Comment faire un herbier : guide complet
En bref
Pour faire un herbier, récoltez des plantes avec fleurs et fruits, pressez-les entre du papier absorbant sous des livres lourds pendant deux semaines en changeant le papier quotidiennement, puis fixez-les sur du carton avec du papier gommé et étiquetez-les avec les informations botaniques complètes.
L'Herbier national du Muséum national d'Histoire naturelle de Paris conserve aujourd'hui environ 8 millions de spécimens, ce qui en fait la collection botanique la plus importante au monde. Créer son propre herbier est une activité à la fois scientifique, pédagogique et artistique qui permet de constituer une véritable collection végétale personnelle. Cette pratique ancestrale, utilisée depuis des siècles par les botanistes, nécessite quelques techniques de base pour préserver durablement les formes et les couleurs des plantes.
Les étapes à suivre
Étape 1 : Récolter les plantes de manière responsable
La récolte est une étape cruciale qui doit respecter certaines règles éthiques et légales. Ne prélevez jamais de plantes dans les réserves naturelles, parcs nationaux ou zones protégées. Évitez également les propriétés privées sans autorisation. Selon les recommandations du Muséum national d'Histoire naturelle, ne cueillez qu'un ou deux exemplaires d'une même plante et uniquement si elle est abondante. Si vous n'observez qu'un ou deux individus, abstenez-vous de cueillir. Privilégiez la récolte lorsque la plante présente des fleurs et des fruits, car ces éléments sont indispensables à l'identification botanique. Ne coupez que la tige, sans arracher les racines, sauf si celles-ci sont nécessaires à l'identification. Effectuez votre cueillette par temps sec, idéalement l'après-midi, lorsque la rosée a disparu et que la teneur en humidité est minimale. Munissez-vous d'un sécateur, d'un carnet de récolte, d'un crayon et de papier journal pour transporter les plantes sans les écraser.
Étape 2 : Mettre les plantes sous presse rapidement
Une fois rentrée, la mise sous presse doit s'effectuer le plus rapidement possible pour éviter que les plantes ne se flétrissent ou ne moisissent. Selon les techniques de Tela Botanica, disposez soigneusement la plante entre deux feuilles de papier absorbant (buvard, essuie-tout ou papier journal sans encre) en déployant toutes ses parties : feuilles, fleurs, tiges. L'arrangement doit permettre de visualiser l'insertion des feuilles (opposées, alternes ou en verticille), car cette caractéristique est déterminante pour l'identification. Placez l'ensemble entre deux feuilles de carton rigide, puis ajoutez par-dessus des livres bien lourds, comme des dictionnaires, ou utilisez une presse artisanale faite de deux planches maintenues par des sangles. Le poids doit être suffisant pour aplatir la plante sans l'écraser complètement. Intercalez plusieurs chemises de papier journal vide entre chaque plante pour absorber l'humidité et éviter les contaminations croisées.
Étape 3 : Sécher les plantes pendant deux semaines
Le séchage est l'opération la plus importante dans le processus de conservation des plantes. Selon les spécialistes du Muséum, vous devez changer les feuilles de papier absorbant quotidiennement pendant environ deux semaines, jusqu'à ce que la plante soit parfaitement sèche. Cette étape est cruciale car les plantes riches en eau risquent de pourrir ou de moisir si le papier humide n'est pas remplacé régulièrement, surtout les trois premiers jours. Une plante est considérée comme sèche lorsqu'elle ne contient plus d'humidité et reste rigide sans s'enrouler quand on la soulève. La teneur en eau doit passer de 55-85% à l'état frais à 10-15% après séchage, seuil auquel les bactéries cessent de se développer. Conservez la presse dans un endroit sec et bien aéré, à l'abri de la lumière directe du soleil. Pour accélérer le processus, vous pouvez intercaler du carton ondulé entre les feuilles pour permettre à l'air de mieux circuler.
Étape 4 : Fixer les plantes sur un support adapté
Une fois les plantes parfaitement sèches, il faut les fixer sur un support durable. Les botanistes professionnels utilisent des feuilles de carton léger ou de papier épais mais rigide d'environ 160 g/m² au format A3 (environ 45 cm x 28 cm). Selon les recommandations de l'Herbier de l'Université de Strasbourg, n'utilisez jamais de ruban autocollant type Scotch qui jaunit avec le temps et détériore les spécimens. Privilégiez le papier gommé (papier kraft gommé) que vous coupez en petits morceaux de la dimension voulue. Ce papier colle lorsqu'il est humidifié et permet de déplacer et replacer l'échantillon sans le détériorer. Vous pouvez aussi utiliser de la colle blanche en très petite quantité, appliquée par points discrets. Disposez harmonieusement la plante sur la feuille en veillant à ce que toutes ses parties caractéristiques soient visibles. Si la plante est trop grande, vous pouvez la couper en morceaux ou n'en mettre qu'un fragment en indiquant sa taille réelle à côté.
