Groenland : 204.000 signatures pour racheter la Californie après les adieux au dernier navire

Alors que l'île arctique salue son ultime cargo jusqu'en juin 2026, une pétition satirique défie Trump avec 204.000 signataires

Groenland : 204.000 signatures pour racheter la Californie après les adieux au dernier navire
Navire cargo quittant port groenlandais sous feux d'artifice hiver arctique Nathalie Rousselin / INFO.FR

Le 20 novembre 2025, le Groenland a célébré par un feu d'artifice le départ de son dernier navire de ravitaillement de l'année, marquant le début d'un isolement maritime de sept mois. Cette tradition spectaculaire survient alors qu'une pétition danoise satirique, rassemblant 204.000 signatures, propose de racheter la Californie en réponse aux ambitions territoriales répétées de Donald Trump sur le territoire arctique. Un contraste saisissant entre l'isolement géographique d'une île de 56.000 habitants et sa soudaine centralité géopolitique.

L'essentiel

  • 204.000 personnes ont signé une pétition satirique danoise proposant de racheter la Californie à Trump, en réponse à ses ambitions sur le Groenland
  • Le Groenland célèbre le départ de son dernier navire de ravitaillement par un feu d'artifice, marquant 7 mois d'isolement maritime jusqu'en juin 2026
  • Le Parlement groenlandais a adopté une loi anti-ingérence interdisant les dons étrangers avant les élections du 11 mars 2026
  • Donald Trump réitère depuis fin décembre 2024 sa volonté d'acquérir le territoire arctique pour des raisons de sécurité nationale
  • Le territoire de 56.000 habitants, riche en ressources naturelles, devient un enjeu géopolitique majeur entre États-Unis, Danemark et Chine

À 16h05 précises ce jeudi 20 novembre 2025, quelque part dans les eaux glacées du Groenland, un navire de ravitaillement s’éloigne lentement du port sous une pluie de feux d’artifice. Cette cérémonie d’adieu, devenue tradition dans l’île arctique, marque le début d’une période d’isolement maritime qui durera jusqu’en juin 2026. Aucun cargo ne pourra accoster pendant ces sept mois d’hiver polaire, où la banquise reprend ses droits. Mais cette année, le départ du dernier navire résonne différemment : le Groenland, ce territoire de 56.000 âmes, se retrouve au cœur d’une tempête diplomatique sans précédent.

3 chiffres qui résument tout

204.000 personnes ont signé une pétition satirique danoise proposant le rachat de la Californie, selon Europe 1. Ce mercredi peu avant 10h00 GMT, le site denmarkification affichait fièrement ce compteur, avec un objectif affiché d’un demi-million de signatures. Le slogan ? « Måke Califørnia Great Ægain », pastiche assumé du célèbre « Make America Great Again » de Donald Trump.

56.000 habitants peuplent cette île immense, la plus grande du monde après l’Australie. Un territoire autonome danois depuis 1979, doté d’une compagnie aérienne nationale, Air Greenland, qui a récemment acquis un Airbus A330-800 capable de transporter jusqu’à 305 passagers pour assurer les liaisons transatlantiques. Car si les navires ne peuvent accoster l’hiver, les avions restent l’unique cordon ombilical avec le monde extérieur.

7 mois d’isolement maritime : c’est la durée pendant laquelle le Groenland doit compter uniquement sur ses réserves et le transport aérien. Une réalité qui explique pourquoi chaque départ du dernier cargo est célébré comme un événement majeur, mêlant soulagement d’avoir reçu les derniers approvisionnements et appréhension face aux longs mois d’hiver polaire.

Le pattern invisible : quand l’isolement rencontre la convoitise

L’histoire se répète avec une ironie mordante. Depuis fin décembre 2024, Donald Trump multiplie les déclarations sur son intention d’acquérir le Groenland. « Pour des raisons de sécurité nationale et de liberté dans le monde, les USA estiment que la propriété et le contrôle du Groenland sont une nécessité absolue », avait-il écrit dans un communiqué officiel. Une ambition déjà exprimée en 2019, lorsqu’il avait évoqué une « grosse transaction immobilière ».

« Achetez-la à Trump, à travers la campagne participative la plus grandiose jamais réalisée », propose le site denmarkification, selon Europe 1.

La pétition danoise pousse la logique trumpienne jusqu’à l’absurde. Pourquoi la Californie ? « Simplement pour sa météo, la tech’ et les toasts à l’avocat », expliquent les créateurs anonymes du site. Sans oublier Disneyland, qu’ils promettent de renommer « Hans Christian Andersenland ». L’image est savoureuse : « Mickey Mouse avec un casque de Viking ? Oui, merci ! », peut-on lire sur la plateforme.

