Le retour en France pour les fêtes de fin d'année aura été fatal à Aric Henri Sillam. Ce mardi 23 décembre 2025 à 8 heures du matin, cet escroc de 46 ans surnommé "Monsieur Henri" a été interpellé à la gare de Lyon Part-Dieu alors qu'il s'apprêtait à rejoindre la région nantaise avec sa compagne et leur fille. Condamné en son absence le 20 octobre 2025 à cinq ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Bordeaux pour une vaste escroquerie aux cryptomonnaies ayant fait des centaines de victimes, il s'était réfugié au Maroc pour échapper à la justice française.
L'essentiel
- Aric Henri Sillam, 46 ans, surnommé "Monsieur Henri", a été interpellé le 23 décembre 2025 à 8 heures à la gare de Lyon Part-Dieu alors qu'il voyageait avec sa famille
- Condamné le 20 octobre 2025 à cinq ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Bordeaux, il s'était réfugié au Maroc pour échapper à la justice
- Entre 2018 et 2019, son réseau d'escroquerie aux cryptomonnaies a fait plusieurs centaines de victimes pour un préjudice total dépassant 5,1 millions d'euros
- Un maçon landais a perdu l'intégralité de son patrimoine, soit 700 000 euros, et s'est retrouvé à vivre dans un camping après avoir investi dans ces faux bitcoins
- Le réseau utilisait des sociétés écrans implantées à Lisbonne et Budapest pour blanchir les fonds avant de les transférer vers Israël
Entre 2018 et 2019, des centaines de personnes ont vu leur vie basculer. Attirées par la promesse de rendements exceptionnels grâce aux cryptomonnaies, elles ont investi leurs économies, parfois leur patrimoine entier, dans ce qui s’est révélé être un gigantesque montage frauduleux. Selon Sud Ouest, le préjudice total s’élève à plus de 5,1 millions d’euros. Au cœur de cette arnaque sophistiquée : Aric Henri Sillam, dit « Monsieur Henri », qui orchestrait depuis Israël un réseau international de fausses plateformes d’investissement.
Une arrestation minutieusement préparée dans une gare lyonnaise
L’effet de surprise a été total ce mardi 23 décembre 2025 vers 8 heures du matin. Aric Henri Sillam, 46 ans, se présentait tranquillement à la gare de Lyon Part-Dieu, accompagné de sa compagne et de leur fille. La petite famille s’apprêtait à prendre le train en direction de la région nantaise pour y passer les fêtes de fin d’année. Mais c’est derrière les barreaux que l’escroc allait finalement célébrer Noël.
Comme le rapporte Sud Ouest, les policiers du groupe de violences aux personnes en charge de la recherche des fugitifs, rattachés à la Division de la criminalité territoriale, avaient minutieusement préparé cette interpellation. Quelques jours auparavant, les enquêteurs avaient découvert que le fugitif s’était réfugié au Maroc après sa condamnation prononcée le 20 octobre 2025. Les investigations ont révélé qu’il devait prendre l’avion pour Genève fin décembre avant de rejoindre les siens à Lyon. Après confirmation de son arrivée en France la semaine précédente, un dispositif discret a été déployé pour procéder à son arrestation sans incident.
Placé en garde à vue par les policiers lyonnais, Aric Henri Sillam devait être rapidement déféré à Bordeaux pour y être incarcéré et purger sa peine de cinq ans de prison ferme, prononcée en son absence deux mois plus tôt.
Un système d’escroquerie international aux ramifications multiples
L’arnaque orchestrée par « Monsieur Henri » était d’une sophistication redoutable. Résidant en Israël en 2018, Aric Henri Sillam avait commencé par recruter des « mules bancaires » à l’étranger pour monter ce qui allait devenir une gigantesque escroquerie. Le mécanisme était bien rodé : les escrocs créaient de faux sites Internet de plateformes d’investissement en cryptomonnaie, puis se faisaient passer pour des experts financiers vantant une rentabilité extraordinaire de ces placements.
Selon les informations de Sud Ouest, plusieurs centaines de clients, dont la plupart habitent en Nouvelle-Aquitaine, se sont fait piéger et ont acheté ces faux produits financiers. Les commerciaux agissant sous la houlette de « Monsieur Henri » multipliaient les contacts, promettant des rendements exceptionnels sur les investissements en bitcoins et autres cryptomonnaies.
Les fonds ainsi récoltés étaient ensuite utilisés pour alimenter des comptes bancaires ouverts au nom de sociétés écrans. Ces « coquilles vides » avaient essaimé dans plusieurs capitales européennes, notamment à Lisbonne au Portugal et à Budapest en Hongrie. L’argent était ensuite transféré vers Israël dans le but de dissiper les fonds et de brouiller les pistes pour les enquêteurs.
Des vies brisées et un patrimoine englouti
Parmi les victimes de cette escroquerie, certains témoignages sont particulièrement poignants. Un maçon landais installé à Biscarrosse a perdu sa maison et l’intégralité de son patrimoine, soit 700 000 euros, en investissant dans ces faux bitcoins. Comme le révèle Sud Ouest, en 2018, lorsqu’il est venu raconter sa mésaventure aux enquêteurs de la police judiciaire de Bordeaux, cet artisan vivait chichement dans un camping en Gironde, ayant tout perdu.
Ce cas illustre dramatiquement l’ampleur des dégâts causés par ce réseau d’escrocs. Entre 2018 et 2019, des dizaines de victimes ont ainsi placé d’importantes sommes sur ces pseudo-plateformes d’investissement, convaincues par des discours bien rodés et des promesses de gains mirobolants. Le préjudice total, évalué à plus de 5 millions d’euros, représente l’accumulation de centaines d’économies personnelles, de projets de vie anéantis et de confiances trahies.
Une condamnation ferme et une cavale avortée
Le 20 octobre 2025, le tribunal correctionnel de Bordeaux avait prononcé une condamnation sans appel : cinq ans de prison ferme pour Aric Henri Sillam, identifié comme l’un des cerveaux du stratagème. Un mandat d’arrêt avait immédiatement été délivré, mais le mis en cause avait déjà quitté la France pour se réfugier au Maroc, pays avec lequel les procédures d’extradition sont complexes.
Durant près de deux mois, « Monsieur Henri » a cru pouvoir échapper à la justice française en restant hors du territoire. Mais c’est précisément son désir de retrouver sa famille pour les fêtes de fin d’année qui l’a perdu. Les enquêteurs, qui n’avaient jamais cessé leurs recherches, ont su exploiter cette faille sentimentale pour mettre fin à sa cavale.
Cette arrestation marque une étape importante dans la lutte contre les escroqueries aux cryptomonnaies, un phénomène en constante augmentation depuis plusieurs années. Les autorités françaises multiplient les mises en garde contre ces arnaques sophistiquées qui exploitent l’attrait pour les monnaies virtuelles et la méconnaissance du grand public sur ces technologies financières complexes.
Un réseau démantelé mais des questions persistantes
Si l’arrestation d’Aric Henri Sillam constitue une victoire pour les enquêteurs et un soulagement pour les victimes, de nombreuses questions demeurent. Combien de complices restent encore dans la nature ? Quelle part des 5,1 millions d’euros détournés pourra être récupérée et restituée aux victimes ? Les sociétés écrans créées à Lisbonne et Budapest ont-elles toutes été identifiées et démantelées ?
L’affaire illustre également la dimension internationale de ces escroqueries modernes, qui exploitent les failles des systèmes juridiques nationaux et la complexité des coopérations policières transfrontalières. Le parcours d’Aric Henri Sillam, d’Israël au Maroc en passant par la France, le Portugal et la Hongrie, témoigne de la capacité de ces réseaux criminels à s’adapter et à se déplacer pour échapper aux autorités.
Pour les victimes, l’incarcération du principal organisateur ne suffira pas à effacer les traumatismes subis. Beaucoup ont perdu leurs économies de toute une vie, leur logement, leur stabilité financière. Au-delà de la sanction pénale, la question de la réparation du préjudice reste entière. Cette affaire soulève également des interrogations sur la nécessité de renforcer l’éducation financière du grand public face aux nouveaux instruments d’investissement numérique, et sur les moyens de mieux protéger les épargnants contre ces arnaques toujours plus sophistiquées.
Sources
- Sud Ouest (24 décembre 2025)
- Police judiciaire de Bordeaux (23 décembre 2025)
- Tribunal correctionnel de Bordeaux (20 octobre 2025)