Gironde : peines de 6 à 9 ans de réclusion au procès du bizutage qui a rendu un adolescent aveugle à Cenon
La cour d'assises des mineurs de la Gironde a condamné quatre jeunes hommes le 5 juin 2026, six ans après les faits survenus dans une cave du quartier Palmer.
Le 5 juin 2026, la cour d'assises des mineurs de la Gironde a rendu son verdict dans l'affaire du bizutage de Cenon. Quatre condamnations à 6, 7 et 9 ans de réclusion, un acquittement. La victime, Gaël Assoumou-Obiang, avait 15 ans quand il a perdu la vue en octobre 2020.
L’essentiel
- Verdict le 5 juin 2026 : quatre condamnations à 6, 7 et 9 ans de réclusion par la cour d’assises des mineurs de la Gironde ; un cinquième accusé acquitté.
- Faits du 17 octobre 2020 : Gaël Assoumou-Obiang, 15 ans, frappé dans une cave du quartier Palmer à Cenon lors d’un jeu dit de « chasse à l’homme », devenu aveugle bilatéral total et définitif quelques jours plus tard.
- Profil des accusés : cinq jeunes hommes (22 à 25 ans aujourd’hui), âgés de 16 à 19 ans au moment des faits ; le seul majeur aux faits écope de 9 ans + interdiction de séjour en Gironde.
- Réquisitions : 8 à 10 ans demandés contre les quatre auteurs principaux ; peines prononcées inférieures, excuse de minorité retenue pour trois d’entre eux.
- Procès : ouvert le 1er juin 2026, verdict après plus de six heures de délibéré au terme de cinq jours d’audience.
Une cave, un jeu, une vie basculée
Le 17 octobre 2020, dans le quartier Palmer à Cenon, commune de la première couronne bordelaise, un groupe de jeunes organise une « chasse à l’homme ». Ce jeu, pratiqué régulièrement dans le quartier depuis plusieurs années, tourne au drame. Gaël Assoumou-Obiang, 15 ans, est frappé dans une cave. Quelques jours plus tard, il perd successivement la vue de l’œil droit puis de l’œil gauche. La cécité est totale, définitive et irréversible.
Le lien de causalité entre les violences subies et la cécité a été retenu par la cour, selon Sud Ouest et ICI (France Bleu Gironde). L’infraction retenue : violences volontaires en réunion ayant entraîné une infirmité permanente.
Pendant un temps, Gaël reste silencieux. Il voulait protéger ceux qu’il considérait comme ses « grands frères ». C’est lui, finalement, qui brise l’omerta. À la barre, il déclare : « Ma seule faute, c’est de les avoir aimés. » Aujourd’hui âgé de 20 ans, il comparaît comme partie civile aux côtés de sa mère, Ursule Ovomo-Ondo.
Cinq accusés, quatre condamnations
Le procès s’ouvre le 1er juin 2026 devant la cour d’assises des mineurs de la Gironde. Cinq hommes, âgés de 22 à 25 ans au moment du procès, sont jugés pour leur rôle dans les faits. Ils avaient entre 16 et 19 ans en octobre 2020.
Le verdict tombe le 5 juin, après plus de six heures de délibéré. Quatre condamnations : le seul des accusés qui était majeur au moment des faits est condamné à 9 ans de réclusion criminelle, assortis d’une interdiction de séjour en Gironde. Trois autres, mineurs aux faits, écopent de 6 et 7 ans, l’excuse de minorité ayant été retenue par la cour. Des mandats de dépôt sont prononcés. Le cinquième accusé - présenté comme le « filmeur » de la scène - est acquitté pour complicité, conformément aux réquisitions du parquet.
ICI (France Bleu Gironde) rapporte que l’un des condamnés avait déclaré lors des plaidoiries : « Tous les jours j’y pense, je n’oublierai rien, toute ma vie j’aurai ça sur la conscience. » Des excuses avaient été prononcées.
Des peines en deçà des réquisitions
Le parquet avait requis entre 8 et 10 ans de réclusion contre les quatre auteurs principaux. Les peines prononcées restent inférieures à ces réquisitions. L’application de l’excuse de minorité pour trois des condamnés explique l’écart.
L’avocat des parties civiles, Me Alexandre Novion, a estimé la décision satisfaisante : « Cette décision me paraît équilibrée et juste. Il était important pour Gaël d’être entendu », selon Sud Ouest.
Contexte dans la Gironde
Cenon est une commune de 24 000 habitants, limitrophe de Bordeaux sur la rive droite de la Garonne. Le quartier Palmer, où se sont produits les faits, figure parmi les quartiers prioritaires de la politique de la ville en Gironde. L’affaire a mis en lumière un phénomène documenté par les médias locaux : des jeux de groupe ritualisés, parfois violents, pratiqués entre jeunes du même quartier.
La Gironde est confrontée à des problématiques de violences urbaines dans plusieurs communes de l’agglomération bordelaise. À Bordeaux même, des rodéos urbains ont récemment donné lieu à des interpellations. À Blaye, la gendarmerie multiplie les opérations de contrôle sur l’estuaire. Le procès du bizutage de Cenon s’inscrit dans un contexte judiciaire où la justice des mineurs est régulièrement sollicitée pour des faits d’une particulière gravité.
Le recours à la cour d’assises des mineurs - et non à un tribunal correctionnel - reflète la qualification criminelle retenue dès l’instruction : les violences ont causé une infirmité permanente, ce qui constitue un crime en droit français.
Six ans de procédure, une reconnaissance judiciaire
Entre les faits (octobre 2020) et le verdict (juin 2026), près de six ans se sont écoulés. La procédure devant la cour d’assises des mineurs implique des délais d’instruction spécifiques, liés notamment à la minorité de plusieurs mis en cause au moment des faits.
Le témoignage de Gaël Assoumou-Obiang devant la cour a été un moment central du procès. « Je ne me rappelle même plus à quoi je ressemble », avait-il déclaré lors de son audition, selon Sud Ouest. Une phrase qui résume six ans de vie bouleversée.
Les condamnés peuvent faire appel du verdict. Aucune décision en ce sens n’avait été annoncée au moment de la publication de cet article.
Sources
- Sud Ouest : Adolescent devenu aveugle après un bizutage dans une cité près de Bordeaux : six, sept et neuf ans de prison pour les accusés
- ICI (France Bleu Gironde) : Des peines de 6 à 9 ans de réclusion prononcées au procès du "bizutage" qui a rendu un jeune homme aveugle en Gironde
- 20 Minutes : Gironde : Jusqu'à neuf ans de prison pour un « bizutage » ayant rendu un adolescent aveugle
- Le Figaro : Gironde : cinq hommes jugés pour avoir rendu un jeune aveugle lors d'un «bizutage» de quartier