Colomiers (31) : des tirs de carabine contre les pigeons autorisés en secret par la mairie
La municipalité de Colomiers a autorisé des tirs de carabine pour réguler des milliers de pigeons, une décision qualifiée de secrète qui suscite la polémique.
À Colomiers, deuxième commune de Haute-Garonne avec près de 41 000 habitants, la mairie a autorisé des tirs de carabine pour réguler une population de pigeons décrite comme envahissante. Selon La Dépêche du Midi (14 juin 2026), cette décision, prise sans information publique préalable, soulève des questions juridiques et des réactions indignées d'habitants et d'associations.
L’essentiel
- Commune : Colomiers (Haute-Garonne), ~40 882 habitants en 2023 (INSEE), à l’ouest de Toulouse.
- Décision : La mairie a autorisé des tirs de carabine sur les pigeons, qualifiés de présents « par milliers », selon La Dépêche du Midi du 14 juin 2026.
- Polémique : La décision est présentée comme prise en secret, déclenchant des réactions d’habitants et d’associations qui dénoncent la méthode.
- Cadre juridique : Selon l’ATD31 et la DDT, de tels tirs par une collectivité sont potentiellement illégaux sans autorisation préfectorale spécifique.
- Précédents : Des controverses similaires ont eu lieu à Saint-Georges-d’Orques (2024), Vitré et Cognac (2025), cette dernière ayant généré plus de 20 000 signatures de pétition.
Des milliers de pigeons, un problème de salubrité
Colomiers, commune de l’agglomération toulousaine, est confrontée depuis plusieurs années à une forte présence de pigeons en milieu urbain. La Dépêche du Midi décrit une situation « par milliers » d’oiseaux, posant des problèmes concrets de salubrité publique : souillures de façades, de véhicules, d’espaces publics, risques sanitaires liés aux fientes. La situation n’est pas nouvelle. Dès 2021, une problématique de salubrité liée aux pigeons avait déjà alimenté une polémique locale, selon La Dépêche, autour de campagnes de captures estimées à 300-500 spécimens par an sous contrôle vétérinaire.
Le nom même de la commune renvoie à cette réalité historique : « Colomiers » vient de l’occitan colomièrs, qui signifie « pigeonniers ». La présence de ces oiseaux y est donc ancienne, autrefois liée à l’élevage pour la consommation et la messagerie, selon La Dépêche et la radio Ici.
Une autorisation de tirs discrète, source de tensions
Selon l’article de La Dépêche du Midi publié ce 14 juin 2026, la municipalité dirigée par la maire Karine Traval-Michelet - réélue en 2026 - aurait autorisé des opérations de tirs à la carabine pour réduire la population de pigeons. La décision aurait été prise sans communication publique préalable, ce que des habitants et des associations qualifient de « scandaleux ».
Les détails précis de l’autorisation - date, périmètre géographique, nombre d’opérations, prestataire mandaté - n’ont pas été communiqués publiquement à ce stade. La mairie de Colomiers n’a pas, à la date de publication, diffusé de communiqué officiel sur le sujet.
Un flou juridique pointé par les autorités
L’Association des maires du département de la Haute-Garonne (ATD31) et la Direction départementale des territoires (DDT) ont déjà documenté les risques juridiques de ce type de pratique. Selon leur analyse disponible en ligne, les tirs de carabine par une collectivité pour détruire des pigeons de ville sont potentiellement illégaux en l’absence d’autorisation préfectorale spécifique. La réglementation sur les armes (catégories A, B, C) interdit en principe aux communes d’acquérir ou de détenir certaines armes sans motif précis - comme l’armement d’une police municipale.
Concrètement, une mairie souhaitant recourir à des tirs doit généralement passer par un prestataire agréé, dans un cadre strictement encadré. L’ATD31 précise que l’absence de ce cadre expose la collectivité à des recours.
Des méthodes alternatives défendues par les associations
Des organisations de protection animale, dont PAZ (association liée à Zoopolis), s’opposent régulièrement aux tirs et aux gazages, qu’elles jugent « cruels et inefficaces » à long terme. Elles préconisent des méthodes alternatives : installation de pigeonniers contraceptifs, ramassage des œufs, sensibilisation à la non-nourrissage. Selon un état des lieux publié par Zoopolis en 2023, Colomiers figurait parmi les communes ayant eu recours à des captures et à du gazage.
Ces associations rappellent que sans réduction des sources de nourriture et de reproduction, les populations reviennent rapidement après chaque abattage.
Contexte dans la Haute-Garonne
Colomiers est la deuxième commune du département de la Haute-Garonne avec 40 882 habitants recensés en 2023 par l’INSEE, derrière Toulouse. Sa densité de population atteint environ 1 963 habitants au kilomètre carré. Intégrée à Toulouse Métropole, elle concentre une activité industrielle et aéronautique importante (Airbus notamment) et un tissu résidentiel dense, facteurs qui favorisent la présence d’oiseaux liminaires en milieu urbain.
La question de la régulation des pigeons n’est pas propre à la Haute-Garonne. En 2024, le maire de Saint-Georges-d’Orques (Hérault) avait autorisé des tirs similaires en invoquant l’absence d’alternative, selon France 3 Occitanie. À Cognac (Charente), en 2025, une décision comparable avait déclenché une pétition recueillant plus de 20 000 signatures, selon Charente Libre. À chaque fois, la tension entre impératif de salubrité et bien-être animal structure le débat.
Colomiers rejoint ainsi une liste de communes françaises confrontées à ce dilemme, sans que des solutions durables et consensuelles n’aient jusqu’ici été trouvées à l’échelle nationale. La question d’un rapport complexe entre habitants urbains et pigeons dépasse largement le seul cadre de la salubrité.
Quelle suite pour Colomiers ?
La mairie de Colomiers n’a pas encore précisé si elle entend maintenir les autorisations de tirs, les encadrer davantage ou explorer d’autres méthodes. La préfecture de la Haute-Garonne n’a pas non plus communiqué sur une éventuelle autorisation accordée ou refusée. La polémique devrait néanmoins contraindre la municipalité à clarifier sa position dans les prochains jours.
Sources
- La Dépêche du Midi : "Scandaleux" : pigeons par milliers dans cette commune à l'ouest de Toulouse, pourquoi les tirs de carabine autorisés par la mairie en secret font polémique
- ATD31 : Une commune peut-elle faire usage d'une carabine pour lutter contre la prolifération des pigeons de ville ?
- France 3 Occitanie : "Nous n'avions pas le choix" : le maire autorise les tirs de carabine contre l'invasion des pigeons
- Charente Libre : « C'est cruel et inefficace » : 20.000 signatures contre le tir aux pigeons de la mairie de Cognac

