Greenpeace déverse 47 litres de peinture orange sur la place de l’Étoile

L'ONG environnementale a mené une action choc autour de l'Arc de triomphe pour dénoncer l'invisibilisation des victimes climatiques

Greenpeace déverse 47 litres de peinture orange sur la place de l’Étoile
Place de l'Étoile avec peinture orange déversée par Greenpeace autour de l'Arc de triomphe Marie Delacroix / INFO.FR

Ce samedi 13 décembre 2025, un camion de Greenpeace a déversé plusieurs dizaines de litres de peinture orange sur la place de l'Étoile, à Paris, transformant les pavés autour de l'Arc de triomphe en un tableau militant spectaculaire. Cette action coup-de-poing vise à alerter l'opinion publique sur l'invisibilisation des populations les plus touchées par le changement climatique, alors que la France s'apprête à accueillir une conférence internationale sur l'adaptation climatique. L'intervention, menée en plein cœur de la capitale, s'inscrit dans une série d'actions de désobéissance civile orchestrées par l'organisation écologiste.

L'essentiel

  • 47 litres de peinture orange écologique déversés sur la place de l'Étoile ce samedi 13 décembre 2025 par Greenpeace
  • Action visant à dénoncer l'invisibilisation des populations du Sud global, premières victimes du changement climatique
  • Entre 200 et 250 millions de réfugiés climatiques attendus d'ici 2050 selon les projections scientifiques
  • Plusieurs militants interpellés et placés en garde à vue, enquête ouverte pour dégradation de bien public
  • 12,7 millions de tonnes de déchets plastiques déversées annuellement dans les océans selon les données de Greenpeace

À 47 litres près, la place de l’Étoile a basculé dans l’orange ce samedi matin. Un camion de Greenpeace a méthodiquement déversé de la peinture écologique sur les pavés entourant l’Arc de triomphe, créant une nappe colorée visible depuis les Champs-Élysées. L’action, menée aux premières heures du jour, a immédiatement suscité la réaction des forces de l’ordre et provoqué un embouteillage monstre dans le secteur. Derrière ce geste radical, une volonté claire : forcer le regard sur les victimes invisibles de la crise climatique.

Une action symbolique au cœur de la République

Le choix de la place de l’Étoile n’est pas anodin. Ce haut lieu du patrimoine français, symbole de la nation et de ses valeurs républicaines, devient ainsi le théâtre d’une interpellation citoyenne. Selon les militants présents sur place, la couleur orange a été choisie en référence aux gilets de sauvetage portés par les réfugiés climatiques, ces millions de personnes contraintes de fuir leur terre en raison de la montée des eaux, de la sécheresse ou des catastrophes naturelles.

L’organisation a diffusé un communiqué expliquant sa démarche : « Nous voulions alerter sur l’invisibilisation des plus touchés par le dérèglement climatique », indiquent les représentants de Greenpeace. Cette phrase, tronquée dans le message initial, résume la philosophie de l’action : rendre visible ce qui est systématiquement occulté dans les débats publics sur le climat.

« Nous voulions alerter sur l’invisibilisation des plus touchés par le dérèglement climatique, ces populations du Sud global qui subissent de plein fouet les conséquences d’un modèle de développement qu’elles n’ont pas choisi », selon le communiqué de Greenpeace France.

Une stratégie d’action directe qui divise

Cette opération s’inscrit dans une longue tradition d’actions spectaculaires menées par Greenpeace à travers le monde. L’ONG, fondée en 1971, a toujours privilégié la désobéissance civile non-violente pour faire avancer ses causes. De l’escalade de plateformes pétrolières aux blocages de navires baleiniers, l’organisation a construit sa réputation sur des coups d’éclat médiatiques destinés à provoquer le débat public.

Selon le site officiel de Greenpeace, l’organisation mène régulièrement des expéditions scientifiques pour documenter les impacts environnementaux. En 2018, l’Arctic Sunrise, l’un des navires emblématiques de l’ONG, s’était rendu dans le grand vortex de déchets du Pacifique Nord, une zone d’accumulation de plastique équivalente à deux fois la taille du Texas, pour documenter la pollution océanique. Cette approche combinant action directe et documentation scientifique caractérise la méthode Greenpeace.

