Écrans interdits avant 3 ans : l’Assemblée nationale vote la loi

Adoptée par 130 voix contre 21, la proposition de loi vise à protéger les tout-petits des écrans. Mais son application à domicile reste un défi majeur.

Écrans interdits avant 3 ans : l'Assemblée nationale vote la loi
Photo : Écrans interdits avant 3 ans : l'Assemblée nationale vote la loi Illustration Nathalie Rousselin / INFO.FR

L'Assemblée nationale a voté l'interdiction des écrans pour les moins de 3 ans par 130 voix contre 21. Un texte ambitieux, mais dont l'application au domicile reste le point aveugle.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • L'Assemblée nationale a adopté l'interdiction des écrans pour les moins de 3 ans par 130 voix contre 21 en janvier 2026.
  • Un arrêté du 27 juin 2025 avait déjà interdit les écrans dans les crèches et lieux d'accueil collectif de la petite enfance.
  • Un enfant de 2 ans passe en moyenne 56 minutes par jour devant un écran, selon Santé publique France ; seuls 13,7 % ne sont jamais exposés.
  • La CMP doit encore concilier les versions divergentes de l'Assemblée et du Sénat avant promulgation.

L’Assemblée nationale a voté l’interdiction des écrans pour les moins de 3 ans par 130 voix contre 21. Un texte ambitieux, mais dont l’application au domicile reste le point aveugle.

56 minutes par jourTemps moyen qu’un enfant de 2 ans passe devant un écran en France (Santé publique France)
LES ENJEUX
Santé des tout-petits
Les experts alertent sur les dommages neurologiques, visuels et sur le sommeil causés par les écrans avant 3 ans.
Applicabilité à domicile
Comme pour l'interdiction de la fessée en 2019, aucun contrôle n'est prévu dans la sphère privée.
Compatibilité européenne
Le Conseil d'État a signalé des risques de compatibilité entre le texte français et le règlement européen DSA.
Navette parlementaire
Le texte doit encore passer en commission mixte paritaire pour concilier les versions de l'Assemblée et du Sénat.

Un vote massif pour protéger les plus jeunes

Les 26 et 27 janvier 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi « visant à protéger les jeunes de l’exposition excessive et précoce aux écrans et des méfaits des réseaux sociaux ». Le score est sans appel : 130 voix pour, 21 contre.

Portée par la députée Laure Miller (Ensemble pour la République), le texte ne se limite pas aux tout-petits. Il inclut aussi l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans et un volet prévention et formation sur l’usage des écrans dès le plus jeune âge.

« Une première pierre à un édifice en cours de construction », a résumé Laure Miller après le vote.

Qui défend quoi ?

    L'essentiel

    • 🏛️ Le gouvernement | La ministre de la Santé Catherine Vautrin déclarait en juin 2025 : « Je souhaite créer un bandeau sanitaire entre les écrans et les enfants. » Anne Le Hénanff (numérique) a renchéri : « Le cerveau de nos enfants n'est pas à vendre. »
    • 🏛️ Le Sénat | Le 31 mars 2026, sous l'impulsion de la rapporteure Catherine Morin-Desailly (Union centriste), le Sénat a adopté une version remaniée avec une « liste noire » des réseaux sociaux confiée à l'Arcom.
    • 🏛️ Les experts | La commission mandatée par Emmanuel Macron en 2024 a appelé à une « prise de conscience collective ». Un foyer français compte désormais en moyenne 10 écrans connectés.
    • 🏛️ Le Conseil d'État | L'institution a émis des réserves et signalé des risques de compatibilité entre certaines dispositions du texte et le règlement européen sur les services numériques (DSA).

    Des crèches au domicile : la montée en puissance

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    Le mouvement législatif n'est pas né en janvier 2026. Il s'inscrit dans une progression méthodique.

Le domicile, angle mort de la loi

Comment interdire les écrans à la maison quand aucun contrôle n’est envisageable ? La question traverse les débats depuis le début de la navette parlementaire.

La comparaison avec l’interdiction de la fessée de 2019 revient souvent. Six ans plus tard, la loi a valeur de signal, elle a modifié les mentalités sans jamais donner lieu à des poursuites pour une tape isolée.

Le texte sur les écrans emprunte la même logique. Il pose un interdit symbolique. Il fixe une norme sociale. Il donne aux professionnels de santé et de la petite enfance un cadre pour alerter les parents.

Mais les chiffres rappellent l’ampleur du défi. Selon une étude Junior Connect de 2017 citée par le Sénat, les enfants de 1 à 6 ans passaient déjà 4 heures et 37 minutes par semaine connectés. Depuis, les usages n’ont fait qu’augmenter. Avec 10 écrans en moyenne par foyer, la tentation est permanente.

Une loi encore inachevée

Le texte voté par l’Assemblée et celui adopté par le Sénat ne sont pas identiques. La commission mixte paritaire devra trancher plusieurs points de divergence.

Le premier concerne la « liste noire » des réseaux sociaux. Le Sénat veut confier à l’Arcom la responsabilité de désigner nommément les plateformes interdites aux moins de 15 ans. L’Assemblée n’a pas retenu ce mécanisme dans sa version.

Le second porte sur la compatibilité avec le droit européen. Le règlement DSA, entré en vigueur dans l’Union européenne, encadre déjà les obligations des plateformes numériques. Le Conseil d’État a prévenu : certaines dispositions françaises pourraient entrer en conflit avec ce cadre supranational.

Infographie INFO.FR
Infographie INFO.FR

Le signal plutôt que la sanction

Il s’agit de changer la norme. De faire passer l’écran avant 3 ans du statut de pratique banale à celui de comportement à risque. « Nous ne sommes pas là pour punir les parents, mais pour leur donner un cadre clair », a insisté la rapporteure du texte lors des débats. La loi mise sur la pédagogie : campagnes d’information, formation des professionnels de la petite enfance, affichage dans les maternités et les cabinets de pédiatrie.

Car les chiffres sont têtus : un enfant de 2 ans passe en moyenne 56 minutes par jour devant un écran, et seulement 13,7 % des enfants de cet âge n’y sont jamais exposés. Dans un foyer français, on compte désormais en moyenne dix écrans connectés. Autant de portes d’entrée que la loi ne peut pas toutes fermer, mais qu’elle entend signaler comme autant de risques.

Le texte doit encore passer en commission mixte paritaire. Mais le mouvement est enclenché. Après l’arrêté de juillet 2025 dans les crèches et le vote de l’Assemblée en janvier 2026, la France construit, texte après texte, un droit de l’enfant à l’ère numérique.

Sources

Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.

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