À Grane, soigner sans voiture reste un parcours du combattant

Dans cette commune rurale de la Drôme, l'accès aux soins repose trop souvent sur un transport sanitaire fragilisé par une réforme récente.

À Grane, soigner sans voiture reste un parcours du combattant
Illustration Nathalie Rousselin / info.fr

Grane, 1 500 habitants au cœur de la vallée de la Drôme Aval, illustre concrètement les tensions autour de l'accès aux soins en zone rurale. Entre désertification médicale et réforme des transports sanitaires, les habitants font face à un double obstacle. Un débat qui dépasse largement les frontières de la commune.

La maison médicale la plus proche est à Crest. Pour les personnes âgées ou sans voiture de Grane, c’est déjà un voyage. Et depuis l’automne 2025, ce voyage est devenu plus incertain encore. La réforme de la convention sur les transports sanitaires a mis sous pression les taxis conventionnés locaux, avec une perte estimée à 30 % de leur chiffre d’affaires, selon des données relayées par des acteurs du secteur. Moins de taxis disponibles, c’est potentiellement moins d’accès aux soins pour les plus isolés.

Une offre de soins déjà concentrée à Crest et Livron

Dans la vallée de la Drôme Aval, l’offre de premier recours est regroupée à Crest et Livron-sur-Drôme, selon le rapport du Géoportail de l’urbanisme. Grane dispose bien d’une antenne médico-éducative, mais les liaisons de transport entre communes restent insuffisantes. Concrètement, sans véhicule personnel ou transport sanitaire prescrit par un médecin - lui-même parfois difficile à trouver - , certains patients renoncent.

Ce renoncement est documenté. Selon le baromètre FHF 2026, 53 % des habitants des zones rurales drômoises déclarent des difficultés d’accès aux soins. L’absence de spécialistes à proximité est citée par 70 % d’entre eux, les délais d’attente trop longs par 65 %. Et selon Le Monde, 73 % des Français disent avoir renoncé à au moins un soin ces cinq dernières années pour des raisons géographiques - un taux qui grimpe jusqu’à dix points au-dessus de la moyenne nationale dans les zones rurales comme la Drôme.

Un zonage revu, mais des effets à confirmer

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Depuis le 1er janvier 2026, l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes a actualisé son zonage de médecine générale. Des territoires comme ceux autour de Grane figurent parmi les 388 zones classées sous-denses, ce qui doit orienter les aides à l’installation de nouveaux médecins, selon l’ARS. Une mesure saluée, mais dont les effets concrets restent à venir.

En Drôme, chaque habitant accède en moyenne à 3,6 consultations généralistes par an, contre 3,7 pour la moyenne régionale Auvergne-Rhône-Alpes, et en recul de 0,5 consultation depuis 2015, d’après l’INSEE. Une érosion lente, mais continue, que le Pacte national contre les déserts médicaux de 2025 n’a pas encore enrayée, comme le notait Le Dauphiné Libéré en mars 2025.

Prochaine étape : une concertation régionale sur le zonage ARS est prévue d’ici fin 2027. Le Sénat a par ailleurs débattu en mars 2026 du rôle de l’État dans le financement des transports médicaux ruraux, selon une question enregistrée au Sénat. Les réponses tardent ; à Grane, les besoins, eux, n’attendent pas.

Sources

Léa Faure

Léa Faure

Installée à Valence, elle couvre l'agriculture fruitière, les tensions sur l'eau, le nucléaire de Tricastin et les projets routiers dans la vallée du Rhône. Issue de Sciences Po Grenoble, elle a commencé en presse écrite. Méthode rigoureuse : interroger les arboriculteurs, les associations antinucléaires, les élus, croiser les rapports de sûreté avant de publier.

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