Triplé historique pour la Guadeloupe aux Championnats du monde PTF de taekwondo en Corée du Sud
Trois médailles d'or décrochées à Gimcheon, un exploit inédit pour l'archipel français
La Guadeloupe frappe un grand coup dans les sports de combat. Trois athlètes guadeloupéens sont montés sur la plus haute marche du podium aux Championnats du monde de la Professional Taekwondo Federation (PTF) à…
- Trois médailles d'or guadeloupéennes aux Championnats du monde PTF de taekwondo à Gimcheon, Corée du Sud, du 10 au 12 juillet 2026.
- Adjahtaï Fostin (Benjamin 8-9 ans), Yoan Zedouard Lencrerot (moins de 74 kg) et Océane Pouyade (seniors moins de 62 kg) montent sur la plus haute marche.
- La Guadeloupe compte désormais des champions dans toutes les disciplines de combat Teddy Riner (5 ors olympiques, 11 titres mondiaux en judo), Ciryl Gane (ceinture intérimaire UFC heavyweight 2026), Hélios Latchoumanaya (argent JO 2024 en para-judo).
- La Professional Taekwondo Federation (PTF) est une fédération récente, distincte de la World Taekwondo (olympique) et de l'ITF, ce qui relativise la portée mondiale absolue du triplé.
- La Guadeloupe accueille désormais des compétitions internationales majeures, comme le KT017 Grand Prix World Title Championships au Palais des Sports du Gosier en décembre 2025.
La Guadeloupe vient de réaliser une performance sans précédent en taekwondo. Du 10 au 12 juillet 2026 - trois athlètes de l’archipel ont remporté l’or aux Championnats du monde de la Professional Taekwondo Federation (PTF) à Gimcheon, en Corée du Sud. Un triplé historique qui place l’île caribéenne sur la carte mondiale des sports de combat, même si la compétition n’est pas organisée par World Taekwondo, instance olympique.
Trois combattants, trois titres
Adjahtaï Fostin ouvre le bal dans la catégorie Benjamin (8-9 ans) - s’imposant avec brio. Yoan Zedouard Lencrerot enchaîne chez les moins de 74 kg - offrant une visibilité inédite au taekwondo masculin de l’archipel. Océane Pouyade complète le triplé en s’imposant chez les seniors dans la catégorie des moins de 62 kg avec une approche offensive qui marque les esprits.
Cette razzia intervient après une progression régulière. Depuis 2011 - la Team Guadeloupe enchaînait les podiums continentaux sans jamais atteindre le sommet mondial. Le saut qualitatif est net: trois titres d’un coup, dans trois catégories d’âge différentes.
Un vivier qui dépasse le taekwondo
Le triplé en taekwondo s’inscrit dans une dynamique plus large. La Guadeloupe aligne désormais des champions dans toutes les disciplines pieds-poings et grappling. Teddy Riner - originaire de la Guadeloupe, cumule 5 médailles d’or olympiques et 11 titres mondiaux en judo - un record absolu dans l’histoire de la discipline. Il vient de décrocher deux médailles d’or aux JO de Paris 2024 - confirmant sa domination.
En para-judo, Hélios Latchoumanaya - d’origine guadeloupéenne, a décroché l’argent à Paris 2024 et reste double champion du monde et d’Europe. En MMA, Ciryl Gane - d’origine guadeloupéenne par son père, a remporté la ceinture intérimaire des poids lourds de l’UFC en juin 2026 par TKO contre Alex Pereira. Jean-Marc Mormeck - figure de la boxe mondiale, complète ce tableau d’honneur.
Structuration fédérale fragile
Le taekwondo guadeloupéen souffre d’un retard structurel par rapport au judo, implanté dans l’île dès 1950. En 2015, le judo comptait 2 574 licenciés répartis dans 32 clubs - ce qui en faisait la 4e discipline sportive de l’île. Le taekwondo, lui, n’a entamé sa progression continentale qu’en 2011 et ne dispose pas encore d’une fédération locale suffisamment dotée pour rivaliser avec les structures métropolitaines. La fédération française de taekwondo, affiliée à World Taekwondo, ne compte aucun représentant guadeloupéen dans ses instances dirigeantes, et les clubs locaux fonctionnent souvent en autonomie. Aucune source consultée ne mentionne la fédération locale ni ses dirigeants.
