Deutsche Bank chute de 6% en bourse : rumeurs sur le crédit privé et réclamations de 850 millions d’euros

Alors que des anciens cadres réclament 850 millions d'euros à la banque allemande, un tweet viral évoque une exposition au crédit privé jamais confirmée

Siège social de Deutsche Bank
Siège social de Deutsche Bank Illustration INFO.FR

Le 12 mars 2026, Deutsche Bank a perdu plus de 6% à la bourse de Francfort, entraînant dans sa chute l'ensemble du secteur bancaire européen. Si des réclamations juridiques de 750 à 850 millions d'euros expliquent en partie ce décrochage, un tweet viral évoque une exposition de 30 milliards de dollars au crédit privé que nous n'avons pu vérifier auprès d'aucune source primaire. L'affaire illustre comment, dans un contexte de tensions géopolitiques extrêmes, la désinformation financière prospère sur le terreau de l'incertitude.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Deutsche Bank a chuté de 6% le 12 mars 2026, entraînant MPS (-4,3%), Mediobanca (-3,9%) et Unicredit (-3,7%) (Firstonline)
  • Des anciens cadres réclament environ 850 millions d'euros à la banque allemande devant les tribunaux anglais (Le Figaro)
  • Un tweet viral évoque 30 milliards $ d'exposition au crédit privé, information non vérifiée par aucune source primaire
  • Le pétrole Brent a atteint 100 dollars le baril le 12 mars en raison des menaces iraniennes sur le détroit d'Ormuz (Firstonline)
  • L'écart BTP-Bund a grimpé à 80 points de base, signe de tensions sur la dette européenne (Firstonline)

À Francfort, le 12 mars, l’action Deutsche Bank a chuté de plus de 6%, selon Firstonline. Le titre a entraîné dans son sillage l’ensemble des banques européennes : MPS a reculé de 4,3%, Mediobanca de 3,9%, Unicredit de 3,7%. À Milan, l’indice Ftse Mib a cédé 0,71%, à Paris le CAC 40 a lâché 0,7%, tandis que l’écart entre le BTP italien et le Bund allemand s’est creusé à 80 points de base.

Or, cette dégringolade trouve une explication documentée : des responsables de l’opération MPS-Santorin réclament à Deutsche Bank une indemnisation de 750 millions d’euros, toujours selon Firstonline. Selon Le Figaro, la banque fait face à environ 850 millions d’euros de réclamations d’anciens cadres devant les tribunaux anglais, qui l’accusent d’avoir porté atteinte à leur carrière.

Un tweet viral évoque 30 milliards d’exposition au crédit privé

Parallèlement à ces faits vérifiés, un tweet publié ce lundi évoque une tout autre dimension de la crise : Deutsche Bank aurait révélé dans « son dernier rapport » une exposition de 30 milliards de dollars au crédit privé, dont 25,9 milliards d’euros de portefeuille de crédit privé et 15,8 milliards d’exposition au secteur tech/logiciel. Le message mentionne également un « hung deal » (prêt impossible à syndiquer) de 1,2 milliard de dollars lié à l’acquisition d’un éditeur de logiciels.

Nous n’avons trouvé aucune trace de ces chiffres dans les sources primaires consultées. Ni dans les dépêches d’agence, ni dans les rapports financiers récents de Deutsche Bank accessibles publiquement. L’auteur du tweet affirme que « personne n’en parle vraiment, la guerre en Iran monopolise l’attention », ce qui constitue en substance une explication commode pour justifier l’absence de couverture médiatique d’une information qui, si elle était exacte, aurait fait les gros titres du Financial Times et du Wall Street Journal.

Quand le Brent à 100 dollars crée un terrain propice aux rumeurs

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Le contexte géopolitique joue ici un rôle crucial. Le 12 mars, le pétrole Brent a brièvement atteint les 100 dollars le baril en raison des menaces de l’Iran sur le détroit d’Ormuz, selon Firstonline (comme nous l’analysions dans notre article sur le blocage du soufre dans le détroit d’Ormuz). Donald Trump a déclaré ce jour-là : « Les États-Unis sont le premier producteur mondial de pétrole, donc lorsque le prix du pétrole augmente, nous gagnons beaucoup d’argent. Mais ce qui m’intéresse le plus, c’est de mettre un terme à l’empire du mal, l’Iran. »

Dans un tel climat d’incertitude, où les marchés asiatiques ont reculé de 1% (Nikkei), où les taux souverains européens grimpent (lire aussi : Le taux souverain français à 10 ans franchit la barre des 3,7%), la rumeur prospère. À rebours de la transparence qu’exige la régulation bancaire européenne, des chiffres non sourcés circulent et alimentent la panique, du moins si l’on en croit la volatilité observée sur les CDS (Credit Default Swaps) de Deutsche Bank.

On appréciera la stratégie narrative : invoquer un rapport qui n’existe pas (ou que personne ne trouve), puis justifier l’absence de couverture médiatique par la saturation informationnelle liée à la guerre. C’est précisément dans ces moments de chaos géopolitique que la vérification des sources devient cruciale. En mars 2023, Deutsche Bank avait déjà plongé de 8,53% en une séance, selon Le Temps, dans le sillage de la faillite de Silicon Valley Bank et du sauvetage de Credit Suisse. L’histoire bégaie, les réflexes de panique aussi.

850 millions de réclamations, ça suffit pour chuter

Pour autant, inutile d’inventer une crise du crédit privé pour expliquer la nervosité des marchés. Les 850 millions d’euros de réclamations juridiques, conjugués à la flambée du pétrole et à la contagion sectorielle (toutes les banques européennes ont reculé ce jour-là), suffisent amplement à justifier une correction de 6%. À l’aune de la capitalisation boursière de Deutsche Bank (environ 25 milliards d’euros en mars 2026), 850 millions représentent 3,4% du total, un montant loin d’être négligeable mais gérable.

Reste à savoir si d’autres « révélations » non vérifiées vont émerger dans les prochains jours, histoire de maintenir la pression sur le secteur bancaire. Du reste, le chancelier allemand Olaf Scholz avait déjà dû rassurer les marchés en mars 2023 en affirmant qu' »il n’y a pas lieu de s’inquiéter » pour Deutsche Bank. Trois ans plus tard, le script se répète, avec cette fois la guerre en Iran en toile de fond et les réseaux sociaux comme caisse de résonance.

Sources

Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.

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