Guide pratique

Comment mettre sous tutelle : guide pratique

8 min
Difficile
7 étapes
27 décembre 2025
Comment mettre sous tutelle : guide pratique
Illustration : Comment mettre sous tutelle : guide pratique © info.fr
Rédigé par L'équipe de la rédaction
Mis à jour le 27 décembre 2025
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En bref

Pour mettre une personne sous tutelle, vous devez déposer une requête auprès du juge des contentieux de la protection accompagnée d'un certificat médical circonstancié établi par un médecin agréé. Le juge dispose d'un délai maximum d'un an pour statuer sur la demande.

En France, plus de 680 000 majeurs bénéficient d'une mesure de protection juridique selon le Ministère de la Justice. La mise sous tutelle représente la mesure de protection la plus contraignante, réservée aux personnes dont les facultés mentales ou corporelles sont gravement altérées. Cette procédure judiciaire nécessite un certificat médical circonstancié d'un coût de 192 euros et peut prendre jusqu'à 12 mois avant décision du juge des contentieux de la protection.

Les étapes à suivre

Étape 1 : Vérifier les conditions d'éligibilité à la tutelle

Avant d'entamer toute démarche, assurez-vous que la tutelle est la mesure appropriée. Selon le Service Public, la tutelle s'applique uniquement aux personnes majeures dont les facultés mentales ou corporelles sont altérées de manière à empêcher l'expression de leur volonté. Cette mesure ne peut être prononcée que si les alternatives moins contraignantes comme la curatelle ou la sauvegarde de justice sont insuffisantes. La tutelle concerne généralement les personnes atteintes de maladies neurodégénératives comme Alzheimer, de handicaps mentaux sévères ou de troubles psychiatriques graves. Le juge des contentieux de la protection évaluera si la personne est dans l'incapacité complète de gérer son patrimoine et ses affaires courantes, même avec de l'aide.

💡 Consultez d'abord le Service d'Information et de Soutien aux Tuteurs Familiaux (SATF) pour évaluer si la tutelle est vraiment nécessaire ou si une mesure moins contraignante suffirait.

Étape 2 : Identifier qui peut faire la demande

La loi française autorise plusieurs personnes à déposer une demande de mise sous tutelle. La personne concernée peut elle-même faire la demande si elle en a encore la capacité. Les proches habilités incluent le conjoint, le partenaire de PACS, le concubin, les membres de la famille (enfants, parents, frères, sœurs, alliés) ou toute personne entretenant des liens étroits et stables avec la personne à protéger. Le procureur de la République peut également saisir le juge, soit d'office, soit à la demande d'un tiers comme un médecin, un travailleur social ou le directeur d'un établissement de soins. Cette possibilité est particulièrement utilisée lorsque la famille est inexistante ou ne se mobilise pas pour protéger un adulte vulnérable manifestement en danger.

💡 Si vous n'êtes pas un membre de la famille directe, préparez des preuves de vos liens étroits et stables avec la personne : correspondances, témoignages, historique de votre relation.

Étape 3 : Obtenir le certificat médical circonstancié obligatoire

Le certificat médical circonstancié est une pièce absolument indispensable, à peine d'irrecevabilité de votre demande. Ce document doit être établi par un médecin inscrit sur une liste spécifique établie par le procureur de la République. Vous pouvez obtenir cette liste auprès du greffe du tribunal judiciaire dont dépend le domicile de la personne à protéger. Le coût de ce certificat est fixé à 192 euros TTC (160 euros HT), non remboursé par la Sécurité sociale. Des frais de déplacement peuvent s'ajouter si le médecin doit se rendre au domicile de la personne. Le certificat doit décrire précisément l'altération des facultés, donner des éléments sur l'évolution prévisible, préciser les conséquences sur la nécessité d'être assisté ou représenté, et indiquer si l'audition par le juge est possible. Il vous sera remis sous pli cacheté.

💡 Si la personne ou sa famille ne peut pas payer les 192 euros, le certificat peut être pris en charge par le Trésor public au titre des frais de justice sur demande au procureur.

Étape 4 : Constituer le dossier de demande complet

Vous devez rassembler plusieurs documents pour constituer votre dossier. Le formulaire Cerfa n°15891*03 doit être dûment rempli. Joignez un exposé détaillé des motifs justifiant la demande de protection avec des faits précis, des dates et si possible des éléments de preuve comme des témoignages. Ajoutez le certificat médical circonstancié sous pli cacheté, une copie intégrale de l'acte de naissance de la personne concernée (datant de moins de 3 mois), une copie de sa pièce d'identité et de celle du demandeur, un justificatif du lien de parenté (livret de famille, convention de PACS), une copie de la pièce d'identité et un justificatif de domicile de la personne proposée comme tuteur, ainsi que les lettres des membres de la famille acceptant cette nomination.

💡 Rédigez un exposé chronologique et factuel des événements qui motivent votre demande : incidents précis, dates, témoins, conséquences concrètes sur la vie quotidienne de la personne.

Étape 5 : Déposer la demande au tribunal compétent

La demande doit être adressée au juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire dont dépend le domicile de la personne à protéger. Vous pouvez déposer votre dossier directement au greffe du tribunal ou l'envoyer par courrier recommandé avec accusé de réception. Cette procédure est gratuite et ne nécessite pas obligatoirement l'assistance d'un avocat, bien que son accompagnement soit vivement conseillé pour les situations complexes. Une fois le dossier déposé, le juge dispose d'un délai maximum d'un an pour rendre sa décision. Pendant cette période d'instruction qui dure en moyenne 6 mois selon les sources spécialisées, le juge peut placer provisoirement la personne sous sauvegarde de justice pour assurer sa protection immédiate.

