Dermatose nodulaire : 113 foyers détectés, la colère agricole s’intensifie

Annie Genevard se rend à Toulouse ce lundi 15 décembre pour lancer la vaccination d'un million de bovins dans le Sud-Ouest

Dermatose nodulaire : 113 foyers détectés, la colère agricole s’intensifie
Tracteurs d'agriculteurs bloquant une route lors de manifestations contre la dermatose nodulaire Nathalie Rousselin / INFO.FR

La crise de la dermatose nodulaire contagieuse prend une ampleur politique majeure. Alors que 113 foyers ont été détectés en France depuis juin et que 3.300 bovins ont été abattus, les agriculteurs multiplient les blocages dans le Sud-Ouest. La ministre de l'Agriculture Annie Genevard se déplace ce lundi à Toulouse pour défendre sa stratégie sanitaire, vivement contestée par une partie du monde agricole qui réclame l'arrêt des abattages totaux de troupeaux.

L'essentiel

  • 113 foyers de dermatose nodulaire contagieuse détectés en France depuis le 29 juin 2025, répartis dans neuf départements du Sud-Ouest et de Savoie
  • 3.300 bovins abattus à ce jour, soit 0,2% du cheptel français de 16 millions de têtes, selon le ministère de l'Agriculture
  • Plus de 200 maires et élus d'Ariège réunis à Foix ce lundi 15 décembre pour réclamer un protocole d'abattage ciblé plutôt que total
  • Annie Genevard se rend à Toulouse ce lundi pour lancer la vaccination obligatoire d'un million de bovins dans huit départements du Sud-Ouest
  • La maladie, transmise par des insectes piqueurs, n'est pas dangereuse pour l'homme mais peut causer la mort de 5 à 10% des bovins infectés

À Carbonne, en Haute-Garonne, une centaine d’agriculteurs ont établi un campement de protestation, faisant ressurgir les souvenirs du mouvement qui avait embrasé le pays en janvier 2024. Sur l’A64, des dizaines de tracteurs bloquent plus d’une centaine de kilomètres entre le Pays basque et l’est de Tarbes. À Foix, plus de 200 maires et élus locaux d’Ariège se sont rassemblés devant la préfecture. La France agricole est en ébullition face à une crise sanitaire qui menace de devenir une crise politique de grande ampleur.

Une maladie qui fracture le monde agricole

La dermatose nodulaire contagieuse a été détectée pour la première fois sur le sol français le 29 juin 2025 en Savoie. Depuis, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, 113 foyers ont été identifiés dans neuf départements : Savoie (32 foyers), Haute-Savoie (44), Pyrénées-Orientales (20), Jura (7), Ain (3), Ariège (1), Hautes-Pyrénées (1), Haute-Garonne (1), Rhône (1) et Doubs (1). Au total, 3.300 bovins ont été abattus, soit 0,2% du cheptel français de 16 millions de têtes.

Cette maladie virale, qui affecte exclusivement les bovins, se transmet via des insectes piqueurs comme certaines espèces de mouches et de moustiques, explique l’Anses. Les animaux infectés présentent des nodules sur leur peau, parfois de la fièvre ou des lésions dans la bouche, ainsi qu’une baisse de la production laitière. Dans les cas les plus graves, la pathologie peut entraîner la mort de l’animal dans 5 à 10% des cas.

Cruciale précision : la DNC n’est pas transmissible aux êtres humains, « ni par contact avec les animaux malades, ni par la consommation de produits issus de ces animaux », précise l’agence sanitaire. Elle ne présente donc aucun danger pour la santé publique, mais ses conséquences économiques sont majeures en raison des restrictions commerciales qu’elle engendre.

L’Ariège, épicentre d’un bras de fer violent

Le tournant de la crise s’est joué dans une ferme des Bordes-sur-Arize, en Ariège, jeudi 11 décembre. Des centaines d’éleveurs s’y sont réunis pour soutenir l’exploitant qui refusait l’abattage de plus de 200 de ses vaches après la détection d’un cas de dermatose nodulaire. Les affrontements avec les forces de l’ordre ont été violents avant que les gendarmes ne prennent le contrôle de l’exploitation dans la soirée, rapporte France 3 Occitanie.

L’abattage a finalement commencé le 12 décembre au matin. Ce drame a cristallisé la colère d’une partie du monde agricole qui conteste la stratégie sanitaire imposée par l’État : l’abattage systématique de tous les bovins d’un élevage dès qu’un cas est identifié. « Quand on voit ça, ça ne vaut pas le coup de s’installer », témoignent Clément, Mathieu et Maxime, élèves de première au lycée agricole de Vic-en-Bigorre, selon La Dépêche.

« Il est urgent de les écouter et qu’un dialogue constructif soit remis en place », ont écrit les élus d’Ariège dans une lettre remise au préfet, demandant « la nécessité de réinterroger le protocole d’abattage total des bovins, en envisageant un abattage ciblé des animaux infectés ».

