Tour de France 2026 : Le Lioran, acte II de la guerre froide Evenepoel-Lipowitz
Les deux leaders de Red Bull-Bora se sont épaulés sur la 10e étape, cinq jours après l'explosion publique du Belge
Cinq jours après la crise de Gavarnie, Remco Evenepoel et Florian Lipowitz finissent ensemble au Lioran. Lipowitz attend son coéquipier quand celui-ci lâche. Evenepoel parle de clarification.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Evenepoel termine 2e de l'étape 10, Lipowitz 4e, cinq jours après la crise publique de Gavarnie
- Le Belge avait critiqué l'Allemand pour absence de lead-out « J'ai demandé un lead-out et je ne l'ai pas eu »
- Lipowitz a attendu Evenepoel dans le Col de Font de Cère quand le Belge a lâché
- Au général, 38 secondes séparent Lipowitz (6e) d'Evenepoel (3e) - moins qu'une crevaison
Le peloton entre dans Le Lioran à fond. Tadej Pogačar attaque, les jambes tournent. Derrière, deux maillots Red Bull-Bora remontent ensemble. Remco Evenepoel et Florian Lipowitz. Ils ont roulé ensemble. Ils se sont parlés. Cinq jours plus tôt - à Gavarnie, Evenepoel avait explosé en zone mixte.
Le 9 juillet 2026 - étape 6 - Gavarnie-Gèdre. Evenepoel demande un lead-out pour sprinter. Lipowitz ne le donne pas. Le Belge termine sans l’aide attendue. En zone mixte, il lâche: « J’ai demandé un lead-out et je ne l’ai pas eu. Ça m’a énervé, et il faudra en discuter sérieusement ». Puis il rappelle la Volta a Catalunya: « En Catalogne, j’ai roulé en tête pour lui pendant 30 kilomètres. Je lui ai demandé de faire un kilomètre de travail en tête, et ce n’était pas possible. Cela m’a mis en colère, et il faudra en discuter en profondeur ce soir ». La phrase fait le tour du paddock. Red Bull-Bora a un problème.
Ralph Denk - minimise. Zak Dempster - parle de tensions normales. Personne n’y croit vraiment. Les équipes qui annoncent un double leadership finissent toujours par choisir.
Movistar: quand le co-leadership vire au chaos
L’histoire du cyclisme est pavée de doubles leaderships qui ont mal tourné. En 2019, Movistar alignait trois leaders sur le Tour: Nairo Quintana, Mikel Landa et Alejandro Valverde. Résultat: aucun sur le podium, une communication désastreuse, et une équipe qui a fini par se diviser en clans internes. Les trois coureurs se sont retrouvés à rouler les uns contre les autres plutôt que contre leurs adversaires.
Plus loin encore, la rivalité LeMond-Hinault en 1986 reste le cas d’école. Hinault avait promis de travailler pour LeMond après que l’Américain l’ait aidé l’année précédente. Mais une fois dans la course, Hinault a attaqué son propre coéquipier. LeMond a gagné le Tour, mais la tension était telle que les deux hommes ne se sont plus jamais adressé la parole. Red Bull-Bora risque le même scénario: deux coureurs sur le même podium, un seul qui peut y monter.
Le Col de Font de Cère, test de cohésion
14 juillet 2026 - 10e étape - Aurillac - Le Lioran. 166,6 km. Dans le Col de Font de Cère - Evenepoel craque. Lipowitz le voit lâcher. Il arrête de travailler, attend que le Belge revienne. « Attendre Remco? Ce n’était pas une option. J’ai arrêté de travailler quand j’ai su qu’il avait lâché. Je ne pouvais rien faire d’autre que d’espérer qu’il revienne, et nous sommes heureux qu’il l’ait fait ». Evenepoel revient. Ils finissent ensemble, 2e et 4e.
En zone mixte, Evenepoel note sa course « 9/10 ». Puis il clôt le sujet: « Tout a été discuté et clarifié. Nous pouvons aller de l’avenir. Le passé est le passé. Maintenant, nous regardons vers l’avenir ». Lipowitz, lui, assume l’objectif: « Nous avons couru pour la deuxième place et nous devons en être satisfaits ». Pogačar est intouchable. Le vrai combat, c’est le podium.
« Tout a été clarifié »: vraiment?
À Gavarnie, Evenepoel exigeait qu’on « en discute sérieusement ». Cinq jours plus tard, il affirme que « tout a été discuté et clarifié ». Entre les deux déclarations, aucune annonce officielle de l’équipe, aucune consigne stratégique révélée, aucun arbitrage public de Ralph Denk. Qu’est-ce qui a été clarifié, exactement? Que Lipowitz doit rouler pour Evenepoel? Que les deux continuent en double leadership jusqu’à ce que l’un craque?
Le geste de Lipowitz dans le Col de Font de Cère ressemble davantage à une trêve tactique qu’à une résolution. Il a attendu Evenepoel parce que laisser son coéquipier lâcher aurait été un désastre médiatique pour l’équipe. Mais attendre ne signifie pas renoncer. Au général, Evenepoel est 3e à 4’06 » de Pogačar, Lipowitz 6e. Trente-huit secondes - c’est l’écart d’une crevaison au mauvais moment.
L’étape 16, le chrono qui tranchera
L’étape 16 - contre-la-montre individuel, sera le moment de vérité. Lipowitz, lui, n’est pas spécialiste.
Si le Belge creuse l’écart ce jour-là, la hiérarchie sera fixée sans qu’on ait besoin d’en parler. Lipowitz deviendra mécaniquement équipier. Mais si Evenepoel craque à nouveau en montagne avant le chrono, ou si Lipowitz résiste mieux que prévu, le sujet reviendra. Les réconciliations affichées ne règlent rien quand deux coureurs visent la même marche du podium.
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Red Bull a misé sur un seul leader
Red Bull a acquis 51% des parts de Bora-Hansgrohe début 2024. L’arrivée d’Evenepoel pour la saison 2026 était le signal: l’équipe vise le Tour, et elle a payé pour avoir un champion capable de le gagner. Lipowitz, lui, est sorti du vivier Bora. Stagiaire en 2022 - vainqueur du classement jeunes en 2025 - il a grandi dans la maison. Mais Red Bull n’a pas investi pour un podium partagé.
Un actionnaire majoritaire qui entre dans le cyclisme attend un retour sur investissement mesurable: des victoires, de la visibilité, un leader identifiable. Le double leadership est une posture diplomatique, pas une stratégie viable sur trois semaines de course. Tôt ou tard, Red Bull devra choisir. La question n’est pas de savoir si l’un des deux devra céder, mais quand et comment l’équipe le lui fera accepter.
Au Lioran, ils ont roulé ensemble. Ils se sont parlés. Lipowitz a attendu. Evenepoel est revenu. Mais 38 secondes au général, c’est moins qu’une mauvaise journée. La trêve tient tant que personne ne menace la place de l’autre. Dès que l’un des deux voudra franchir ce seuil, la guerre reprendra.