Guéret : six jeunes Ivoiriens reconnus mineurs par la justice, mais toujours sans hébergement
L'ASE de la Creuse conteste en appel la minorité reconnue par la justice, laissant six jeunes sans solution d'hébergement à Guéret
Six jeunes Ivoiriens arrivés seuls en Creuse ont obtenu une reconnaissance de leur minorité devant la justice. L'Aide sociale à l'enfance (ASE) du département a fait appel. L'association Denim Denim et plusieurs collectifs locaux dénoncent leur situation à la rue.
L’essentiel
- Six jeunes : six Ivoiriens arrivés sans famille en Creuse, reconnus mineurs non accompagnés par la justice, sont contestés en appel par l’ASE départementale.
- Manifestation : une centaine de personnes ont manifesté le 10 juin 2026 devant les locaux de l’ASE à Guéret.
- Denim Denim : l’association, représentée notamment par une bénévole prénommée Claire, demande que le bénéfice du doute profite aux jeunes lors des évaluations de minorité.
- Collectif Enfantiste 23 : Marine Lombard, psychologue et référente du collectif, dénonce la lenteur de la justice dans la prise en charge des mineurs isolés étrangers.
- Département : Valérie Simonet, présidente du conseil départemental depuis 2015, défend les évaluations conduites par ses services et dit agir dans le cadre de la loi.
Six jeunes à la rue, un jugement ignoré en pratique
Six jeunes Ivoiriens se retrouvent sans hébergement stable à Guéret, malgré une décision de justice reconnaissant leur statut de mineurs non accompagnés (MNA). L’Aide sociale à l’enfance (ASE) de la Creuse a fait appel de ce jugement, suspendant de fait toute prise en charge par le département. C’est l’association Denim Denim qui les accompagne au quotidien et alerte l’opinion publique sur leur situation.
Selon ICI Creuse et La Montagne, les six jeunes sont arrivés sans famille sur le territoire creusois. L’ASE a contesté leur minorité après évaluation, mais le tribunal leur a donné raison. L’appel du département les laisse dans un vide administratif et sans toit garanti.
Cent personnes devant l’ASE le 10 juin
Le 10 juin 2026, une centaine de manifestants se sont rassemblés devant les locaux de l’ASE à Guéret, selon La Montagne. Parmi les organisateurs : l’association Denim Denim, le Collectif MNA Creuse et le collectif Faux Solidaire, actifs sur ces questions depuis au moins septembre 2025.
Claire, bénévole de Denim Denim, demande que les évaluations de minorité accordent le bénéfice du doute aux jeunes dont l’âge est incertain. L’association réclame aussi une évolution des pratiques de prise en charge des MNA dans le département.
Le Collectif Enfantiste 23, qui suit les questions de protection de l’enfance avec attention, a participé aux mobilisations récentes à Guéret. Sa référente, Marine Lombard, psychologue spécialisée dans les violences faites aux enfants, a pris la parole publiquement.
« La justice est très très lente » : la voix du Collectif Enfantiste 23
« En Creuse, c’est comme ailleurs. La justice est très très lente », a déclaré Marine Lombard sur ICI Creuse. La psychologue pointe les délais entre les décisions judiciaires et leur application effective, qui laissent les jeunes dans l’incertitude pendant des mois.
Le Collectif Enfantiste 23 et les associations locales s’appuient sur ce cas concret pour demander une révision du protocole d’évaluation de la minorité en Creuse, jugé trop restrictif.
Le département défend ses procédures
Valérie Simonet, présidente du conseil départemental de la Creuse, a répondu aux critiques dans La Montagne : « Nos évaluations ne sont pas bâclées. » Elle assure que l’appel interjeté par l’ASE s’inscrit dans le cadre légal et que ses services appliquent les procédures nationales d’évaluation de la minorité.
Le département ne s’est pas prononcé sur un calendrier de décision en appel, ni sur des mesures d’hébergement provisoire pour les six jeunes dans l’attente du jugement.
Contexte dans la Creuse
La Creuse est un département rural de 115 000 habitants environ, l’un des moins peuplés de France métropolitaine. La question des MNA y est structurelle : selon le rapport d’activité de l’Observatoire départemental de la protection de l’enfance (ODPE), le nombre de MNA évalués a progressé depuis 2016 (6 cas recensés cette année-là) pour atteindre des niveaux nettement supérieurs les années suivantes. La capacité d’accueil a été augmentée, avec notamment des places dans le dispositif Origamie.
Au niveau national, la DREES signale dans son édition 2025 sur l’aide sociale à l’enfance que certains départements ruraux, dont la Creuse, affichent une part de MNA dans l’ASE égale ou supérieure à 4 %, un ratio élevé au regard de la taille du territoire.
Le collectif MNA Creuse et Faux Solidaire organisent des réunions publiques et des actions depuis au moins septembre 2025 pour alerter sur les difficultés d’hébergement et d’accompagnement des jeunes isolés étrangers dans le département. Ce sujet dépasse les seuls débats municipaux : il engage la responsabilité du conseil départemental, gestionnaire de l’ASE.
La suite entre les mains de la cour d’appel
L’issue dépend désormais de la décision de la juridiction d’appel, dont la date n’a pas été communiquée. Les associations maintiennent la pression pour que les six jeunes bénéficient d’un hébergement dans l’attente du jugement définitif.
Sources
- La Montagne : En Creuse, la minorité de six jeunes reconnue par la justice, mais contestée par l'ASE en appel
- ICI Creuse / France Bleu : Des jeunes mis à la rue : une association se bat pour des jeunes étrangers à Guéret
- La Montagne : Statut de mineur non accompagné : « Nos évaluations ne sont pas bâclées » répond la présidente du Département
- DREES : L'aide sociale à l'enfance – Édition 2025

