Edgardo Greco, 66 ans, meurt en cellule avant son extradition vers l’Italie

L'ancien mafieux de la 'Ndrangheta, condamné à perpétuité en 2006 pour double meurtre, s'est éteint dimanche à 8h dans la prison de Corbas

Edgardo Greco, 66 ans, meurt en cellule avant son extradition vers l’Italie
Vue extérieure de la prison de Lyon-Corbas où Edgardo Greco est décédé Nathalie Rousselin / INFO.FR

Dimanche 8 décembre 2025 vers 8 heures du matin, Edgardo Greco s'est effondré dans sa cellule de la prison de Lyon-Corbas. Cet ancien membre de la mafia calabraise, reconverti en pizzaïolo à Saint-Étienne sous le nom de Paolo Dimitrio, était incarcéré depuis février 2023 dans l'attente de son extradition vers l'Italie. Condamné en 2006 à la réclusion à perpétuité pour un double meurtre commis en 1991, le sexagénaire affaibli par un cancer ne verra jamais son transfert se concrétiser.

L'essentiel

  • Edgardo Greco, 66 ans, est décédé d'un arrêt cardiaque le dimanche 8 décembre 2025 vers 8h dans sa cellule de la prison de Lyon-Corbas
  • Condamné en 2006 à la réclusion à perpétuité en Italie pour un double meurtre commis en 1991, il était membre de la 'Ndrangheta, la mafia calabraise
  • Arrêté en février 2023 à Saint-Étienne où il travaillait comme pizzaïolo sous le nom de Paolo Dimitrio depuis plusieurs années, il tenait même son propre restaurant entre juin et novembre 2021
  • Son interpellation résulte du projet I-CAN de coopération entre Interpol et les carabiniers italiens, spécifiquement dédié à la lutte contre la 'Ndrangheta
  • Affaibli par un cancer et des malaises répétés, il redoutait son extradition vers l'Italie où sa vie était menacée selon son avocat Me David Metaxas

À 8 heures précises ce dimanche 8 décembre, l’alerte retentit dans le quartier de détention de la prison de Corbas. Un codétenu vient de découvrir Edgardo Greco en plein malaise cardiaque. Les gardiens se précipitent, entament un massage cardiaque, puis les secours prennent le relais. Mais rien n’y fait. Selon Le Monde, l’homme de 66 ans ne reprendra pas connaissance. La mort d’Edgardo Greco marque l’épilogue inattendu d’une cavale de près de deux décennies sur le territoire européen.

Du double meurtre calabrais aux fourneaux stéphanois

Né le 7 juin 1959 en Calabre, Edgardo Greco appartenait à la redoutable ‘Ndrangheta, cette organisation mafieuse calabraise réputée plus puissante encore que Cosa Nostra sicilienne. En 1991, il participe à un double homicide qui lui vaudra, quinze ans plus tard, une condamnation à perpétuité par la justice italienne. Mais entre-temps, l’homme s’est volatilisé. Après un passage en Allemagne, il refait surface en France, plus précisément à Saint-Étienne, où il endosse une nouvelle identité : Paolo Dimitrio.

Comme le rapporte Le Progrès, Greco travaille alors dans plusieurs restaurants italiens de la ville ligérienne. Entre juin et novembre 2021, il franchit même un cap en ouvrant son propre établissement. Pendant des années, personne ne soupçonne que ce pizzaïolo discret, apprécié pour ses recettes traditionnelles, figure parmi les criminels les plus recherchés d’Europe. Interpol le classe comme individu « dangereux », mais sa couverture tient bon jusqu’en février 2023.

L’interpellation grâce à la coopération internationale

C’est dans le cadre du projet I-CAN (coopération Interpol contre la ‘Ndrangheta) que la police française reçoit des informations décisives des carabiniers italiens. Début 2023, les forces de l’ordre françaises localisent et interpellent Edgardo Greco à Saint-Étienne. L’homme qui se faisait appeler Paolo Dimitrio depuis tant d’années voit son passé le rattraper brutalement. Il est immédiatement écroué à la prison de Corbas, dans l’attente de son extradition vers l’Italie où sa condamnation à perpétuité l’attend.

