À moins de deux mois du premier tour des élections municipales parisiennes prévues le 15 mars 2026, Emmanuel Grégoire multiplie les annonces chocs. Après avoir promis la vente du Parc des Princes au PSG, le candidat socialiste soutenu par une alliance historique PS-EELV-PCF vient de dévoiler une mesure radicale : l'interdiction pure et simple d'Airbnb dans la capitale s'il accède à la mairie. Une promesse qui s'inscrit dans un contexte de campagne tendue où le député de Paris, crédité de 32% des intentions de vote au premier tour selon un sondage Ipsos, affronte notamment la candidate LR Rachida Dati.
L'essentiel
- Emmanuel Grégoire promet d'interdire Airbnb à Paris s'il est élu maire lors des municipales des 15 et 22 mars 2026
- Cette annonce intervient après une alliance historique PS-EELV-PCF approuvée par 85% des socialistes et 73,7% des écologistes parisiens en décembre 2025
- Anne Hidalgo a apporté son soutien tardif le 20 janvier 2026, tout en excluant catégoriquement toute alliance avec La France insoumise
- Un sondage Ipsos crédite la gauche unie de 32% des intentions de vote au premier tour, devant Rachida Dati à 27%
- Cette promesse radicale sur Airbnb s'inscrit dans une stratégie de reconquête sur le logement, avec un objectif de 40% de logement public dans la capitale
La campagne pour les élections municipales parisiennes de 2026 prend un tournant radical. Emmanuel Grégoire, candidat socialiste à la mairie de Paris et ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo, vient d’annoncer qu’il interdira la plateforme Airbnb dans la capitale s’il est élu maire. Cette déclaration intervient dans un contexte électoral particulièrement tendu, alors que le candidat bénéficie depuis décembre d’une alliance inédite avec les écologistes et les communistes parisiens.
Selon RTL, cette union de la gauche représente un « moment historique » dans la vie politique parisienne. Le député PS avait déclaré en décembre : « C’est un moment historique. Pour la première fois dans l’histoire de la gauche à Paris, socialistes, écologistes, communistes font le choix de l’unité dès le premier tour. »
Une alliance fragile mise à l’épreuve par des annonces controversées
L’annonce sur Airbnb s’inscrit dans une série de prises de position qui mettent à rude épreuve l’alliance conclue avec les écologistes. En décembre dernier, Emmanuel Grégoire avait déjà créé la polémique en se déclarant favorable à la vente du Parc des Princes au Paris Saint-Germain, une position diamétralement opposée à celle de sa prédécesseure Anne Hidalgo et de ses alliés verts. Comme le rapporte CNews, l’élu écologiste du 18e arrondissement Émile Meunier s’était alors déclaré « effaré par la sortie d’Emmanuel Grégoire, en pleine négociation d’alliance de premier tour ».
L’accord d’union, arraché au terme de plus de trois mois de négociations difficiles, a été approuvé par 85% du conseil fédéral des socialistes parisiens et par 73,7% des militants écologistes. Selon La Croix, cet accord prévoit que 36 écologistes seraient éligibles au Conseil de Paris contre 28 actuellement, et que David Belliard, figure de proue des Verts parisiens, deviendrait tête de liste dans le XIe arrondissement, fief historique du PS où Anne Hidalgo est actuellement élue.
Le soutien tardif et conditionnel d’Anne Hidalgo
Les relations entre Emmanuel Grégoire et Anne Hidalgo restent marquées par une froideur palpable. Ce n’est que le 20 janvier 2026, soit moins de deux mois avant le scrutin, que la maire sortante a finalement apporté son soutien à son ancien premier adjoint. Dans un entretien aux Échos rapporté par Actu.fr, Anne Hidalgo a déclaré : « J’ai toujours dit que je voterais pour la gauche et celui qui conduit la liste, c’est Emmanuel Grégoire. »
Mais ce ralliement s’accompagne de lignes rouges clairement établies. « Mais attention, une alliance avec La France insoumise, c’est sans moi. Emmanuel Grégoire le dit clairement », a-t-elle prévenu, qualifiant Jean-Luc Mélenchon « d’impasse pour la gauche ». Cette mise en garde intervient alors que la candidate LFI Sophia Chikirou mène sa propre campagne, refusant tout accord avec le candidat socialiste.
Une stratégie de reconquête face à Rachida Dati
L’interdiction d’Airbnb promise par Emmanuel Grégoire s’inscrit dans une stratégie plus large visant à reconquérir les Parisiens sur les questions de logement et de qualité de vie. La location touristique de courte durée est régulièrement accusée de contribuer à la pénurie de logements dans la capitale et à la hausse des loyers. Cette mesure radicale vise à se démarquer de la gestion d’Anne Hidalgo, tout en proposant une alternative claire face à Rachida Dati.
Selon un sondage Ipsos pour Le Parisien cité dans les sources, la gauche unie derrière Emmanuel Grégoire était créditée de 32% des voix au premier tour, talonnée par Rachida Dati à 27%. David Belliard avait salué l’alliance comme « un vote de responsabilité, historique, pour faire gagner l’écologie sociale et populaire » face à « une droite trumpiste, anti-pauvres, affairiste et climatosceptique ».
Les enjeux d’une campagne sous haute tension
La campagne parisienne cristallise les tensions nationales de la gauche française. Emmanuel Grégoire doit composer avec un équilibre fragile : maintenir l’union avec les écologistes tout en se démarquant d’Anne Hidalgo, séduire les classes moyennes parisiennes sans s’aliéner l’électorat populaire, et surtout éviter toute alliance avec La France insoumise qui ferait fuir ses soutiens modérés.
Parmi les « marqueurs communs » de l’alliance figure notamment l’objectif ambitieux de 40% de logement public dans la capitale, dont 30% de logement social, ainsi que la poursuite de la transformation de l’espace public initiée par Anne Hidalgo. L’interdiction d’Airbnb viendrait renforcer cette politique du logement, en libérant potentiellement des milliers d’appartements actuellement dédiés à la location touristique.
Un pari risqué à six semaines du scrutin
Cette promesse d’interdiction d’Airbnb constitue un pari politique audacieux. Si elle peut séduire les Parisiens confrontés à la crise du logement, elle risque également de braquer une partie de l’électorat, notamment les propriétaires qui complètent leurs revenus grâce à la location touristique. Elle pose aussi la question de sa faisabilité juridique, Airbnb étant une plateforme internationale dont l’interdiction pure et simple pourrait se heurter à des obstacles légaux.
Avec le premier tour prévu le 15 mars 2026 et le second tour le 22 mars, Emmanuel Grégoire dispose de moins de six semaines pour convaincre. Son défi : transformer cette alliance « historique » en victoire électorale, tout en maintenant la cohésion d’une gauche parisienne profondément divisée. L’interdiction d’Airbnb sera-t-elle la promesse qui fera basculer l’élection, ou au contraire celle qui fragilisera une union déjà mise à l’épreuve par les divergences sur le Parc des Princes et la question de LFI ?
Sources
- RTL (17 décembre 2025)
- La Croix (18 décembre 2025)
- Actu.fr (20 janvier 2026)
- Mesinfos (21 janvier 2026)
- CNews (10 décembre 2025)