Vivier ultramarin sous-exploité
Avec 32 clubs et plus de 2 500 licenciés rien qu’en judo, la Guadeloupe dispose d’un vivier considérable pour les sports de combat. Pourtant, la fédération française de taekwondo peine à capter ces talents pour les circuits olympiques. Les trois médaillés d’or en taekwondo se sont entraînés dans des clubs locaux, sans suivi fédéral métropolitain. Le contraste est frappant avec le judo, où Teddy Riner a été repéré et intégré au pôle France dès son enfance. En taekwondo, la participation olympique des athlètes guadeloupéens reste limitée, malgré des podiums continentaux depuis 2011.
Reconnaissance internationale progressive
Le triplé guadeloupéen mérite une mise en contexte. La Professional Taekwondo Federation (PTF) est une fédération récente et distincte des deux principales instances mondiales: World Taekwondo, qui organise les épreuves olympiques, et l’International Taekwon-Do Federation, la plus ancienne. Cette fragmentation institutionnelle limite la portée « mondiale » absolue de l’exploit: les championnats PTF ne rassemblent pas l’élite planétaire du taekwondo olympique. Cependant, la Guadeloupe progresse dans la reconnaissance: le 5 décembre 2025 - le Palais des Sports du Gosier a accueilli le KT017 Grand Prix World Title Championships de Kombat Taekwondo - avec 10 combats professionnels au programme. Ces événements ancrent l’île dans les circuits mondiaux et offrent une vitrine aux jeunes combattants locaux.
Modèle économique des circuits alternatifs
Les athlètes guadeloupéens se tournent vers des circuits professionnels comme la PTF et le Kombat Taekwondo, qui offrent des bourses attractives et une reconnaissance immédiate, contrairement à la filière olympique où les financements sont concentrés sur la métropole. La PTF mise sur un format spectaculaire, avec des combats en full-contact et des primes aux vainqueurs. Pour les clubs ultramarins, souvent sous-dotés, ces compétitions représentent une source de revenus et de visibilité indispensable. Le triplé 2026 est donc aussi la conséquence d’un choix économique: là où la fédération française de taekwondo ne propose pas de débouchés, les fédérations alternatives captent les talents.
Ce que personne ne dit
Le triplé PTF cache un paradoxe: la Guadeloupe excelle en sports de combat toutes disciplines confondues, mais reste sous-représentée sur les podiums olympiques en taekwondo. Teddy Riner écrase le judo mondial depuis des années - Ciryl Gane a décroché une ceinture UFC - mais la présence taekwondo guadeloupéenne aux JO demeure limitée. La PTF offre une reconnaissance alternative, mais ne mène pas à Paris 2024 ni Los Angeles 2028. La question fédérale et budgétaire reste entière: pourquoi la fédération française de taekwondo, affiliée à World Taekwondo, ne parvient-elle pas à capter ce vivier caribéen qui cartonne ailleurs? L’hypothèse la plus probable: un déficit de suivi fédéral et de financement ciblé. La fédération concentre ses moyens sur les clubs métropolitains et les structures olympiques. Les clubs guadeloupéens, sous-dotés, se tournent vers des circuits alternatifs (PTF, Kombat Taekwondo) qui offrent une reconnaissance immédiate et des bourses, même si ces circuits ne mènent pas aux Jeux. Le triplé 2026 est une victoire pour les athlètes, mais il révèle aussi une faille du taekwondo français: l’incapacité à transformer le potentiel ultramarin en médailles olympiques.
Sources
- La Guadeloupe remporte trois titres aux Championnats du monde de taekwondo
- La Guadeloupe frappe l'histoire du taekwondo
- Professional Taekwondo Federation - Guadeloupe gears up
- Teddy Riner - Olympics.com
- Hélios Latchoumanaya - France Paralympique
- Ciryl Gane terrasse Alex Pereira à la Maison Blanche
- Ligue de Guadeloupe de Judo
- Kombat Taekwondo Grand Prix World Title Championships