Selon France Bleu, la procédure judiciaire s’étire sur près de deux années. Après plusieurs étapes juridiques, la justice française donne son feu vert à l’extradition en 2024. En début d’année 2025, le gouvernement français signe finalement le décret autorisant le transfert. Mais Edgardo Greco multiplie les recours par l’intermédiaire de son avocat, Me David Metaxas, invoquant sa santé défaillante pour tenter d’échapper au retour en Italie.

Une santé fragile et la peur du retour

Les arguments médicaux de la défense n’étaient pas infondés. Comme l’indique BFMTV, Edgardo Greco était « affaibli par la maladie à la suite d’un cancer et avait fait plusieurs malaises récemment ». Me Metaxas a multiplié les demandes de remise en liberté pour raisons de santé, toutes rejetées par les autorités judiciaires. Le détenu avait déjà connu plusieurs alertes cardiaques dans sa cellule ces derniers mois, présageant le drame du 8 décembre.

« Le massage cardiaque effectué par des gardiens puis par les secours n’a pas permis de le ramener à la vie », a déclaré Me David Metaxas à l’AFP.

Une autopsie a été ordonnée par le parquet de Lyon pour établir avec certitude les causes du décès, même si l’arrêt cardiaque ne fait guère de doute. L’avocat du défunt a livré une déclaration surprenante sur les dernières volontés de son client, révélant une dimension humaine inattendue dans cette affaire de criminalité organisée.

L’ultime victoire d’un homme traqué

Dans ses propos rapportés par France Bleu, Me Metaxas a confié une réalité glaçante sur les craintes de son client :

« La seule satisfaction que m’inspire son décès est qu’il ne voulait à aucun prix retourner en Italie où sa vie était menacée », a déclaré l’avocat.

Cette déclaration soulève des questions troublantes sur ce qui attendait réellement Edgardo Greco en Italie. Au-delà de la perpétuité, l’ancien mafieux redoutait-il des règlements de comptes en prison ? La ‘Ndrangheta applique une loi du silence implacable, et les repentis comme les témoins potentiels sont souvent éliminés, même derrière les barreaux. Greco avait-il des informations compromettantes qui auraient pu mettre en danger l’organisation ? Son décès à Corbas lui aura au moins épargné ce retour qu’il redoutait tant.

Une cavale de 17 ans qui s’achève dans une cellule française

L’histoire d’Edgardo Greco illustre la capacité de la ‘Ndrangheta à protéger ses membres en fuite et à leur permettre de se fondre dans la société européenne. Pendant 17 années, entre sa condamnation en 2006 et son arrestation en 2023, cet homme a vécu une existence parallèle, travaillant au grand jour dans la restauration tout en étant recherché par Interpol. Cette affaire met également en lumière l’efficacité croissante de la coopération policière européenne, notamment à travers le projet I-CAN spécifiquement dédié à la lutte contre la mafia calabraise.

La mort d’Edgardo Greco à 66 ans referme un chapitre sans que toute la lumière ait été faite sur son parcours. Combien d’autres fugitifs de la ‘Ndrangheta vivent-ils encore sous de fausses identités en France et en Europe ? La discrétion du pizzaïolo stéphanois pendant près de deux décennies pose une question dérangeante : combien de Paolo Dimitrio servent encore des pizzas en toute tranquillité, leur passé criminel soigneusement dissimulé derrière un tablier et un sourire commercial ?

Sources

  • Le Monde (8 décembre 2025)
  • France Bleu (8 décembre 2025)
  • BFMTV (9 décembre 2025)
  • Le Progrès (8 décembre 2025)
  • Activ Radio (9 décembre 2025)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.