Cette riposte satirique intervient alors que le Parlement groenlandais a adopté mardi une loi interdisant les dons anonymes ou étrangers aux partis politiques, en prévision des élections locales du 11 mars 2026. Une mesure de protection contre une possible ingérence étrangère, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes autour de l’Arctique.

Pourquoi maintenant ? L’équation arctique du XXIe siècle

Le Groenland cristallise aujourd’hui tous les enjeux du réchauffement climatique et de la nouvelle guerre froide. Stephen Farnsworth, professeur de sciences politiques à l’Université Mary Washington de Fredericksburg en Virginie, analyse la stratégie trumpienne : « Vous demandez quelque chose de déraisonnable pour être en mesure d’obtenir quelque chose de moins déraisonnable ». Un premier mouvement en vue d’une négociation future, selon cet expert cité par La Dépêche.

L’île arctique regorge de ressources naturelles inexploitées : terres rares, uranium, pétrole offshore. La fonte des glaces ouvre également de nouvelles routes maritimes stratégiques. La Chine, que Trump accuse de profiter trop largement du canal de Panama, lorgne elle aussi sur ces territoires polaires. « Les décennies ayant vu le commerce américain financer la croissance de la Chine et son empreinte stratégique sont terminées », a assumé Mauricio Claver-Carone, envoyé spécial de l’administration américaine.

« Le Groenland est ouvert aux affaires, pas à la vente », avait rétorqué le gouvernement groenlandais en 2019, selon Le Dauphiné Libéré.

Cette position reste inchangée en 2025. Mais l’intensification des pressions américaines, couplée à l’isolement géographique naturel du territoire, crée une situation inédite. Le départ du dernier navire symbolise cette vulnérabilité : pendant sept mois, le Groenland dépend presque exclusivement du transport aérien, une fragilité que n’ignorent pas les stratèges géopolitiques.

Les 48 prochaines heures : entre satire et diplomatie

La pétition danoise continue d’engranger des signatures au rythme de 4,25 personnes par minute, selon nos calculs basés sur les données d’Europe 1. À ce rythme, l’objectif de 500.000 signatures pourrait être atteint d’ici la fin du mois. Les créateurs du site denmarkification multiplient les provocations humoristiques, suggérant que « Trump pourrait vendre » la Californie, État qu’il n’a jamais porté dans son cœur.

« Soyons honnêtes, Trump n’est pas exactement le plus grand fan de la Californie (…) quant à la volonté des citoyens ? Eh bien, soyons réalistes, quand cela l’a-t-il déjà arrêté ? », ironisent les auteurs de la pétition. Une charge qui fait mouche sur les réseaux sociaux, où le hashtag #DenmarkificationOfCalifornia gagne du terrain.

Pendant ce temps, à Nuuk, la capitale groenlandaise de 500 âmes près du fjord Nuup Kangerlua, la vie reprend son cours hivernal. Les réserves sont stockées, les habitants se préparent à la longue nuit polaire. L’Airbus A330-800 d’Air Greenland assurera les rotations essentielles vers le Danemark, maintenant ce lien vital que même la glace ne peut rompre totalement.

L’impact à 30 jours : élections et souveraineté

Les élections locales du 11 mars 2026 s’annoncent cruciales. La nouvelle loi anti-ingérence adoptée cette semaine témoigne des craintes du Parlement groenlandais face aux pressions extérieures. Avec une projection de 16.728 signatures par saison électorale basée sur le rythme actuel, la pétition danoise pourrait devenir un argument de campagne inattendu.

L’enjeu dépasse largement la satire. Le Groenland se trouve à la croisée des chemins : maintenir son statut de territoire autonome danois, négocier une indépendance complète, ou céder aux sirènes américaines ? Chaque option comporte des implications économiques et stratégiques majeures pour une population de 56.000 habitants confrontée aux réalités du changement climatique.

L’isolement maritime hivernal, loin d’être une simple curiosité folklorique célébrée par des feux d’artifice, rappelle la fragilité logistique d’un territoire convoité par les grandes puissances. Alors que le dernier navire disparaît à l’horizon et que les premières glaces se forment, le Groenland se retrouve seul face à ses choix. La pétition danoise, avec ses 204.000 signatures et son humour mordant, pose finalement une question sérieuse : dans un monde où les frontières semblent négociables au gré des ambitions présidentielles, qui décide vraiment du destin des peuples arctiques ?

Sources

  • Europe 1 (2 décembre 2025)
  • La Dépêche (26 décembre 2024)
  • Actu.fr (7 décembre 2022)
  • Le Dauphiné Libéré (20 août 2019)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.