Une ministre sous pression face à une mobilisation massive

Face à « la dégradation soudaine de la situation sanitaire », Annie Genevard a instauré vendredi la vaccination obligatoire de tous les bovins dans huit départements du Sud-Ouest. La ministre se rend ce lundi 15 décembre à Toulouse pour lancer cette campagne visant un million de bêtes, destinée à endiguer la propagation de la maladie. Elle est attendue à la préfecture pour une « réunion de crise sur la situation sanitaire et la campagne vaccinale », indique 100% Radio.

« Je ne laisserai aucun éleveur seul face à la maladie. Pas un centime d’euro ne sera perdu par les éleveurs », a promis Annie Genevard sur France 2, ajoutant : « Mon devoir est aussi de protéger 125.000 autres éleveurs qui ne veulent pas voir arriver la maladie chez eux, et de préserver 16 millions de bovidés ».

Mais cette stratégie divise profondément. Si l’alliance syndicale majoritaire FNSEA-Jeunes Agriculteurs soutient le ministère, la Coordination rurale et la Confédération paysanne contestent vivement le protocole d’abattage total. « On est en lien plus ou moins avec la ministre pour lui porter nos revendications mais ça n’avance pas à la vitesse que l’on voudrait », déplore Emilie Deligny, secrétaire générale de la Confédération paysanne, selon l’AFP.

Des routes bloquées, une jeunesse agricole inquiète

Les actions se multiplient dans tout le Sud-Ouest. Dimanche, 27 opérations étaient recensées en fin d’après-midi, rassemblant un peu plus de 1.000 agriculteurs, selon le ministère de l’Intérieur. La sous-préfecture de Millau a été recouverte de paille, lisier et pneus usagés. L’A64 reste bloquée depuis vendredi soir. Des mobilisations sont également prévues en Corrèze à partir du 16 décembre, rapporte La Montagne.

À Boulogne-sur-Mer, environ 70 tracteurs ont défilé à l’appel de la Coordination rurale des Hauts-de-France. Sophie Lenaerts, éleveuse et présidente de la Coordination rurale de l’Oise, a déploré une « hérésie », réclamant un « abattage partiel » et la mise en place d’un « troupeau test » pour mieux comprendre la maladie.

La colère touche même les bancs des lycées agricoles. Près d’une centaine d’élèves du campus Agri-environnement Jean Monnet de Vic-en-Bigorre ont manifesté ce lundi matin. « 75% des élèves ne sont pas issus du milieu agricole » mais ont choisi cette voie par vocation, précise La Dépêche. « Si on monte quelque chose et qu’on nous en prive du jour au lendemain… C’est le métier le plus essentiel à la société et le moins respecté », témoigne Enola, élève venue à l’agriculture sur un coup de cœur.

Des enjeux qui dépassent le sanitaire

Au-delà de la crise sanitaire immédiate, c’est toute la question de la préservation du patrimoine génétique des troupeaux qui se pose. « On ne peut pas réduire à néant, en l’espace de trois heures, tout un travail de génétique », s’insurgent les manifestants. La disparition de races spécifiques inquiète particulièrement. Le sénateur du Gard Laurent Burgoa a plaidé pour une vaccination préventive des élevages de taureaux de race camarguaise et espagnole, dont la disparition « en cas d’épizootie non maîtrisée » serait une « perte irréversible », selon TF1 Info.

D’après les chiffres du parc naturel régional de Camargue datant de 2023, il y a environ 22.000 animaux de race camargue dans le delta du Rhône, dont seulement quelque 5.000 vaches reproductrices. La DNC n’a à ce jour pas touché le Gard, l’Hérault et les Bouches-du-Rhône, où sont implantés ces élevages.

La ministre défend son protocole avec fermeté. « Il faut éradiquer cette maladie, sans quoi elle peut causer la mort de 10% du cheptel français », a-t-elle souligné sur France 2, selon La Vie. Mais cette position reste contestée par ceux qui plaident pour un nouveau protocole ne ciblant que les animaux positifs à la DNC.

La visite d’Annie Genevard à Toulouse ce lundi s’annonce décisive. Parviendra-t-elle à apaiser la colère d’un monde agricole qui se sent une nouvelle fois incompris et sacrifié ? La réponse à cette question déterminera peut-être l’avenir de milliers d’exploitations et la capacité de la France à préserver son cheptel de 16 millions de bovins face à cette maladie émergente.

Sources

  • Franceinfo (12 décembre 2025)
  • Franceinfo (15 décembre 2025)
  • TF1 Info (15 décembre 2025)
  • 100% Radio (15 décembre 2025)
  • La Dépêche (15 décembre 2025)
  • La Vie (12 décembre 2025)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.