Gironde : Blanquefort et Saint-Louis-de-Montferrand attaquent le projet de raffinerie Seveso en zone inondable
Les communes et la SEPANSO ont déposé un recours le 30 juin contre la modification du PLUi autorisant l'usine EMME à Parempuyre.
Blanquefort et Saint-Louis-de-Montferrand, avec l’association SEPANSO, ont saisi la justice le 30 juin pour contester le projet de raffinerie EMME classé Seveso, implanté à dix mètres de la Garonne en zone inondable. Un conflit qui ravive les tensions entre développement industriel et sécurité environnementale.
L’essentiel
- 30 juin 2026 : les communes de Blanquefort et Saint-Louis-de-Montferrand, avec la SEPANSO, déposent un recours contre la modification du PLUi autorisant le projet EMME.
- 7 mai 2026 : le préfet de Gironde approuve la mise en compatibilité du PLUi, modifiant unilatéralement le document d’urbanisme de Bordeaux Métropole.
- 150 000 tonnes : capacité annuelle de production de sulfate de nickel de l’usine, située à dix mètres de la Garonne en zone inondable.
- Classement Seveso seuil haut : le projet a été reconnu d’intérêt national majeur par décret en septembre 2025, court-circuitant les procédures locales.
- Avis défavorable du CNPN en novembre 2025, ignoré par le gouvernement.
Ce que contestent les communes
Blanquefort et Saint-Louis-de-Montferrand ont saisi la justice administrative le 30 juin 2026. Elles attaquent la modification du plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) approuvée par le préfet de Gironde le 7 mai. Cette modification a été adoptée sans passer par le conseil de Bordeaux Métropole, ce que les élus contestent. « Il est impossible juridiquement de construire à cet endroit », estime l’avocat Olivier Chambord, cité par Sud Ouest.
La SEPANSO Gironde, association de défense de l’environnement, a déposé un recours distinct, qualifiant le projet d’« écologiquement dangereux et économiquement fragile ».
Le projet EMME : une raffinerie en zone inondable
EMME est une usine de raffinage de nickel et de cobalt destinée à produire du sulfate de nickel pour les batteries électriques. Prévue sur le terminal de Grattequina à Parempuyre, elle est implantée à environ dix mètres de la Garonne, en zone inondable. Classée Seveso seuil haut, elle doit produire 150 000 tonnes de sulfate de nickel par an. En février 2026, le site a déjà subi des inondations, rappellent les opposants.
Le gouvernement a reconnu EMME comme projet d’intérêt national majeur (PINM) par décret du 5 septembre 2025, ce qui a permis de déroger à certaines règles d’urbanisme. Le Conseil national de protection de la nature a pourtant émis un avis défavorable en novembre 2025.
Une opposition multiple
Outre les communes et la SEPANSO, le maire de Parempuyre, Henri Lagarrigue, a annoncé vouloir contester le tracé du raccordement électrique de l’usine par RTE. « Il n’est pas normal qu’on nous passe dessus sans nous voir », a-t-il déclaré dans Bordeaux7. Plusieurs recours ont également été déposés auprès du Conseil d’État contre le décret PINM et la modification du PLUi.
La concertation publique menée en 2025-2026 est jugée insuffisante par les opposants. L’association SEPANSO dénonce un passage en force.
Contexte dans le département
La Gironde, département le plus vaste de France, connaît une tension croissante entre développement économique et protection environnementale. Bordeaux Métropole, qui regroupe 28 communes, est confrontée à des projets industriels lourds dans des zones humides et inondables. Le projet EMME cristallise ces contradictions, d’autant que la métropole a révisé son PLUi en urgence. Le précédent de l’usine de traitement de déchets de Blanquefort, contestée pendant des années, illustre la sensibilité du sujet.
Les associations environnementales, comme la SEPANSO (fédération régionale des associations de protection de la nature), sont très actives en Gironde. Elles multiplient les recours contre des projets jugés dangereux pour les écosystèmes de la Garonne et de l’estuaire.
À titre de comparaison, d’autres territoires connaissent des situations similaires : dans le Var, des sirènes d’alerte inondations ont résonné récemment, tandis qu’à Angers, une consultation publique sur l’avenir des espaces verts montre l’importance de la participation citoyenne dans les décisions d’urbanisme.
Prochaine étape
Les recours sont désormais examinés par le tribunal administratif de Bordeaux. Aucune date d’audience n’a encore été fixée. En attendant, le chantier d’EMME, qui devait débuter en 2027, est suspendu de fait.
Sources
- Bulletin Bordelais : Usine EMME à Parempuyre : 150 000 tonnes de sulfate de nickel à dix mètres de la Garonne, les opposants saisissent la justice
- Bordeaux7 : Raffinerie EMME en Gironde : « Il n’est pas normal qu’on nous passe dessus sans nous voir », soutient le maire de Parempuyre
- Mathilde Feld : Projet EMME