Grèce : les réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans dès 2027

Premier pays européen à franchir le pas, la Grèce veut entraîner toute l'UE dans son sillage

Grèce : les réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans dès 2027
Grèce : les réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans dès 2027 Illustration par Nathalie Rousselin / INFO.FR

Kyriakos Mitsotakis a annoncé sur TikTok l'interdiction de TikTok pour les adolescents grecs.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • La Grèce interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans à partir du 1er janvier 2027, une première en Europe.
  • Le Premier ministre Mitsotakis a fait l'annonce sur TikTok et demande à l'UE d'adopter un âge minimum commun.
  • 80 % des Grecs soutiennent cette mesure selon un sondage ALCO de février 2026.
  • Les plateformes non conformes risquent une amende de 6 % de leur chiffre d'affaires mondial via le DSA.
  • La vérification technique de l'âge reste le principal obstacle, aucune solution ne fait consensus.

La vidéo dure 58 secondes. On y voit le Premier ministre grec, chemise ouverte, cadré serré, qui regarde la caméra de son téléphone. Il parle en grec, sous-titres blancs. La plateforme : TikTok. Le message : à partir du 1er janvier 2027, les moins de 15 ans n’auront plus le droit d’y être. Ni sur TikTok, ni sur Instagram, ni sur Snapchat, ni sur aucun réseau social.

« Je sais que certains d’entre vous vont être fâchés », dit Mitsotakis face caméra. Il ne sourit pas. Il ne s’excuse pas non plus.

LES ENJEUX
Protection des mineurs
Protection des mineurs
Les études pointent les effets de l'usage excessif des réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents. La Grèce fixe un seuil clair à 15 ans.
Vérification de l'âge
Vérification de l'âge
Aucune solution technique fiable n'existe à ce jour pour vérifier l'âge des utilisateurs sans créer un dispositif de surveillance disproportionné.
Sanctions financières
Sanctions financières
Le DSA prévoit des amendes allant jusqu'à 6 % du chiffre d'affaires mondial des plateformes non conformes, un levier inédit.
Harmonisation européenne
Harmonisation européenne
Mitsotakis demande à l'UE un âge minimum commun avant fin 2026. Chaque État a aujourd'hui son propre seuil, de 13 à 16 ans.
Effet domino mondial
Effet domino mondial
Après l'Australie et l'Indonésie, la Grèce ouvre la voie en Europe. La France suit avec un texte voté au Sénat fin mars 2026.

Le paradoxe TikTok

C’est la scène la plus étrange de ce printemps politique européen. Un chef de gouvernement qui utilise l’arme qu’il veut interdire, sur le terrain même de l’adversaire. Le calcul est assumé : parler aux jeunes là où ils sont, avant de leur fermer la porte.

80%des Grecs soutiennent l'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs selon un sondage ALCO de février 2026

La Grèce n’en est pas à son coup d’essai. Depuis la rentrée 2024, les téléphones portables sont bannis des écoles primaires et des collèges. Les enseignants confisquent les appareils à l’entrée. Les parents, dans leur immense majorité, approuvent. Le sondage ALCO de février 2026 donne le chiffre : environ 80 % des Grecs sont favorables à l’interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs.

Une loi, un calendrier, une ambition continentale

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Le projet de loi sera soumis au Parlement grec durant l’été 2026. L’entrée en vigueur est fixée au 1er janvier 2027. Les plateformes qui ne respecteront pas la règle s’exposeront à des sanctions prévues par le Digital Services Act européen - jusqu’à 6 % de leur chiffre d’affaires mondial.

La marche vers l'interdiction
Décembre 2025
L'Australie vote l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans, amende de 28 millions d'euros pour les plateformes
Mars 2026
L'Indonésie interdit les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, 70 millions de mineurs concernés
Avril 2026
La Grèce annonce l'interdiction aux moins de 15 ans, première en Europe
Été 2026
Vote prévu au Parlement grec
1er janvier 2027
Entrée en vigueur de la loi grecque

Mais Mitsotakis ne veut pas rester seul. Le jour même de son annonce, il adresse une lettre à Ursula von der Leyen. Le message est clair : l’Europe doit fixer un âge minimum commun avant la fin 2026. Le Parlement européen avait déjà voté une résolution non contraignante en novembre 2025, recommandant un seuil à 16 ans. Résolution sans effet. Mitsotakis veut du contraignant.

La France dans les starting-blocks

À Paris, le Sénat vient d’adopter fin mars 2026 une proposition de loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Le texte prévoit une mise en oeuvre dès la rentrée 2026 pour les nouveaux comptes. Mais le dispositif français reste flou sur un point central : la vérification de l’âge.

C’est le trou noir de toutes ces législations. Comment prouver qu’un utilisateur a 14 ans et non 15 ? L’Australie mise sur un système de vérification par les plateformes elles-mêmes. La Grèce évoque le recours au DSA. La France hésite entre identité numérique et estimation par intelligence artificielle. Aucune solution ne fait consensus. Chacune pose un problème de surveillance.

Le mur technique

Un adolescent de 14 ans qui veut créer un compte Instagram a besoin de trente secondes et d’une fausse date de naissance. C’est tout. Pas de pièce d’identité, pas de vérification parentale, pas de contrôle. Les plateformes le savent. Les législateurs aussi.

Le ministre grec du Numérique, Dimitris Papastergiou, reconnaît la difficulté. Il parle d’une « mesure difficile mais nécessaire » et compte sur la pression réglementaire du DSA pour forcer Meta, ByteDance et Snap à développer des outils de vérification fiables. La menace financière - 6 % du chiffre d’affaires global - est censée suffire.

Reste à savoir si une amende, même colossale, pèse plus lourd qu’un milliard d’utilisateurs mineurs dans les algorithmes de recommandation.

Ce que personne ne dit

Dans les couloirs du Parlement européen à Bruxelles, le premier frein n’est pas technique. Il est politique. Chaque État membre a son propre seuil de majorité numérique - 13 ans en Belgique, 16 ans aux Pays-Bas, 15 ans en France. Harmoniser, c’est obliger certains pays à durcir, d’autres à assouplir. Personne ne veut bouger en premier.

La Grèce vient de bouger.

À Athènes, dans un lycée du quartier d’Exarchia, un professeur de lettres résume la situation en une phrase. Il montre son téléphone, écran éteint, posé sur le bureau. « Avant, je confisquais des bandes dessinées. Maintenant, je confisque des mondes entiers. »

L’écran reste noir. Le cours reprend.

Sources

Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.

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