Doubs : 2 042 enfants confiés à l’ASE, le chiffre qui fait débat au conseil départemental

En dix ans, le nombre d'enfants pris en charge a bondi de 76% dans le Doubs, ravivant les tensions politiques sur les moyens alloués.

Doubs : 2 042 enfants confiés à l'ASE, le chiffre qui fait débat au conseil départemental
Illustration Céline Vasseur / info.fr

Le Doubs comptait 2 042 mineurs et jeunes majeurs confiés à l'aide sociale à l'enfance en 2024, soit 17% de plus qu'en 2023. Une hausse structurelle qui a ravivé un débat houleux au conseil départemental, les élus PS dénonçant des arbitrages budgétaires jugés contradictoires.

Les chiffres sont sans ambiguïté. En 2024, 2 042 enfants et jeunes majeurs étaient confiés à l’ASE du Doubs, selon le rapport de l’Observatoire départemental de la protection de l’enfance (ODPE) publié en 2025. C’est 17% de plus qu’en 2023, où l’on en comptait 1 914, et surtout 76% de plus qu’en 2015, quand le département en accueillait 1 163. Une progression continue, qui ne s’explique pas par un seul facteur.

Une hausse qui s’accélère sur tous les indicateurs

Parmi ces 2 042 prises en charge, 65% relèvent de l’assistance éducative, majoritairement en milieu ouvert, en hausse de 3% sur un an selon le même rapport de l’ODPE. Les placements physiques, eux, avaient déjà progressé de 15% en 2023 par rapport à 2022, et de 23% depuis 2019, selon Hebdo25 - dans un contexte de tension croissante sur les places d’hébergement disponibles.

Le nombre de pupilles de l’État reflète également cette pression : 64 au 31 décembre 2024, contre 46 en 2023 et 39 en 2022, soit une hausse de 39% en deux ans. L’ODPE attribue en partie cette évolution à la Commission d’examen de la situation et du statut des enfants confiés (CESSEC), instaurée par la loi de 2016 et active mensuellement dans le Doubs depuis septembre 2019.

À l’échelle nationale, la tendance n’est pas propre au département. Selon l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE), le nombre de mesures a augmenté de 22% entre 2013 et 2023, passant de 297 500 à 364 200, soit un taux de 25,8 pour mille mineurs en 2023.

Au conseil départemental, un débat qui tourne à l’affrontement

Publicité

C’est dans ce contexte que la séance du 24 mars 2025 a viré au bras de fer politique. Les élus PS, dont Claude Dallavalle, ont dénoncé une coupe de 17% sur le budget de la prévention spécialisée déléguée à l’ADDSEA, l’association qui intervient auprès des jeunes en difficulté. Leur argument : réduire la prévention, c’est saturer à terme les dispositifs de protection, déjà sous tension.

La présidente du Conseil départemental, Christine Bouquin, a défendu les efforts réalisés : le budget de la protection de l’enfance a progressé de 5,5% en 2025 et de 30 millions d’euros entre 2021 et 2024, selon l’annexe de délibération consultée. Elle a toutefois annoncé une redéfinition des objectifs avec l’ADDSEA, sans préciser le calendrier ni le contenu de cette révision.

L’Est Républicain soulignait dès mars 2024 une situation qualifiée de « critique », liée au manque de personnel et de ressources, dans un département où les effectifs de travailleurs sociaux peinent à suivre la courbe des admissions.

Des demandes d’adoption en hausse, révélatrices d’un système sous pression

Autre signe de la tension accumulée : le pôle adoption-pupilles du Doubs a traité 84 demandes de consultation de dossiers en 2024, en hausse de 35% par rapport aux 62 enregistrées en 2023, toujours selon le rapport ODPE. Un indicateur parmi d’autres d’un dispositif sollicité de toutes parts.

Le Conseil départemental avait déjà adopté en octobre 2023 une motion pour renforcer la protection de l’enfance face à la tension sur les hébergements, dans le cadre des orientations budgétaires 2024. Le vote du budget primitif 2026, attendu lors de la session des 18 et 19 décembre 2025, devait préciser les ajustements retenus pour ce secteur.

Sources

Maxime Joly

Maxime Joly

Correspondant à Besançon, suit l'horlogerie, la microtechnique, les tensions sur la ligne TGV Rhin-Rhône et les débats sur la biodiversité dans le Jura. Formé à l'ESJ Lille, il a couvert plusieurs régions avant de s'ancrer dans le Doubs. Principe : connaître les PME, les syndicats, les chercheurs de l'université, vérifier les carnets de commandes avant de publier.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie