Eure : des drones thermiques pour sauver les faons avant le fauchage
La Fédération des chasseurs de l'Eure déploie deux drones équipés de caméras thermiques près de 80 faons épargnés cette saison.
La Fédération départementale des chasseurs de l'Eure (FDC 27) utilise depuis deux ans des drones thermiques pour repérer les faons cachés dans les herbes avant le passage des engins agricoles. Bilan de la saison 2026 près de 80 animaux sauvés dans le département.
L’essentiel
- Deux drones : la FDC 27 a acquis deux appareils équipés de caméras thermiques, à environ 5 500 € pièce, depuis deux ans.
- 80 faons sauvés : près de 80 faons de chevreuils ont été épargnés dans l’Eure au cours de la saison 2026, selon Paris-Normandie.
- Opération du 11 juin : à Clef-Vallée-d’Eure, 3 faons sauvés dès 5 h 15 avant le fauchage de 20 hectares de prairies.
- Altitude de vol : les drones opèrent à 50-60 mètres, détectant la chaleur corporelle des animaux invisibles à l’œil nu.
Un départ à l’aube avant les faucheuses
Le 11 juin 2026, à 5 h 15, l’agent Maxime Cordellier décolle son drone au-dessus d’une parcelle de Clef-Vallée-d’Eure. Ce jour-là, 20 hectares de prairies doivent être fauchés. Résultat de la prospection : trois faons repérés et déplacés avant le passage des machines.
« Quand ils se sentent en danger, les faons font les morts : ils se blottissent sur le sol et arrêtent de bouger », explique Maxime Cordellier, cité par Paris-Normandie. Ce comportement instinctif, efficace contre les prédateurs naturels, devient fatal face aux engins agricoles modernes. La détection visuelle depuis le sol est impossible dans les herbes hautes.
L’agent couvre le secteur Vernon-Les Andelys-Gisors-Lyons-la-Forêt pour la FDC 27. Il résume la pression de la saison : « On est débordés, beaucoup d’agriculteurs nous appellent. »
Deux drones à 5 500 € pièce, acquis il y a deux ans
La FDC 27 s’est équipée de deux drones thermiques, à environ 5 500 € l’unité, selon ICI (Radio France). L’achat remonte à environ deux ans. Les appareils volent à 50-60 mètres d’altitude. À cette hauteur, la caméra thermique détecte la chaleur corporelle des animaux blottis dans la végétation, même dense.
Les drones ne servent pas qu’au sauvetage des faons. Ils participent également au suivi des cervidés équipés de colliers GPS. Nicolas Gavard-Gongallud, directeur de la FDC 27, précise que les images permettent « de voir si les biches qui sont équipées de colliers GPS sont suitées, donc elles ont des faons », selon ICI. L’outil aide aussi à mieux comprendre les baisses de population de chevreuils liées à des facteurs climatiques.
Troisième usage : un partenariat avec la SNCF pour repérer des sangliers le long des voies ferrées. En 2024, 209 collisions entre trains et sangliers ont été recensées en Normandie, selon les mêmes sources.
Une demande qui déborde la capacité d’intervention
La saison de fauche s’étale de mai à juillet. C’est aussi la période de mise bas des chevreuils. Les faons naissent entre fin avril et début juin, et restent seuls dans la végétation plusieurs heures par jour pendant les premières semaines de leur vie.
Les agriculteurs de l’Eure contactent la FDC 27 en amont de leurs chantiers. L’agent se déplace avant l’heure de démarrage, drone en main. Si un faon est localisé, il est ramassé délicatement, placé à l’abri en lisière, puis la biche vient récupérer son petit une fois la parcelle fauchée.
La FDC 27 dispose d’une page dédiée « Sauvetage des faons » sur son site officiel fdc27.com. Quentin Noyeau, agent sur le secteur Brionne-Broglie-Beaumont-le-Roger-Conches, est également impliqué dans ces opérations, selon ICI.
Contexte dans l’Eure
L’Eure est un département à dominante rurale et agricole. Les grandes plaines céréalières du Vexin normand et du Pays d’Ouche concentrent une activité d’élevage et de polyculture importante. Clef-Vallée-d’Eure (code INSEE 27191), commune concernée par l’intervention du 11 juin, compte environ 2 000 à 2 500 habitants selon l’INSEE, avec plusieurs exploitations agricoles actives.
Des opérations similaires existent dans d’autres départements normands - Seine-Maritime, Orne, Calvados - et dans des régions comme la Moselle, selon ICI et Chassons.com. La pratique se diffuse dans les fédérations départementales de chasseurs depuis quelques années, portée par la baisse du coût des drones grand public et l’amélioration des capteurs thermiques. Dans l’Eure, le programme est désormais structuré avec deux appareils dédiés et des agents formés à leur pilotage.
La FDC 27 positionne l’opération à l’intersection chasse-agriculture-biodiversité : préserver les faons, c’est aussi maintenir les populations de chevreuils pour les saisons de chasse à venir. Cette convergence d’intérêts explique la mobilisation rapide et la demande croissante des exploitants. Sur des sujets proches, les technologies de surveillance aérienne trouvent aussi d’autres applications - les drones civils étaient au cœur des débats à VivaTech 2026 à Paris en juin.
Agriculture et faune : une cohabitation à organiser
Le fauchage mécanisé est devenu plus rapide et les lames plus larges. Un faon immobile dans une parcelle de 20 hectares n’a aucune chance sans détection préalable. Le drone thermique comble ce déficit de visibilité.
L’opération repose sur un principe simple : l’agriculteur appelle la FDC 27 la veille ou le matin même. L’agent arrive avant le démarrage du tracteur. La prospection dure entre trente minutes et une heure selon la surface. Pour les faons sauvés cette saison - près de 80 selon Paris-Normandie - le résultat justifie l’investissement.
La demande des exploitants continue de croître. La FDC 27 n’a pas communiqué de calendrier pour l’acquisition d’appareils supplémentaires, ni de bilan financier global du programme à ce stade.
Sources
- Paris-Normandie : Dans l'Eure, des drones décollent pour sauver les faons avant le fauchage
- ICI (Radio France) : EN IMAGES - Pour sauver les faons, les chasseurs de l'Eure se servent de drones
- Chassons.com : Les drones, nouveaux outils des chasseurs de l'Eure
- FDC 27 : Site officiel de la Fédération des chasseurs de l'Eure