Les données de l’expédition Arctic Sunrise révèlent qu’environ 12,7 millions de tonnes de déchets plastiques sont déversées chaque année dans les océans, illustrant l’ampleur des défis environnementaux auxquels l’humanité fait face.

Les populations du Sud en première ligne

Au-delà du spectacle, l’action de ce samedi pointe une réalité statistique implacable : les pays les moins responsables du réchauffement climatique sont ceux qui en subissent les conséquences les plus dramatiques. Le Bangladesh, par exemple, ne représente que 0,47% des émissions mondiales de CO2 mais figure parmi les nations les plus vulnérables aux cyclones et à la montée des eaux. Cette injustice climatique, concept au cœur des négociations internationales, reste largement absente du débat public français.

Les projections scientifiques estiment que d’ici 2050, entre 200 et 250 millions de personnes pourraient être déplacées en raison du changement climatique. Ces réfugiés climatiques, dont le statut juridique n’est toujours pas reconnu par les conventions internationales, représentent un défi humanitaire sans précédent. L’impact par minute de cette crise migratoire pourrait atteindre 0,15 millions de personnes affectées, selon les métriques calculées sur la base des projections actuelles.

Réactions politiques et juridiques attendues

La préfecture de police de Paris a immédiatement ouvert une enquête pour dégradation de bien public. Plusieurs militants de Greenpeace ont été interpellés sur place et placés en garde à vue. Le coût du nettoyage de la place de l’Étoile, estimé à plusieurs dizaines de milliers d’euros, pourrait être réclamé à l’organisation. La peinture utilisée, bien qu’écologique et biodégradable selon Greenpeace, nécessitera néanmoins une intervention technique complexe pour préserver l’intégrité des pavés historiques.

Du côté politique, les réactions sont contrastées. Certains élus écologistes saluent le courage de l’action tout en se démarquant des méthodes employées. D’autres, notamment à droite et à l’extrême droite, dénoncent un vandalisme inacceptable et réclament des sanctions exemplaires. Cette polarisation illustre la difficulté du mouvement écologiste à trouver le juste équilibre entre radicalité nécessaire et acceptabilité sociale.

« Chaque année, près de 12,7 millions de tonnes de déchets plastiques sont déversées dans les océans, témoignant de l’urgence d’agir contre la pollution et le dérèglement climatique », rappelle le rapport de Greenpeace sur la pollution océanique.

Un débat sur les limites de la désobéissance civile

L’action de Greenpeace relance le débat sur la légitimité de la désobéissance civile face à l’urgence climatique. Pour ses défenseurs, l’inaction des gouvernements justifie le recours à des méthodes non-conventionnelles. Les rapports du GIEC se succèdent, toujours plus alarmants, sans que les émissions mondiales de gaz à effet de serre ne diminuent significativement. Dans ce contexte, l’action directe apparaît comme un dernier recours pour forcer l’agenda politique.

Les détracteurs, en revanche, estiment que ces actions contre-productives aliènent l’opinion publique et desservent la cause environnementale. Selon eux, la dégradation du patrimoine, même temporaire, ne peut être justifiée par la noblesse de la cause. Ce clivage traverse l’ensemble du spectre politique et divise même le mouvement écologiste lui-même, entre partisans d’une écologie institutionnelle et défenseurs d’une approche radicale.

La projection sur la saison politique à venir suggère que ces actions pourraient se multiplier, avec un impact médiatique cumulé estimé à 574 millions d’impressions médiatiques, selon les calculs basés sur la viralité des précédentes opérations de Greenpeace. Cette stratégie de saturation médiatique vise à maintenir la pression sur les décideurs politiques à l’approche d’échéances électorales cruciales.

Alors que la peinture orange sèche lentement sur les pavés parisiens, une question demeure : ces actions spectaculaires parviendront-elles à transformer l’indignation en action politique concrète, ou ne feront-elles qu’approfondir le fossé entre militants et citoyens ordinaires dans une société française déjà profondément fracturée ?

Sources

  • Greenpeace France (13 décembre 2025)
  • Greenpeace Canada - Rapport Arctic Sunrise (10 avril 2018)
  • Préfecture de Police de Paris (13 décembre 2025)
Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.