Étape 5 : Créer des étiquettes détaillées
L'étiquetage est une étape fondamentale qui transforme une simple plante séchée en spécimen scientifique. Chaque planche d'herbier doit obligatoirement comporter une étiquette avec les informations suivantes : le nom vernaculaire (nom commun) et le nom latin (nom scientifique), la famille botanique, la date de récolte précise, le lieu de collecte détaillé (commune, lieu-dit, coordonnées GPS si possible), l'habitat (type de sol, altitude, type de végétation environnante), le nom du collecteur. Vous pouvez ajouter des informations complémentaires comme la description morphologique (herbacée, arbuste, arbre), la taille de la plante vivante, la couleur des fleurs (qui peut s'altérer au séchage), l'odeur, la texture, et les usages éventuels (plante médicinale, tinctoriale, alimentaire). Ces données sont essentielles pour permettre l'identification et la redétermination ultérieure des spécimens. Vous pouvez imprimer vos étiquettes à l'ordinateur ou les écrire à la main de manière lisible à l'encre permanente.
Étape 6 : Organiser et conserver durablement l'herbier
La conservation de votre herbier est essentielle pour préserver sa beauté et sa durabilité sur le long terme. Rangez vos planches dans des chemises de carton léger au format A3 plié, puis regroupez-les par famille botanique en respectant une classification phylogénétique, ou plus simplement par ordre alphabétique des genres. Stockez l'ensemble dans un endroit sec, à l'abri de la lumière car les plantes sèches se décolorent très vite au soleil, et à température stable. Selon les conseils du Muséum, votre herbier est fragile même s'il est protégé. Les insectes (mites, coléoptères) en sont très friands : utilisez un peu d'insecticide naturel à base de plantes, comme de la citronnelle ou de la lavande, ou placez des sachets de gel de silice dans les boîtes de rangement pour contrôler l'humidité. Vous pouvez aussi passer vos planches au congélateur pendant 48 heures en cas d'infestation. Évitez les variations extrêmes de température et l'humidité qui favorisent le développement de moisissures.
💡 Conseils et astuces
- Commencez par un herbier thématique simple : les plantes de votre jardin, de votre quartier ou les espèces les plus courantes de votre région, comme le recommande l'Herbier de l'Université de Strasbourg
- Changez impérativement le papier absorbant tous les jours pendant les trois premiers jours de séchage pour éviter le pourrissement des plantes riches en eau
- Conservez vos plantes sous la forme la plus brute possible : une plante entière se dégrade beaucoup moins vite qu'une plante réduite en poudre ou en petits morceaux
- Vérifiez systématiquement la liste des espèces protégées de votre région avant toute récolte : il est strictement interdit de prélever des plantes protégées
- Ne superposez jamais les plantes pendant le séchage pour éviter les déformations et favoriser une bonne circulation de l'air
- Documentez votre herbier avec des photos prises sur le lieu de collecte : elles complètent utilement les spécimens séchés et montrent l'habitat naturel de la plante
❓ Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour sécher complètement une plante ?
Le séchage complet prend environ deux semaines en moyenne avec la méthode traditionnelle sous presse. Les plantes fines et peu charnues sèchent plus rapidement (7 à 10 jours), tandis que les plantes épaisses ou riches en eau peuvent nécessiter jusqu'à trois semaines. Avec du gel de silice, le séchage ne prend que quelques jours.
Peut-on faire un herbier avec toutes les plantes ?
Non, certaines plantes sont protégées par la loi et il est strictement interdit de les prélever. De plus, évitez de récolter dans les réserves naturelles, parcs nationaux et zones protégées. Ne prélevez que des plantes abondantes et uniquement si leur population le permet. Les plantes très charnues comme les cactées sont difficiles à sécher par pressage traditionnel.
Quelle est la durée de conservation d'un herbier ?
Un herbier bien conservé peut durer plusieurs siècles. L'Herbier national du Muséum conserve des spécimens datant du début du XVIIIe siècle, comme l'herbier de Tournefort légué en 1708. La clé est de protéger les planches de l'humidité, de la lumière directe, des variations de température et des insectes ravageurs.
Pourquoi utiliser du papier gommé plutôt que du scotch ?
Le papier gommé (papier kraft gommé) est recommandé par tous les herbiers professionnels car il ne jaunit pas avec le temps, contrairement au scotch qui se dégrade et tache les spécimens. De plus, le papier gommé permet de repositionner les plantes sans les abîmer, ce qui est impossible avec du ruban adhésif permanent.
Faut-il obligatoirement récolter les fleurs et les fruits ?
Oui, selon les recommandations des botanistes professionnels, un spécimen d'herbier doit obligatoirement présenter les fleurs ou les fruits, avec si possible les graines, car ce sont des éléments indispensables à l'identification botanique. Un échantillon stérile (sans organes reproducteurs) n'a que peu d'intérêt scientifique, sauf pour certains arbres facilement identifiables.
📚 Sources
Cet article a été rédigé à partir des sources suivantes :
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