Faux papiers à Mayotte : huit condamnés, dix ans après les faits

Le tribunal correctionnel de Mamoudzou a rendu son verdict le 21 avril contre un réseau pyramidal actif depuis 2016.

Faux papiers à Mayotte : huit condamnés, dix ans après les faits
Illustration Ahamada Abdallah / info.fr

Près d'une décennie après les faits, la justice mahoraise a tranché. Le 21 avril 2026, huit membres d'un réseau de trafic de faux papiers ont été condamnés à Mamoudzou. Le réseau reliait Mayotte à la métropole depuis juin 2016.

Tout avait commencé par un contrôle à l’aéroport de Pamandzi en juin 2016. Des similitudes entre plusieurs faux passeports et titres de séjour avaient alerté les autorités. L’enquête avait alors révélé un réseau structuré, opérant entre Paris et Mayotte, selon le Journal de Mayotte.

Un réseau pyramidal piloté depuis Paris

À la tête de l’organisation : Dhoimir Abdourahim, alias « Kalfane », coordonnant l’ensemble depuis la capitale. Des faussaires en métropole fabriquaient les documents. À Mayotte, des intermédiaires - Youssouf Dhoulhedji et Kamal Ali - recrutaient les clients, selon Mayotte Hebdo. Le modèle était incitatif : amener de nouveaux clients permettait d’obtenir une réduction sur le prix des faux documents. La clientèle visée était principalement issue de la communauté comorienne. Le flux financier identifié s’élève à 7 700 euros, transitant par virements bancaires, d’après le Journal de Mayotte.

Ce type d’affaire n’est pas isolé à Mayotte. Comme dans d’autres territoires insulaires, les réseaux criminels structurés posent des défis judiciaires persistants. En 2024, les autorités mahoraises avaient recensé 94 interpellations pour port ou trafic de faux papiers, dans le cadre du démantèlement de 19 filières criminelles dont deux liées à la fabrication de faux documents, selon La1ere Franceinfo.

Les peines prononcées

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Le tribunal correctionnel de Mamoudzou a prononcé les condamnations suivantes, selon La1ere Franceinfo :

  • Dhoimir Abdourahim : 5 ans de prison dont 2 avec sursis, 15 000 € d’amende
  • Youssouf Dhoulhedji et Mohammed El Yousfi : 4 ans de prison chacun
  • Kamal Ali : 3 ans de prison
  • Ibrahim Mhadjou, Hassane Mahamoude et autres : 2 ans, avec sursis partiels et amendes de 5 000 à 10 000 €

Des interdictions de territoire figurent également parmi les peines prononcées pour certains prévenus.

Un précédent dans une série longue

Ce n’est pas la première fois que Mayotte voit un tel réseau démantelé. En 2014, un trafic similaire avait impliqué au moins 200 personnes, selon linfo.re. En 2021, deux policiers avaient été condamnés à de la prison ferme pour avoir dirigé un réseau de faux papiers sur l’île, d’après linfokwezi.fr. Plus récemment, en septembre 2025, 16 personnes avaient été interpellées dans un réseau incluant des faux documents et de la traite d’êtres humains, selon La Croix.

La longueur de la procédure - près de dix ans entre les faits et le verdict - illustre la lenteur qui caractérise parfois la chaîne pénale face à des affaires complexes à instruire. Aucune voie de recours n’a été précisée à ce stade par les médias locaux.

Sources

Ahamada Abdallah

Ahamada Abdallah

Correspondant à Mamoudzou, suit les tensions sur l'immigration comorienne, les débats sur la départementalisation, les projets hospitaliers et les infrastructures. Formé à l'IUT info-com de La Réunion, il a grandi à Mayotte. Posture éditoriale : interroger les élus, les associations, les préfets, croiser les rapports de l'INSEE avant de publier.

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