Coupe du monde 2026 : la malédiction des Bleus en troisième match, 9 fois sans victoire
Depuis le succès 2-0 contre le Togo en 2006, l'équipe de France n'a plus gagné son dernier match de poule en Coupe du monde ou à l'Euro. Une série de neuf rencontres à sec qui pèse avant d'affronter la Norvège ce 26 juin.
Ce vendredi, les Bleus défient la Norvège à Philadelphie pour leur troisième et dernier match de groupe de la Coupe du monde 2026. Dans le même temps, une statistique revient comme un boulet depuis 2006, la France n'a plus remporté son troisième match de phase de poule dans un grand tournoi. Neuf tentatives, neuf échecs.
L’essentiel
- Fait 1 : La France n’a plus gagné son troisième match de groupe en Coupe du monde ou à l’Euro depuis le 23 juin 2006 (2-0 contre le Togo).
- Fait 2 : La série compte neuf matches sans victoire : trois défaites (Italie 2008, Afrique du Sud 2010, Suède 2012) et six nuls (Suisse 2016, Danemark 2018, Portugal 2020, Tunisie 2022, Pologne 2024, Équateur 2014).
- Fait 3 : Les Bleus ont déjà remporté leurs deux premiers matches du groupe I (3-1 contre le Sénégal, 3-0 contre l’Irak) et peuvent s’assurer la première place ce soir.
- Fait 4 : Didier Deschamps est aux commandes depuis 2012 ; il a vécu six de ces neuf matches sans victoire.
Ce vendredi soir, au Lincoln Financial Field de Philadelphie, l’équipe de France affronte la Norvège en clôture de la phase de groupes de la Coupe du monde 2026. Après avoir battu le Sénégal (3-1) et l’Irak (3-0), les hommes de Didier Deschamps ont déjà validé leur billet pour les huitièmes de finale. Mais un détail statistique empoisonne la préparation : depuis vingt ans, les Bleus n’ont plus gagné leur troisième match de poule dans un grand tournoi.
Une série qui a commencé il y a vingt ans
Le dernier succès remonte au 23 juin 2006. En Coupe du monde en Allemagne, la France de Raymond Domenech s’impose 2-0 contre le Togo grâce à des buts de Thierry Henry et Patrick Vieira. Depuis, c’est le désert. Neuf matches, neuf tentatives sans victoire : trois défaites et six nuls. « C’est un vrai blocage mental, pas seulement tactique, analyse un consultant de L’Équipe cité par nos confrères. On sent que le groupe se relâche après avoir assuré la qualification. »
Le compteur des échecs s’est ouvert dès l’Euro 2008 avec un cinglant 0-2 face à l’Italie. Puis la Coupe du monde 2010 a offert le fameux 1-2 contre l’Afrique du Sud, symbole du fiasco de Knysna. L’Euro 2012, le Brésil en 2014 (0-0 contre l’Équateur), l’Euro 2016 (0-0 contre la Suisse), le Mondial 2018 (0-0 contre le Danemark), l’Euro 2020 retarde (2-2 contre le Portugal), la Coupe du monde 2022 (0-1 contre la Tunisie) et enfin l’Euro 2024 (1-1 contre la Pologne) - la litanie s’allonge chaque fois que le troisième rendez-vous pointe son nez.
Deschamps dans le viseur
Sélectionneur depuis 2012, Didier Deschamps a vécu six de ces neuf rendez-vous manqués. « On connaît cette stat, elle est bien réelle, a-t-il reconnu en conférence de presse mercredi. Ce n’est pas une fatalité, mais il faut qu’on la casse. Ce soir, on joue pour la première place du groupe, pas pour une statistique. »
Le technicien a rappelé que ses joueurs avaient déjà montré leur capacité à élever le niveau dans les matches couperets. Mais les chiffres sont têtus : sous son mandat, la France a perdu ou fait match nul lors de chacun de ses troisièmes matches de groupe. Peut-être que l’absence de pression (la qualification acquise) joue un rôle, ou bien la gestion des rotations - plusieurs cadres avaient été préservés lors de ces rencontres.
Ce que la Norvège change
Face à une Norvège qui compte elle aussi deux victoires (4-1 contre l’Irak, 3-2 contre le Sénégal), le match du groupe I est capital pour la première place. Erling Haaland, quadruple buteur dans ce Mondial, est l’arme fatale des Scandinaves. Mais Deschamps pourrait aligner son équipe type : Kylian Mbappé, déjà auteur de quatre réalisations, sera en duel direct avec le Norvégien pour le titre de meilleur buteur.
Du côté des supporters, l’ambiance est à la fois confiante et prudente. Les fans des Bleus ont enflammé les Rocky Steps avant le match contre l’Irak, mais la « malédiction » du troisième match donne des sueurs froides. « On a gagné les deux premiers, c’est bien, mais il faut finir le travail, résume un fan parisien croisé à Philadelphie. Ne pas gagner ce soir, ce serait presque une tradition. »
Contexte dans le football français
Cette série interroge au-delà du simple chiffre. Dans l’histoire récente du football tricolore, la capacité à gérer les fins de phase de groupes a souvent été pointée du doigt. Sur les neuf derniers grands tournois, la France a remporté sept fois son premier match et six fois son deuxième, mais jamais le troisième. Ce paradoxe est régulièrement analysé dans les médias sportifs. À l’heure où la fédération ambitionne un Mondial 2030 sur le sol hexagonal, cette fragilité dans la gestion des effectifs et des intensités devient un enjeu de préparation pour les prochaines échéances.
Le retour de Romain Ntamack chez les Bleus du rugby a montré que la question des « matches sans pression » concerne aussi d’autres sports. Mais en football, la série des neuf est devenue un marronnier des commentateurs : elle accompagne chaque troisième match de groupe depuis 2008.
Prochaine étape : briser le signe
Ce soir, face à la Norvège, les Bleus ont l’occasion de mettre fin à vingt ans d’attente. Une victoire leur offrirait la première place du groupe I et un tableau hypothétiquement plus clément. Un nul ou une défaite prolongerait la série. Le coup d’envoi est prévu à 21 heures (heure locale), 3 heures du matin à Paris. Le monde du football retiendra son souffle - une fois de plus - au coup de sifflet final.