Dordogne : trois gardes à vue 32 ans après la disparition de Didier Seignole à La Douze
Le pôle cold cases de Nanterre a placé trois personnes en garde à vue le 2 juin 2026, premières de cette affaire ouverte en 1994.
Trente-deux ans après la disparition de Didier Seignole à La Douze, trois personnes ont été placées en garde à vue mardi 2 juin 2026 à la gendarmerie de Périgueux. C'est une première dans cette affaire relancée en 2023 par le pôle national des cold cases de Nanterre.
L’essentiel
- Disparition : Didier Seignole, 29 ans, docteur en biologie, a disparu le 27 janvier 1994 à La Douze (Dordogne) après un entraînement de football.
- Garde à vue : trois personnes de l’entourage du suspect principal placées en garde à vue le 2 juin 2026 à Périgueux - premières de l’affaire.
- Information judiciaire : ouverte le 3 novembre 2025 par le pôle cold cases de Nanterre (PCSNE) pour enlèvement et séquestration.
- Suspect principal : Jean-Pierre Dubos dit « Cacali », ancien agent municipal décédé en 2014, identifié dans la piste d’un guet-apens lié à un conflit de voisinage.
- Appel à témoins : lancé le 30 mai 2026 sur RTL par la procureure adjointe Marie-Céline Lawrysz, qui évoque des témoignages « dignes d’intérêt ».
Une disparition sans corps depuis 1994
Le 27 janvier 1994, Didier Seignole quitte un entraînement de football à Lacropte. Il doit rejoindre le domicile de ses parents aux Versannes, commune voisine de La Douze. Il n’y arrive jamais. Le lendemain, sa voiture - une Seat - est retrouvée sur le parking de la gare des Versannes. Détail troublant : le frein à main est relevé et la position du siège est incompatible avec la morphologie du conducteur, selon les éléments compilés par Wikipedia et recoupés par ICI Périgord.
Didier Seignole a 29 ans. Il est docteur en biologie cellulaire. Son corps n’a jamais été retrouvé.
Trente ans de procédures et de classements
Une première information judiciaire est ouverte dès 1994. Elle se solde par un non-lieu en 1996. L’affaire est rouverte en 1998, puis à nouveau classée. Pendant deux décennies, la famille se heurte à des procédures qui n’aboutissent pas.
En 2023, la famille obtient que l’affaire soit confiée au Pôle cold cases national et numérique pour l’élucidation des affaires (PCSNE), basé à Nanterre. Le 3 novembre 2025, une information judiciaire pour enlèvement et séquestration est ouverte. C’est la première qualification pénale formelle depuis des années.
La piste privilégiée, selon ICI Périgord et Sud Ouest : un guet-apens lié à un conflit de voisinage, impliquant Jean-Pierre Dubos, surnommé « Cacali ». Ancien légionnaire, il avait été condamné en 1989 pour violences graves à la suite d’une embuscade. Ancien agent municipal de La Douze, il est décédé en 2014 à l’âge de 74 ans.
Les premières gardes à vue de l’affaire
Mardi 2 juin 2026, trois personnes sont placées en garde à vue à la brigade de recherches de la gendarmerie de Périgueux. Selon Sud Ouest, confirmé par ICI Périgord auprès du pôle PCSNE de Nanterre, il s’agit de personnes de l’entourage de Jean-Pierre Dubos. C’est la première fois que des gardes à vue sont prononcées dans cette affaire depuis 32 ans.
L’enquête est pilotée par la juge d’instruction Fabienne Bernard du pôle PCSNE, avec l’appui de la Division des affaires non élucidées (DIANE) de la gendarmerie nationale et de la brigade de recherches de Périgueux. La garde à vue ne peut légalement excéder 48 heures, sauf prolongation autorisée par un magistrat. Des décisions sur d’éventuelles mises en examen pourraient intervenir dans les prochains jours.
Quelques jours avant ces interpellations, le 30 mai 2026, la procureure adjointe du pôle, Marie-Céline Lawrysz, avait lancé un appel à témoins sur RTL dans l’émission « L’Heure du crime ». Elle avait alors évoqué des témoignages « dignes d’intérêt » reçus récemment, selon Sud Ouest.
La famille : « J’ai toujours été persuadée qu’on l’avait tué »
La sœur de Didier Seignole, Lydia Seignole, suit l’affaire depuis trois décennies. Interrogée par ICI Périgord après la reprise du dossier par le pôle cold cases, elle a déclaré : « J’ai toujours été persuadée qu’on l’avait tué. » Elle a exprimé sa satisfaction que l’enquête se poursuive, après des années de classements sans suite. Des affaires similaires de suspects interpellés des années après les faits montrent que ces procédures longues peuvent déboucher sur des mises en examen.
Contexte dans la Dordogne
La Douze est une commune rurale de la Dordogne. Elle compte 1 151 habitants en 2023, pour une densité d’environ 50 habitants au kilomètre carré, selon l’INSEE. Le village est situé à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Périgueux.
L’affaire Seignole est l’une des disparitions les plus connues du département. Elle a été couverte sur la durée par Sud Ouest, ICI Périgord, Le Parisien et France 3 Nouvelle-Aquitaine, et dispose d’une page Wikipedia dédiée qui retrace la chronologie complète. La Dordogne compte d’autres faits divers récents traités par la presse locale, dont des incidents à Bergerac et Périgueux et un accident rue Victor-Hugo à Périgueux.
Le recours au pôle PCSNE de Nanterre - créé en 2022 pour traiter les affaires criminelles non résolues - s’inscrit dans une dynamique nationale. Plusieurs dossiers français ont été relancés via ce pôle ces dernières années, à la demande de familles de victimes.
Les gardes à vue engagées le 2 juin 2026 marquent le premier acte concret de cette nouvelle phase judiciaire. La suite dépendra des auditions en cours et des décisions de la juge Fabienne Bernard sur d’éventuelles mises en examen ou remises en liberté.
Sources
- Sud Ouest : Cold case du disparu de La Douze en Dordogne : trois personnes en garde à vue, trente-deux ans après
- ICI Périgord (France Bleu) : Disparu de La Douze : trois personnes placées en garde à vue 32 ans après la disparition de Didier Seignole
- Wikipedia : Affaire de la disparition de Didier Seignole
- Le Parisien : 30 ans de mystère et plusieurs suspects : pourquoi l'enquête sur le cold case de la disparition de Didier Seignole est relancée