Egan Bernal, dernier maillot jaune d’avant l’ère Pogačar-Vingegaard
Le Colombien, vainqueur du Tour 2019, assume son statut de dernier survivant face à la domination du duo slovène-danois
Vainqueur du Tour 2019, Egan Bernal participe au Tour de France 2026 sans viser le classement général. Il reconnaît ouvertement l'écart avec Pogačar et Vingegaard, les deux seuls vainqueurs depuis son sacre.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Lucidité assumée
Bernal renonce au général et vise les étapes, reconnaissant un écart physiologique avec le duo de tête.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
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2019
Victoire au Tour
Bernal remporte le Tour de France à 22 ans, plus jeune vainqueur depuis 1909 et premier Sud-Américain de l'histoire
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2021
Giro d'Italia
Il remporte le Tour d'Italie, confirmant son statut de grimpeur d'élite
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Nov. 2023
Première relativisation
Bernal affirme que Pogačar et Vingegaard n'ont rien de plus, juste une forte mentalité
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Oct. 2025
Pogačar à un autre niveau
Bernal déclare que Pogačar est « à un autre niveau » et que cela le met « en colère »
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Juil. 2026
Maillot vert surprise
Bernal porte le maillot vert après l'étape 1 du Tour 2026, un maillot qu'il « n'aurait jamais pensé porter »
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16 juil. 2026
Seul non extraterrestre
Il se dit fier d'être le dernier maillot jaune hors duo Pogačar-Vingegaard, « le seul non extraterrestre »
Egan Bernal a participé au Tour de France 2026 avec l’équipe Netcompany Ineos - aux côtés de Thymen Arensman et Kévin Vauquelin. Sixième participation. Objectif clairement énoncé: « Je ne pense pas pouvoir me battre pour le classement général ». Il veut « courir agressivement » - « vivre au jour le jour » - viser les victoires d’étape. Le général est « hors de portée » - dit-il.
Le dernier d’une époque
Depuis sa victoire en 2019 - à 22 ans - plus jeune vainqueur depuis 1909 - premier Sud-Américain de l’histoire - le Tour n’a eu que deux maîtres. Tadej Pogačar. Jonas Vingegaard. Personne d’autre. Bernal est le dernier survivant d’avant.
Son sacre de 2019 représente aujourd’hui plus qu’une ligne dans un palmarès. Il marque la fin d’une époque où le Tour pouvait encore changer de maître. Bernal fut le premier Sud-Américain à remporter l’épreuve - à 22 ans - plus jeune vainqueur depuis plus d’un siècle. Depuis, le Tour s’est refermé sur un duel. Un duopole. Bernal, lui, est resté au milieu, témoin de sa propre obsolescence.
Il a même porté le maillot vert à l’issue de l’étape 1 - un contre-la-montre par équipe remporté par Visma. Vingegaard prend le jaune, Pogačar à 12 secondes. Bernal réagit, surpris: « C’est un maillot que je n’aurais jamais pensé porter! C’est une course spéciale avec ce nouveau format de contre-la-montre par équipe, mais l’équipe a été incroyablement forte ». Bernal sort du top 10 après l’étape 11. Il parle de « limbo ». Le limbe. Entre deux mondes.
« Il est à un autre niveau »
En novembre 2023 - Bernal tentait encore de relativiser. Pogačar et Vingegaard n’« aient quelque chose que nous n’avons pas » - disait-il. Il voulait comparer son niveau au leur « dans une situation normale ». Attribuer leur succès à une « forte mentalité de champion » - pas à un fossé physiologique. Comme si le mental suffisait à expliquer l’écart. Comme si la volonté pouvait combler la différence.
Mais entre novembre 2023 et octobre 2025 - quelque chose a basculé dans le discours de Bernal. En septembre 2024 - il notait déjà: « J’ai même de meilleurs chiffres qu’avant, mais les autres sont à un niveau bien plus élevé ». Ses données s’amélioraient. Ses performances progressaient. Mais l’écart se creusait. Ce n’était plus une question d’état de forme. C’était une question de plafond. Bernal comprenait qu’il ne rejoindrait plus jamais le sommet.
Alors en octobre 2025 - il l’a formulé frontalement: « Il est à un autre niveau. Quand on court contre lui, très souvent il vous fait voir que vous allez mal [en comparaison], ça me met en colère: vous donnez tout et comme ça, il vous distance ». Il parlait de Pogačar. Mais il ajoutait, lucide: « cool que nous puissions voir l’ère Pogačar ». Pas de ressentiment. De la rage, oui. De l’admiration, aussi.
Le reste est connu. Bernal a remporté le Giro 2021. Il a terminé dans le top 10 du Giro 2026 - puis a enchaîné sur le Tour, le doublé exigeant. Il dit se sentir « reconnaissant et heureux de courir à nouveau à ce niveau » - « bien, motivé et prêt à tout donner pour ce groupe de coureurs ». Mais il ne peut plus battre Pogačar. Il ne peut plus battre Vingegaard. Il le sait.
Ce que personne ne dit
Le fait que Bernal soit le dernier maillot jaune hors duo révèle quelque chose que les classements masquent: la domination de Pogačar et Vingegaard n’est pas seulement sportive, elle est symbolique. Bernal ne parle pas de « génération dorée », de « performances XXL », de « mécanique implacable ». Le mot est choisi. Il ne dit pas « meilleurs », il dit « autre niveau ». Pas une question de talent. Une question d’espèce.
Ce que Bernal fait en assumant ce statut, c’est refuser la posture de l’outsider qui croit encore. Il dit non. Il se définit par l’absence. Par ce qu’il n’a plus. Et cette lucidité-là, dans un sport qui vit de récits héroïques et de comebacks improbables, c’est presque du courage. Pogačar et Vingegaard ne l’ont jamais battu en 2019. Il les a précédés. Maintenant, il les regarde passer.
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