Géomyze en Mayenne : 80 % des parcelles de maïs touchées, les agriculteurs contraints de tout ressemer

La mouche Geomyza tripunctata frappe durement les semis 2026 FDSEA et JA réclament des solutions face à une impasse technique.

Géomyze en Mayenne : 80 % des parcelles de maïs touchées, les agriculteurs contraints de tout ressemer
Illustration Delphine Leclerc / info.fr

En Mayenne, la géomyze ravage les cultures de maïs depuis les semis de fin avril 2026. Selon le président de la Chambre d'agriculture, 80 % des parcelles sont impactées. L'impact économique est estimé entre 6,7 et 18 millions d'euros.

L’essentiel

  • 80 % des parcelles : selon Benoît Faucon, président de la Chambre d’agriculture de la Mayenne, la quasi-totalité des surfaces de maïs est touchée, avec des pertes allant de 25 à 90 % selon les parcelles.
  • 30 ha détruits à La Bigottière : Jean-Luc Ronceray a perdu les trois quarts de ses 30 ha de maïs et a tout recassé et ressemé fin mai 2026.
  • 350 €/ha de resemis : coût estimé du ressemis, pour un impact économique global évalué entre 6,7 et 18 millions d’euros pour la Mayenne.
  • 1er juin 2026 : visite de terrain au Gaec des Baronnières (Nuillé-sur-Vicoin) organisée par la FDSEA et les JA 53 avec des parlementaires mayennais.
  • Impasse technique depuis 2018 : l’insecticide Sonido est interdit depuis cette date ; aucune solution curative n’existe à ce jour.

« On doit tout recasser et ressemer »

Jean-Luc Ronceray, céréalier à La Bigottière, a découvert l’ampleur des dégâts le 22 mai lors d’une réunion du groupe cultures Seenovia. Sur ses 30 hectares de maïs, les trois quarts étaient détruits. Fin mai, il a recassé et ressemé l’ensemble des surfaces touchées. « On a le moral à zéro », résume-t-il, cité par Ouest-France.

La scène se répète dans tout le canton de Chailland et au-delà. Plusieurs agriculteurs du bassin témoignent de pieds morts ou rabougris, présentant le symptôme caractéristique dit du « poireautage » : la plantule pousse en hauteur sans s’étaler, signe que la larve a creusé la tige. Le Courrier de la Mayenne a recueilli plusieurs de ces témoignages.

Un insecte de 3,5 mm, des dégâts en millions d’euros

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La géomyze (Geomyza tripunctata) est une petite mouche de 3,5 mm reconnaissable à ses trois points noirs sur les ailes. Ses larves s’attaquent aux plantules de maïs peu après la levée. Elles perforent la tige et provoquent la mort du pied ou un retard de croissance sévère.

Selon ARVALIS, les hivers doux favorisent la multiplication de l’insecte. Les semis de fin avril 2026, réalisés dans de bonnes conditions initiales, ont ensuite subi un mois de mai frais qui a ralenti la croissance des plantules - les exposant plus longtemps aux attaques. Le phénomène touche l’ensemble de l’Ouest : Bretagne, Pays de la Loire et Mayenne sont les régions les plus frappées cette année.

Au Gaec des Baronnières à Nuillé-sur-Vicoin, 25 hectares de maïs sur 80 semés sont impactés ; 13 hectares avaient déjà été resemés au 1er juin, selon la FDSEA 53. À 350 euros l’hectare de resemis, la facture grimpe vite. Pour l’ensemble du département, l’impact économique est estimé entre 6,7 et 18 millions d’euros, selon les chiffres de la FDSEA et d’Agri53, en fonction des surfaces finalement touchées (entre 30 000 et 40 000 hectares potentiels).

L’alerte syndicale et parlementaire du 1er juin

Face à l’ampleur des dégâts, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs de la Mayenne ont organisé le 1er juin 2026 une visite de terrain au Gaec des Baronnières. Trois parlementaires se sont déplacés : les sénateurs Guillaume Chevrollier et Élisabeth Doineau, ainsi que la députée Géraldine Bannier.

L’objectif était de leur faire constater visuellement les dégâts et d’alerter sur l’impasse technique dans laquelle se trouvent les agriculteurs. Depuis 2018, l’insecticide Sonido - jusqu’alors le traitement de semences de référence contre la géomyze - est interdit. La seule option disponible reste le Lumiposa, dont une dérogation avait été accordée pour 2025 dans un contexte similaire, selon ARVALIS et la FDSEA 53. Aucune solution curative n’existe une fois les attaques déclarées.

La FDSEA et les JA réclament des solutions alternatives efficaces et une harmonisation européenne de la réglementation phytosanitaire. Le département de la Mayenne est déjà confronté à des tensions budgétaires, ce qui renforce la préoccupation des élus locaux face à l’impact agricole.

Contexte dans la Mayenne

Le maïs occupe une place centrale dans l’agriculture mayennaise. Il constitue le pilier de l’autonomie fourragère des élevages bovins lait et viande, très présents dans le département. Une perte importante sur les semis signifie, pour de nombreux éleveurs, un manque de fourrage en fin d’année - avec des achats extérieurs coûteux à la clé.

Benoît Faucon, président de la Chambre d’agriculture de la Mayenne, a confirmé sur ICI Mayenne / France Bleu que « près de 80 % des parcelles » sont impactées, avec des disparités importantes : « de 25 à 90 % de dégâts selon les parcelles ».

La situation rappelle le précédent de 2016, dernière grande vague d’attaques de géomyze dans l’Ouest. ARVALIS avait alors mesuré des pertes de rendement de 5 à 20 % dans ses essais, avec une compensation partielle par tallage dans certains cas. Cette fois, les surfaces touchées semblent plus étendues, selon Anjou Agricole.

Des options limitées pour les agriculteurs

Une fois les dégâts constatés, les options sont rares. Le ressemis reste la principale décision à prendre - mais elle implique un surcoût direct (semences, travail du sol, carburant) et un décalage du cycle cultural, avec un risque accru sur le rendement final en raison d’une floraison plus tardive.

ARVALIS recommande d’évaluer le taux de pieds valides avant de décider du ressemis. En dessous d’un certain seuil de peuplement, le maintien de la parcelle n’est pas viable. Le traitement de semences Lumiposa, seule protection préventive disponible en 2026, n’a pas empêché les attaques dans de nombreuses parcelles du département, selon les témoignages recueillis par plusieurs médias mayennais, dont le Courrier de la Mayenne et Agri53.

Les syndicats agricoles poursuivent leurs interpellations auprès des parlementaires et du ministère de l’Agriculture pour obtenir une dérogation pérenne ou une solution de remplacement homologuée avant la campagne 2027.

Sources

Delphine Leclerc

Delphine Leclerc

Delphine est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Mayenne (53), avec Laval pour chef-lieu. Spécialité du département : siege Lactalis (Laval) et Laval Virtual (RV). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Pays de la Loire.

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