Cyclisme : Lappartient veut 6 coureurs par équipe sur le Tour, un plafond budgétaire en débat
Le président de l'UCI relance la réforme pour rendre la Grande Boucle plus spectaculaire et limiter la domination des équipes fortunées, malgré des résistances dans le peloton.
À quelques jours du départ du Tour de France 2026, David Lappartient propose de réduire les effectifs de 8 à 6 coureurs par équipe et d'instaurer un plafond budgétaire. Une offensive pour « sauver le cyclisme » qui suscite débats et inquiétudes, notamment chez les équipes bretonnes comme Arkéa-B&B Hotels, confrontées à l'inflation des coûts.
L’essentiel
- Proposition clé : David Lappartient (président UCI) veut réduire de 8 à 6 le nombre de coureurs par équipe sur le Tour de France, tout en portant le nombre de formations à 25.
- Plafond budgétaire : Il milite pour un « budget cap » afin d’endiguer l’inflation des coûts, citant le retrait du sponsor Arkéa comme signal d’alarme.
- Calendrier : Les discussions sont en cours, mais les équipes, notamment les plus modestes, avaient déjà rejeté une précédente version de ce projet.
« Le cyclisme devient insoutenable » : la charge de Lappartient
C’est une petite bombe à quelques encablures du Grand Départ du Tour de France 2026. Interrogé lors d’un événement Warner Bros. Discovery en juin, le président de l’Union cycliste internationale (UCI), David Lappartient, originaire de Ploërmel (Morbihan), a relancé le débat sur la réforme du cyclisme professionnel. Son cheval de bataille : réduire la taille des équipes de huit à six coureurs sur la Grande Boucle et augmenter le nombre de formations invitées à 25, contre 23 actuellement.
« Le cyclisme devient insoutenable sans plafonnement des budgets. Tour de France ? J’aimerais réduire le nombre de coureurs par équipe », a-t-il déclaré, selon des propos rapportés par plusieurs médias spécialisés. Une sortie qui s’inscrit dans une volonté affichée de « sauver le modèle économique du cyclisme », mis à mal par la guerre des budgets entre les grandes formations.
Un « budget cap » pour limiter la domination des riches
Au-delà de la réduction des effectifs, David Lappartient pousse pour l’instauration d’un plafond budgétaire, calqué sur le principe du fair-play financier de l’UEFA ou les salary caps des ligues américaines. L’objectif : empêcher les équipes les plus fortunées - comme UAE Emirates, Jumbo-Visma ou Ineos - de truster les meilleurs coureurs et d’écraser la concurrence.
« Les budgets des équipes WorldTour explosent. Certains dépassent les 50 millions d’euros. Cela devient intenable pour les formations moyennes, qui doivent soit trouver des sponsors très riches, soit disparaître », a expliqué Lappartient, citant l’exemple du retrait du sponsor Arkéa, qui a secoué le peloton breton. L’équipe Arkéa-B&B Hotels, basée dans le Finistère, a vu son partenaire principal jeter l’éponge en raison de la hausse insoutenable des coûts de compétitivité, un signal fort pour l’UCI.
Pour contourner l’opposition des équipes - qui avait déjà rejeté un premier projet de budget cap - , l’UCI explore des alternatives comme une taxe de luxe sur les salaires trop élevés ou un système de plafonnement progressif.
Des conséquences sportives et sécuritaires
Sur le plan sportif, la réduction à six coureurs par équipe changerait profondément la physionomie du Tour. Moins de « domestiques » pour protéger le leader, plus d’opportunités d’attaques, et un avantage accru pour les équipes capables de gérer un collectif resserré. « Ce serait effectivement mieux, et attirerait sûrement plus de sponsors car plus de chance de participer au TDF », a réagi le compte @VeloFute sur X.
Mais cette réforme soulève aussi des craintes : avec 25 équipes sur la route, la densité du peloton augmenterait, posant des questions de sécurité. Les équipes redoutent des embouteillages dans les cols et un risque accru de chutes. L’UCI assure que des simulations sont en cours pour trouver un équilibre.
Contexte dans le Morbihan
David Lappartient, né à Ploërmel, reste très attaché à ses racines morbihannaises. Ancien maire de la commune et conseiller départemental, il a toujours porté le cyclisme breton dans son action à la tête de l’UCI. Le Morbihan est une terre historique de la petite reine : chaque année, le département accueille des épreuves comme le Circuit de la Plume ou des étapes du Tour (en 2021, une arrivée à Pontivy avait attiré 10 000 spectateurs). Les clubs morbihannais, comme le VC Pontivyen ou l’AC Lanester, forment de nombreux coureurs amateurs. Une réforme des effectifs du Tour aurait un impact direct sur ces structures, qui fournissent parfois des coursiers aux équipes professionnelles. « Si les équipes réduisent leur effectif, les jeunes auront moins de chances de percer dans le WorldTour », confiait récemment un entraîneur du comité de Bretagne.
Prochaine étape : une concertation sous tension
L’UCI a annoncé qu’elle allait consulter l’ensemble des parties prenantes dans les prochaines semaines. Les équipes WorldTour, l’Association des coureurs (CPA) et les organisateurs de courses (ASO pour le Tour) sont attendus autour de la table. La piste d’un plafond budgétaire pourrait être testée dès la saison 2027 sous forme de « taxe de luxe », avant une éventuelle généralisation. D’ici là, les débats promettent d’être vifs, y compris dans le peloton breton, où la survie de l’équipe Arkéa-B&B Hotels dépend peut-être de cette réforme.
Sources
- CyclingUpToDate : Lappartient proposes to reduce riders per team on Tour de France
- Eurosport : La réduction des effectifs sur le Tour de France relancée par David Lappartient
- Cycling Weekly : Lappartient reveals UCI exploring salary cap for WorldTour teams
- Escape Collective : Lappartient admits budget cap proposal was rejected by teams