Fuites sur Rima Hassan : le porte-parole de Darmanin désigné

Le Canard enchaîné nomme Sacha Straub-Kahn, porte-parole du ministère de la Justice, comme source des fuites organisées pendant la garde à vue de l'eurodéputée LFI.

Fuites sur Rima Hassan : le porte-parole de Darmanin désigné
Fuites sur Rima Hassan : le porte-parole de Darmanin désigné Illustration par Claire Delattre / INFO.FR

Trois heures après son placement en garde à vue, toute la presse savait tout sur Rima Hassan.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Le Canard enchaine désigne Sacha Straub-Kahn, porte-parole du ministère de la Justice, comme source des fuites lors de la garde à vue de Rima Hassan.
  • Trois heures après le placement en GAV, Le Parisien publiait déjà l'information - suivi de détails sur la drogue trouvée et la procédure.
  • Straub-Kahn, ancien community manager de Sarkozy et proche de Darmanin, dément avoir divulgué le fond du dossier et porte plainte en diffamation.
  • Darmanin saisit l'Inspection générale de la Justice mais ne prend aucune mesure contre son propre porte-parole.
  • Rima Hassan a porté plainte. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour violation du secret de l'instruction.

Le 2 avril 2026, Rima Hassan est placée en garde à vue au commissariat du Xe arrondissement de Paris. Motif : apologie du terrorisme, pour un tweet citant Kozo Okamoto, auteur d’un attentat en Israel en 1972. Trois heures plus tard, Le Parisien publie l’information. Puis les détails tombent en cascade. Contenu de ses affaires personnelles, quantité de drogue supposée, éléments de procédure. Tout fuite. Tout.

La question était simple : qui parle ?

Le Canard enchaine, dans son édition du 8 avril, donne un nom. Sacha Straub-Kahn, porte-parole du ministère de la Justice.

3 heuresDélai entre le placement en garde à vue de Rima Hassan et la publication des premières fuites dans la presse
LES ENJEUX
Secret de l'instruction violé
Secret de l'instruction violé
Des éléments de procédure couverts par le secret ont été diffusés en temps réel pendant la garde à vue, avant toute décision judiciaire.
Instrumentalisation politique
Instrumentalisation politique
Les fuites ciblaient une eurodéputée d'opposition, soulevant la question d'une utilisation politique de l'appareil judiciaire.
Responsabilité ministérielle
Responsabilité ministérielle
Le porte-parole du garde des Sceaux est directement mis en cause. La question de la chaîne de commandement est posée.
Deux enquêtes en cours
Deux enquêtes en cours
Le parquet a saisi l'IGPN et Darmanin l'Inspection générale de la Justice. Les conclusions détermineront les suites judiciaires et politiques.

La mécanique des fuites

Reprenons la chronologie. Elle est implacable.

Chronologie des fuites
2 avril - 9h30
Rima Hassan arrive en garde à vue au commissariat du Xe arrondissement de Paris
2 avril - 12h30
Le Parisien publie son placement en GAV. Trois heures. Record.
2-3 avril
Les médias détaillent la découverte de 3-MMC (drogue de synthèse), entre 1 et 1,90 gramme. Le parquet évoque aussi du CBD légal.
3 avril
Le parquet de Paris ouvre une enquête pour violation du secret de l'instruction. L'IGPN est saisie.
8 avril
Le Canard enchaine désigne nommément Sacha Straub-Kahn. Darmanin saisit l'Inspection générale de la Justice.

Les journalistes Marine Babonneau et Christophe Nobili ont remonté le fil. Selon leur enquête, Straub-Kahn a échangé avec plusieurs journalistes pendant la garde à vue. Pas après. Pendant.

Le profil du porte-parole

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Sacha Straub-Kahn n’est pas un inconnu. Ancien community manager de Nicolas Sarkozy lors de la primaire de 2016. Proche de Darmanin. Assez proche pour défendre publiquement la visite du garde des Sceaux à Sarkozy en prison, en octobre 2025. Assez engagé pour attaquer le juge Eric Halphen sur X.

Un porte-parole du ministère de la Justice qui attaque un juge sur les réseaux sociaux. On appréciera le sens de la mesure.

Ancien CM de SarkozySacha Straub-Kahn a été community manager de Nicolas Sarkozy avant de devenir porte-parole de la Chancellerie

Sa défense ? Il assure que ses échanges avec les journalistes portaient uniquement sur des questions « juridiques » liées à l’immunité parlementaire de Rima Hassan. Pas sur le fond du dossier.

Sauf que. Les fuites ne concernaient pas l’immunité parlementaire. Elles concernaient le contenu de ses affaires, la nature des substances trouvées, les détails de la procédure. Des éléments couverts par le secret de l’instruction.

Straub-Kahn a déposé plainte en diffamation contre le Canard enchaine. Il a aussi porté plainte pour injures antisémites, visant les relais politiques LFI. Attaquer sur tous les fronts. Technique connue.

Darmanin saisit - mais ne nomme pas

Le 8 avril, Gérald Darmanin annonce saisir l’Inspection générale de la Justice. Geste fort, en apparence. Problème : le garde des Sceaux ne dit pas un mot sur son propre porte-parole. Pas un commentaire. Pas une mise à pied conservatoire. Rien.

Traduction : Darmanin veut montrer qu’il agit, sans admettre que le problème vient de chez lui.

Laurent Nunez, au ministère de l’Intérieur, « regrette qu’il y ait eu des fuites ». On regrette. On déplore. On ne sanctionne pas. La grammaire du pouvoir est intacte.

2 enquêtes ouvertesLe parquet a saisi l'IGPN, Darmanin a saisi l'Inspection générale de la Justice - mais aucune mesure contre Straub-Kahn

L’opposition s’enflamme, à raison

Rima Hassan parle de « scandale d’Etat ». Pour une fois, l’expression n’est pas galvaudée. Quand le porte-parole du ministère de la Justice organise - ou facilite - des fuites pendant une garde à vue, on n’est plus dans l’incident. On est dans le système.

Mélenchon dénonce un « crépuscule de l’Etat de droit ». Mathilde Panot exige que Darmanin « rende des comptes ». Ugo Bernalicis parle de faits « gravissimes ». Eric Coquerel demande la démission de Straub-Kahn, et potentiellement celle de Darmanin.

La droite, elle, regarde ailleurs. Circulez.

La vraie question

Straub-Kahn a-t-il agi seul ? Un porte-parole de ministère qui alimente la presse en éléments de procédure pendant une garde à vue, sans en référer à personne - c’est soit de l’incompétence terminale, soit un ordre venu de plus haut.

Les deux hypothèses sont accablantes.

Dans le premier cas, Darmanin a nommé un irresponsable à un poste clé. Dans le second, le garde des Sceaux a instrumentalisé la justice contre une opposante politique. L’enquête de l’Inspection générale devra trancher. Si elle en a le courage.

Infographie INFO.FR

Verdict

Un ministère de la Justice qui fuite comme une passoire. Un porte-parole qui échange avec des journalistes pendant une garde à vue. Un garde des Sceaux qui saisit une inspection sans regarder dans son propre bureau. Et une eurodéputée dont la vie privée a été étalée en temps réel dans la presse, avant même la fin de son audition.

Ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est une méthode. Et elle a un nom : le kompromat à la française.

Infographie chronologie

Sources

Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.

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