David Millar défend Pogačar : « On ne triche pas sept ans »
L'ancien Maillot Jaune britannique balaie les soupçons de dopage et salue la maîtrise tactique du Slovène
David Millar, ancien dopé repenti, prend la défense de Tadej Pogačar. Face aux accusations implicites, le Britannique oppose la constance du Slovène depuis 2019.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- David Millar, ancien Maillot Jaune et quadruple vainqueur d'étape, défend la probité de Pogačar
- « On ne peut pas maintenir un tel niveau pendant sept ou huit ans grâce à des artifices »
- Millar a été suspendu deux ans en 2004 après avoir reconnu la prise d'EPO
- En juillet 2026, Pogačar laisse son coéquipier Isaac del Toro gagner à Barcelone
- « Imaginez le Tour de France sans lui », lance Millar face aux critiques
David Millar regarde les courses « parce que Pogačar est au départ ». L’ancien coureur britannique, quadruple vainqueur d’étape sur le Tour - ne cache pas son admiration pour le Slovène. Dans un contexte où la domination de Pogačar interroge, Millar prend position: la constance, dit-il, ne se fabrique pas en laboratoire.
« On ne peut pas maintenir un tel niveau pendant sept ou huit ans grâce à des artifices » - tranche Millar dans les colonnes de L’Équipe. L’argument pèse lourd dans la bouche d’un ancien dopé. En 2004, Millar avait reconnu la prise d’EPO et avait été suspendu deux ans. Aujourd’hui consultant, il oppose à la suspicion une lecture de la trajectoire du Slovène: « Pogačar est le même depuis les catégories juniors, puis dès sa première saison professionnelle en 2019. Lors de la Vuelta cette année-là, il remporte trois étapes ».
La constance comme preuve
Millar martèle l’absence de hauts et bas caractéristiques des coureurs dopés. Pas de pic soudain, pas d’effondrement, pas de renaissance suspecte. Une courbe linéaire depuis sept ou huit ans. « On disait autrefois qu’un coureur atteignait son pic vers cet âge. Et je pense que Pogačar est justement en train d’atteindre ce sommet, ce qui est assez fou » - analyse le Britannique. Le Slovène a 27 ans.
Un héritage qui pèse sur la nouvelle génération
Le débat « Pogačar tue-t-il le cyclisme? » lancé par L’Équipe reflète une interrogation persistante: la supériorité du Slovène n’est-elle pas trop nette? Millar reconnaît la légitimité du doute. « C’est compréhensible que certains aient des doutes ou s’interrogent. C’est l’héritage du cyclisme et, malheureusement, cette nouvelle génération doit vivre avec ce passé ».
L’ombre d’Armstrong plane encore. La domination déclenche automatiquement le soupçon, quel que soit le coureur. Millar le sait mieux que personne: en 2000 - il portait le Maillot Jaune avant de tomber quatre ans plus tard. La génération Pogačar paie aujourd’hui le prix de cette mémoire collective. Chaque victoire écrasante ravive le spectre des années noires.
Un cyclisme transformé
Mais pour Millar, la comparaison avec l’ère Armstrong ne tient pas. « Le cyclisme a énormément changé au cours des dix ou quinze dernières années » - rappelle-t-il. Selon plusieurs sources, l’évolution des méthodes d’entraînement, l’explosion de la data, l’optimisation nutritionnelle ont transformé le sport. L’encadrement scientifique légal a franchi un palier que les protocoles de dopage des années 2000 ne nécessitaient pas.
Millar ne détaille pas les dispositifs antidopage actuels, mais oppose une conviction: les gains de performance s’expliquent désormais par la professionnalisation des équipes, pas par la pharmacie clandestine. L’argument reste narratif, mais il vient d’un homme qui connaît les deux versants de la montagne.
Barcelone, juillet 2026: la maîtrise tactique
En juillet 2026 - Millar a été impressionné par la décision de Pogačar de laisser son coéquipier Isaac del Toro remporter une étape du Tour de France. « Quelque chose qu’on n’a pas vu depuis des années » - commente le Britannique. La scène se déroule lors de la deuxième étape - arrivée à Barcelone. Pogačar contrôle la course, marque son rival Jonas Vingegaard - mais se retient pour offrir la victoire à son coéquipier.
Millar salue la « maîtrise et la vision tactique » du Slovène. Il souligne la capacité de Pogačar à « contrôler deux courses à la fois »: à la fois marquer Jonas Vingegaard et encourager Isaac del Toro vers la ligne d’arrivée. Une intelligence de course rare.
La domination qui attire ou qui étouffe?
Sur le podcast « For the Love of Cycling » - Millar répond aux détracteurs de Pogačar. « Les gens viennent voir les courses parce que Pogačar y participe » - affirme-t-il. Puis il lance: « Imaginez le Tour de France sans lui ». L’argument est simple: la domination du Slovène n’étouffe pas le cyclisme, elle l’anime.
Le paradoxe tient dans cette tension: Pogačar remplit les routes et fait grimper les audiences, mais son avance nourrit aussi le soupçon permanent. Millar tranche en faveur de l’attractivité. Pour lui, le spectacle d’un champion hors norme vaut mieux qu’un peloton nivelé par le doute généralisé. La supériorité devient un moteur, pas un poison, à condition d’y croire.
La parole d’un repenti
En juin 2023 - Millar avait déjà écarté l’hypothèse du dopage: « Il faut des athlètes très spéciaux pour faire ces choses et de nos jours, ce n’est pas dû au dopage ». Une position assumée pour un ancien Maillot Jaune qui a lui-même triché.
La légitimité de Millar repose sur cette ambiguïté: peut-on croire un repenti qui assure qu’un autre est propre? Le Britannique, seul de son pays à avoir porté les trois maillots de leader des Grands Tours et les quatre maillots distinctifs du Tour - mise sur son expérience des deux versants. Il sait reconnaître les signaux d’alarme. Et il n’en voit aucun chez Pogačar.
Ce que les chiffres ne disent pas
Millar ne cite aucune donnée physiologique précise, aucun test comparatif, aucun watt mesuré. Sa défense repose sur l’observation narrative: la trajectoire, la régularité, le geste tactique. Aucune source consultée ne mentionne les valeurs de puissance développées par Pogačar lors de ses ascensions récentes, ni les comparaisons avec les performances des années Armstrong. Millar construit son plaidoyer sur la durée et la cohérence, pas sur les watts.
Dernier plan: Millar, ancien Maillot Jaune en 2000 - seul Britannique à avoir porté les quatre maillots distinctifs du Tour et les trois maillots de leader des Grands Tours - regarde les courses pour Pogačar. C’est dit.
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (4)
« il avait reconnu la prise d'EPO et avait été suspendu deux ans »
lequipe.fr ↗ ↩
« C'est compréhensible que certains aient des doutes ou s'interrogent. C'est l'héritage du cyclisme et, malheureusement, cette nouvelle génération doit vivre avec ce passé. »
lequipe.fr ↗ ↩
« Le cyclisme a énormément changé au cours des dix ou quinze dernières années. »
lequipe.fr ↗ ↩
« "Les gens viennent voir les courses parce que Pogačar y participe", a déclaré Millar sur le podcast "For the Love of Cycling", ajoutant: "Imaginez le Tour de France sans lui". »
procyclinguk.com ↗ ↩
