Douvres-la-Délivrande : une expo redonne voix aux ouvrières normandes oubliées

À l'occasion de la Journée internationale des femmes, une exposition retrace le travail des femmes en Normandie au XXe siècle.

Douvres-la-Délivrande : une expo redonne voix aux ouvrières normandes oubliées
Illustration Julie Leroy / info.fr

Douvres-la-Délivrande a accueilli en mars 2026 une exposition éducative consacrée aux ouvrières normandes du XXe siècle. Sidérurgie, textile, agriculture : des pans entiers de l'histoire du travail féminin dans le Calvados, longtemps restés dans l'ombre.

L’exposition s’est tenue à l’occasion du 8 mars, Journée internationale des femmes, dont le thème national 2026 était « Droits, justice, action : pour toutes les femmes et les filles », selon l’Organisation internationale pour les migrations. À Douvres-la-Délivrande, le propos était ancré dans le territoire : raconter ce que l’histoire locale a longtemps tu sur le travail des femmes.

À la SMN et dans les usines textiles, elles étaient partout

Les Archives du Calvados documentent le rôle des femmes à la Société Métallurgique de Normandie (SMN), fleuron industriel du département au siècle dernier. Des milliers d’entre elles y ont travaillé, dans des conditions que les sources qualifient de difficiles, sans que leur présence soit jamais vraiment gravée dans la mémoire collective.

Le secteur textile n’est pas en reste. Selon les Presses Universitaires de Rouen et du Havre, les femmes représentaient jusqu’à 49 % de la population active à Darnétal et 52 % des adultes dans certains ateliers textiles normands. Des chiffres qui contredisent l’image d’une main-d’œuvre industrielle exclusivement masculine.

Chez Moulinex, également évoqué dans les fonds des Archives du Calvados, elles ont occupé des postes clés dans la production d’appareils électroménagers après la Seconde Guerre mondiale. Même tableau dans les fermes du Cotentin : les femmes y assuraient, selon la documentation de la Manche, « mille et une tâches agricoles et domestiques » sans statut officiel.

Des figures restées dans l’ombre

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L’exposition met aussi en avant des trajectoires individuelles. Pauline Rebour, militante pour le droit de vote des femmes au début du XXe siècle, figure parmi les personnages évoqués. Ouest-France l’a déjà citée parmi les « femmes normandes au destin exceptionnel » trop peu connues du grand public.

Le mouvement ouvrier bas-normand de la fin du XIXe siècle comptait également des femmes socialistes engagées, comme le rappelle une étude publiée dans les Annales de Normandie. Premières luttes pour les droits au travail, premières voix collectives : l’exposition restitue ce fil historique.

Une initiative régionale coordonnée

L’événement de Douvres-la-Délivrande s’inscrit dans un mouvement plus large porté par la DRAC Normandie, qui recense pour 2026 de nombreuses initiatives culturelles autour de la création féminine et des inégalités, dans les théâtres, musées et cinémas de la région.

En 2025, Rouen avait déjà organisé « Rouen donne des Elles », du 3 au 30 mars, avec conférences et expositions. Le format douvrinois s’inscrit dans cette continuité. Une prolongation des événements au-delà du 8 mars était possible, selon les modalités observées l’an passé, mais n’a pas été confirmée à ce stade par les organisateurs locaux.

Sources

Julie Leroy

Julie Leroy

Installée à Caen, elle suit la reconstruction après-guerre, les projets d'extension du port, le tourisme du Débarquement et les fermetures de sites industriels. Issue de l'ESJ Lille, elle a couvert plusieurs régions avant de s'ancrer en Normandie. Méthode rigoureuse : recouper les chiffres de fréquentation, interroger historiens et commerçants, vérifier les aides publiques avant de publier.

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