💡 Conservez une copie complète de votre dossier et l'accusé de réception. Notez le numéro de dossier communiqué par le greffe pour suivre l'avancement de votre demande.

Étape 6 : Participer à l'instruction du dossier

Durant la phase d'instruction, le juge des contentieux de la protection convoquera obligatoirement la personne à protéger pour l'entendre, sauf si son état de santé ne le permet pas. Le demandeur sera également auditionné, ainsi que potentiellement d'autres membres de la famille. Ces auditions ne sont pas publiques. La personne concernée peut être accompagnée d'un avocat ou de la personne de son choix avec l'accord du juge. Le dossier est ensuite transmis au procureur de la République pour avis, en respectant un délai minimum d'un mois avant la date du jugement. Le juge peut demander des informations complémentaires ou des expertises supplémentaires. Cette phase permet au magistrat d'évaluer précisément la situation et de déterminer si la tutelle est proportionnée aux besoins de protection.

💡 Préparez-vous soigneusement pour votre audition : apportez des documents complémentaires, soyez factuel et précis, expliquez pourquoi les mesures moins contraignantes seraient insuffisantes.

Étape 7 : Comprendre la décision du juge et ses conséquences

Le juge des contentieux de la protection peut prendre plusieurs décisions : prononcer une tutelle, opter pour une mesure moins contraignante (curatelle, sauvegarde de justice), ou rejeter la demande s'il la juge insuffisamment fondée. Si la tutelle est prononcée, elle sera fixée pour une durée maximale de 5 ans, renouvelable, ou jusqu'à 10 ans si l'altération des facultés ne peut manifestement pas s'améliorer selon les données scientifiques. Le juge désigne un tuteur, prioritairement parmi les membres de la famille, ou un mandataire judiciaire professionnel si nécessaire. La tutelle peut être complète ou allégée selon les capacités restantes de la personne. Le tuteur devra rendre compte annuellement de sa gestion au juge. En cas de refus, seul le demandeur peut faire appel de la décision.

💡 Si vous êtes désigné tuteur familial, contactez rapidement le greffe pour connaître vos obligations précises : inventaire des biens, compte de gestion annuel, actes nécessitant l'autorisation du juge.

💡 Conseils et astuces

  • Ne confondez pas tutelle et curatelle : la tutelle est une mesure de représentation totale, tandis que la curatelle est une mesure d'assistance permettant plus d'autonomie
  • Anticipez les délais : la procédure complète prend en moyenne 6 à 12 mois entre le dépôt de la demande et la décision du juge
  • Privilégiez toujours le dialogue avec la personne concernée avant d'entamer une procédure, sauf en cas d'urgence absolue
  • Renseignez-vous sur l'habilitation familiale, une alternative moins contraignante créée en 2016 qui limite l'intervention du juge
  • Si vous êtes tuteur familial, sachez que la fonction est gratuite mais le juge peut décider d'une indemnité selon l'importance des biens gérés
  • Consultez régulièrement le site Service-Public.fr et Justice.fr pour les informations officielles et formulaires à jour

❓ Questions fréquentes

Combien coûte une procédure de mise sous tutelle ?

La procédure judiciaire est gratuite et ne nécessite pas obligatoirement d'avocat. Le seul coût obligatoire est le certificat médical circonstancié qui s'élève à 192 euros TTC. Si la personne ou sa famille ne peut pas payer, ce coût peut être pris en charge par le Trésor public. Si un tuteur professionnel est désigné, sa rémunération sera calculée selon les revenus de la personne protégée.

Peut-on mettre quelqu'un sous tutelle sans son accord ?

Oui, il est possible de mettre une personne sous tutelle sans son consentement si son état le justifie. Le juge doit néanmoins l'entendre sauf si son état de santé ne le permet pas. La procédure nécessite un certificat médical circonstancié établi par un médecin agréé attestant de l'altération de ses facultés. La décision finale appartient au juge des contentieux de la protection.

Quelle est la durée d'une mesure de tutelle ?

La tutelle est prononcée pour une durée maximale de 5 ans, renouvelable. Le juge peut fixer une durée allant jusqu'à 10 ans si l'altération des facultés ne peut manifestement pas s'améliorer selon les données médicales. La mesure peut être révisée, modifiée ou levée à tout moment si la situation de la personne évolue.

Qui peut être désigné comme tuteur ?

Le juge désigne prioritairement un membre de la famille : conjoint, partenaire de PACS, parent, enfant, frère, sœur ou proche entretenant des liens étroits avec la personne. Si aucun proche ne peut assurer cette fonction, un mandataire judiciaire à la protection des majeurs professionnel sera désigné. Certaines personnes sont exclues : les majeurs protégés, les professionnels de santé du patient, les personnes condamnées.

Quels actes une personne sous tutelle peut-elle encore faire seule ?

Malgré la tutelle, la personne protégée conserve certains droits strictement personnels : elle peut voter, se marier ou se pacser en informant son tuteur, faire seule sa demande de carte d'identité ou de passeport, choisir son lieu de résidence et conserver l'autorité parentale. Le juge peut autoriser au cas par cas d'autres actes que la personne pourra accomplir seule ou avec l'assistance du tuteur.

📚 Sources

Cet article a été rédigé à partir des sources suivantes :

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