Identify Me : un outil européen inédit

La campagne Identify Me repose sur une base de données partagée entre les États membres d’Interpol. Chaque fiche recense les caractéristiques physiques, les indices vestimentaires et les données biologiques disponibles. Les familles ou témoins peuvent signaler une correspondance via les canaux nationaux de police.

Sur les 47 cas répertoriés, cinq femmes ont été identifiées à ce jour, dont Hakima Boukerouis. Les 42 autres dossiers restent ouverts. La campagne cible exclusivement des cas suspects d’homicides, ce qui la distingue des bases de données de personnes disparues. L’analyse ADN de parentèle - encore encadrée différemment selon les législations nationales - est au cœur du dispositif. En France, son usage dans les cold cases fait l’objet de débats juridiques, notamment sur l’élargissement des fichiers consultables, selon Le Monde.

Les affaires de disparitions non élucidées rappellent régulièrement les limites des outils d’identification traditionnels face aux dossiers sans témoin ni aveu.

Une procédure judiciaire en cours

L’ancien mari de Hakima Boukerouis reste mis en examen pour commanditaire de meurtre. Aucune date d’audience ni de renvoi en jugement n’a été communiquée publiquement. Le contrôle judiciaire auquel il est soumis depuis septembre 2025 implique des obligations dont les détails n’ont pas été précisés par les autorités.

L’instruction se poursuit. Après vingt et un ans d’anonymat, Hakima Boukerouis a retrouvé son identité. Ses quatre enfants, dont l’âge et la situation n’ont pas été précisés dans les sources disponibles, sont désormais au cœur d’un dossier judiciaire qui n’a pas livré tous ses secrets.

Sources

Pauline Schmitt

Pauline Schmitt

Pauline est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Moselle (57), avec Metz pour chef-lieu. Spécialité du département : Pompidou-Metz et frontaliers (1er département frontalier de France). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Grand Est.

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