Corentin Moutet : « Les gens pensent que je suis mauvais »
Le Français 40e mondial se confie sur sa réputation sulfureuse et son rapport toxique à la défaite
Le tennisman français, 40e mondial, se confie sur son image, ses explosions de colère et sa relation conflictuelle avec les médias. Entre authenticité revendiquée et sanctions records
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Santé mentale des joueurs
La gestion de la défaite et de la pression médiatique chez les sportifs de haut niveau, entre exigence de performance et équilibre psychologique.
Image du tennis français
Moutet cristallise les tensions autour du comportement attendu des joueurs tricolores, entre authenticité et conformité aux codes du circuit.
Désavantage physique sur gazon
Avec 15 cm de moins que la moyenne du top 50, Moutet illustre les limites imposées par la morphologie dans un tennis dominé par le service.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
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2016
Passage professionnel
Moutet rejoint le circuit ATP après une carrière junior dominante où il perdait rarement entre 7 et 16 ans
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2020
Finale à Doha
Atteint sa première et unique finale ATP en simple au Qatar, meilleure performance à ce jour
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nov. 2022
Sanction FFT
La Fédération Française de Tennis lui retire son soutien fédéral pour « mauvais comportement »
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avr. 2026
Record de carrière
Atteint la 30e place mondiale, son meilleur classement ATP
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juin 2026
Amende record
40 000 $ d'amende à Queen's pour sept jurons en direct à la BBC, plus que ses gains du tournoi
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30 juin 2026
Chute à Wimbledon
Éliminé dès le 1er tour par Marcos Giron, avec raquette brisée offerte à un enfant
Le 17 juillet - dans le podcast Tennis Insider Club de Caroline Garcia - Corentin Moutet pose les mots sur une image qu’il traîne depuis des années. « Les gens pensent que je suis mauvais ». Phrase simple, débarrassée du vernis. Il a 27 ans - il est 40e mondial - et quand il perd, tout le monde parle de son comportement avant de parler du score.
Retour arrière. Le 30 juin - premier tour de Wimbledon. Moutet mène un set contre l’Américain Marcos Giron - puis s’effondre. 4-6, 6-4, 7-5, 6-4. Défaite sèche. Le lendemain, personne ne parle du match.
Queen’s: sept jurons, une amende record
Trois semaines plus tôt - même scénario au Queen’s Club. Victoire au premier tour contre Giovanni Mpetshi Perricard - interview en direct sur la BBC. Sept jurons. L’ATP ne rigole pas: 40 000 dollars d’amende. Ses gains du tournoi (environ 33 000 livres ) ne couvrent même pas la sanction. Dans la foulée, contre Alejandro Davidovich Fokina - il jette sa raquette et envoie une balle hors du stade. Le circuit lui colle l’étiquette bad boy, aux côtés de Nick Kyrgios et Alexander Bublik.
La distinction entre faits et interprétation
Moutet ne conteste pas les faits. Il conteste l’interprétation. Les sept jurons? Réels. La raquette brisée? Réelle. Mais ce qu’on en fait relève d’un autre registre. « Je n’ai jamais compris pourquoi on passe pour le méchant si on est en colère quand on perd. Pour moi, les gens bizarres, ce sont ceux qui sourient après avoir perdu ». Il pousse la logique: pourquoi perdre devrait-il déclencher une célébration? Pourquoi la rage serait-elle moins légitime que le fair-play souriant? Pour lui, la colère est une réaction naturelle à l’échec, pas une pathologie à corriger. Mais quand cette colère devient publique, « les gens commencent à penser que tu es un mauvais gars ». Le glissement est là: du geste à la personne, de l’incident au caractère.
« Je n’ai jamais appris à perdre »
Il creuse. Entre 7 et 16 ans - Moutet ne perdait presque jamais. Champion junior imbattable, il arrive pro sans mode d’emploi pour la défaite. « Quand j’ai perdu, j’étais tellement en colère que le lendemain, tout le monde parlait de mon comportement. Je ne sais pas comment perdre, et les gens commencent à penser que tu es un mauvais gars ». Il compare son arrivée sur le circuit à The Truman Show: tout le monde sourit, tout le monde joue un rôle pour les sponsors. Lui refuse.
La santé mentale d’un joueur qui ne sait pas perdre
Ce refus a un coût psychologique. L’absence d’apprentissage de la défaite entre 7 et 16 ans produit, dix ans plus tard, un adulte incapable de gérer l’échec sans explosion visible. Le circuit tennis, qui valorise la performance individuelle et la gestion émotionnelle simultanément, ne laisse aucune place à ce type de vulnérabilité. Depuis le retrait du soutien fédéral en novembre 2022 - il navigue seul. Les 6,4 millions de dollars de prize money ne résolvent pas le problème: on ne guérit pas une carence d’apprentissage avec de l’argent.
Les observateurs français louent son intelligence de jeu - sa créativité unique. Moutet, lui, retourne l’accusation: « Le tennis encourage la personnalité, puis la punit ».
Les médias français « les plus malades du monde »
Il vise directement. Les médias français? « Les plus malades du monde ». Volatils, imprévisibles. « Un jour, tu peux être comme un dieu et le lendemain, tu peux être le pire joueur de tennis de tous les temps ». Moutet n’a jamais remporté de titre ATP en simple. Il a atteint une finale à Doha en 2020 - les huitièmes à Roland-Garros et à l’US Open. Son meilleur classement: 30e mondial, en avril 2026. Depuis, rechute. Il oscille autour de la 40e place - avec un bilan difficile cette année.
En novembre 2022 - la Fédération Française de Tennis lui retire son soutien fédéral pour « mauvais comportement ». Fini les aides financières, fini l’entraîneur fédéral. Moutet encaisse. Il a gagné 6,4 millions de dollars en prize money depuis 2016 - mais l’argent ne résout pas le problème.
1,74 m contre un circuit de géants
Il mesure 1,74 m. La moyenne des 50 meilleurs mondiaux: 1,89 m. Quinze centimètres d’écart qui changent tout sur gazon, où le service règne. Cette année, il tombe dès le premier tour.
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L’incohérence des sanctions ATP
Le paradoxe Moutet tient en un chiffre: 40 000 dollars d’amende pour sept mots. Soit 5 700 dollars le juron. Un record ATP pour une interview. Moutet a posté « Stay true. Stay real. » sur les réseaux après l’incident du Queen’s. Il s’est excusé auprès de l’intervieweuse de la BBC. Mais il n’a pas dit qu’il changerait.
Sources
- ATP Tour - Profil de Corentin Moutet
- BBC Sport - Moutet fined for swearing
- Le Monde - Corentin Moutet, the fanciful player haunted by his demons
- TennisActu - Moutet se confie : « Les gens pensent que je suis mauvais »
- We Love Tennis - Moutet sur le circuit : « Est-ce que je suis dans le Truman Show ? »
- Eurosport - Moutet privé des aides fédérales pour son comportement
- Source verifiee (correction factuelle)
