Guinée-Bissau : le président Umaro Sissoco Embaló arrêté après des tirs

Le chef d'État sortant, qui revendiquait 65% des voix, a été interpellé mercredi à la mi-journée au palais présidentiel

Guinée-Bissau : le président Umaro Sissoco Embaló arrêté après des tirs
Palais présidentiel de Bissau avec présence militaire lors de la crise politique Pierre Monteil / INFO.FR

À 12 heures précises ce mercredi 26 novembre 2025, le président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló a été arrêté dans son bureau du palais présidentiel à Bissau, trois jours après l'élection présidentielle dont il revendiquait la victoire. Des tirs nourris ont retenti dans la capitale tandis que des militaires prenaient position sur les artères principales, plongeant le pays dans une nouvelle crise politique alors que les résultats officiels du scrutin n'ont toujours pas été publiés.

L'essentiel

  • Le président Umaro Sissoco Embaló a été arrêté le 26 novembre 2025 à 12h00 dans son bureau du palais présidentiel de Bissau par des militaires
  • Le chef d'État revendiquait 65% des voix selon son décompte personnel, trois jours après l'élection présidentielle du 23 novembre dont les résultats officiels n'ont pas été publiés
  • Le général Biague Na Ntan (chef d'état-major général), le général Mamadou Touré (vice-chef) et le ministre de l'Intérieur Botché Candé ont été arrêtés simultanément
  • Fernando Dias da Costa, candidat indépendant de 47 ans soutenu par l'opposition, conteste également les résultats et revendique la victoire
  • La Guinée-Bissau connaît sa troisième crise militaire majeure depuis février 2022, quand une tentative de coup d'État avait fait au moins 11 morts

La Guinée-Bissau bascule à nouveau dans l’incertitude. Selon Jeune Afrique, le président Umaro Sissoco Embaló a confirmé lui-même son arrestation survenue mercredi 26 novembre vers midi, alors qu’il se trouvait dans son bureau présidentiel. Cette interpellation intervient dans un contexte explosif : trois jours après le scrutin du 23 novembre, aucun résultat officiel n’a été rendu public, tandis que le camp du président sortant et celui de son adversaire Fernando Dias da Costa revendiquent chacun la victoire.

Une arrestation orchestrée par l’armée de terre

D’après les informations recueillies par Jeune Afrique, l’opération aurait été dirigée par le chef d’état-major de l’armée de terre. Le président Embaló n’a pas été seul visé : le général Biague Na Ntan, chef d’état-major général des armées, son adjoint le général Mamadou Touré, ainsi que le ministre de l’Intérieur Botché Candé ont également été arrêtés simultanément. Le chef d’État sortant a toutefois affirmé qu’aucune violence physique n’avait été exercée à son encontre lors de ce qu’il qualifie de « coup d’État ».

Les témoignages concordent sur la brutalité de la scène. Selon 7info, des passants ont été vus fuyant en débandade dans le périmètre du palais présidentiel en milieu de journée, cherchant à se mettre à l’abri alors que des détonations résonnaient dans cette partie de la capitale. Des hommes en tenues militaires ont pris possession de la principale artère menant vers le palais, établissant un dispositif de contrôle autour des institutions.

Un scrutin contesté aux résultats fantômes

L’élection présidentielle du 23 novembre dernier s’était pourtant déroulée dans le calme apparent. Mais l’absence de publication des résultats officiels, initialement prévue pour ce jeudi 27 novembre, a créé un vide propice aux tensions. Le camp d’Umaro Sissoco Embaló n’a pas attendu la proclamation officielle pour revendiquer la victoire, affirmant selon Jeune Afrique avoir remporté le scrutin avec 65% des suffrages selon son propre décompte des voix.

Face à lui, Fernando Dias da Costa, candidat indépendant de 47 ans, conteste ces chiffres et revendique également la victoire. Selon 7info, ce candidat outsider bénéficie du soutien crucial du Parti du renouveau social (PRS) de l’ancien président Kumba Yalla, ainsi que de l’appui déterminant du chef de l’opposition Domingos Simões Pereira. Ce dernier, figure historique du puissant Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), avait été empêché par la justice de se présenter lui-même à l’élection.

Un pays habitué aux soubresauts militaires

Cette nouvelle crise s’inscrit dans une longue tradition d’instabilité. Depuis son indépendance du Portugal en 1974, la Guinée-Bissau a connu une kyrielle de coups de force et de tentatives de renversement. Le président Embaló lui-même avait déjà échappé à une tentative de coup d’État en février 2022, au cours de laquelle au moins 11 personnes avaient été tuées selon les autorités, lorsque des soldats avaient tenté de le renverser.

Plus récemment, en décembre 2023, des tensions similaires avaient éclaté lorsque des soldats de la garde nationale avaient libéré par la force le ministre de l’Économie et le secrétaire d’État au Trésor, interrogés par la police sur un retrait controversé de dix millions de dollars des caisses de l’État. Des échanges de tirs nourris avaient alors opposé différentes unités militaires dans les rues de Bissau.

« C’était la débandade en milieu de journée ce mercredi dans le périmètre du palais présidentiel en Guinée-Bissau », rapporte 7info.

Une communauté internationale en alerte

Ce nouveau coup de force intervient dans un contexte régional déjà fragilisé par une série de putschs militaires en Afrique de l’Ouest. Le Mali, le Burkina Faso, la Guinée, le Niger et plus récemment le Gabon ont tous connu des renversements de pouvoir ces dernières années. La Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) maintient d’ailleurs une Force d’appui pour la stabilisation en Guinée-Bissau, dont les éléments ont été vus en patrouille dans Bissau lors de précédentes crises.

Le petit pays lusophone de moins de deux millions d’habitants, réputé pour être une plaque tournante du trafic de drogue entre l’Amérique latine et l’Europe, peine à trouver la stabilité politique nécessaire à son développement. Ses institutions fragiles et ses forces armées divisées alimentent un cycle récurrent de tensions et de coups de force qui hypothèque tout espoir de consolidation démocratique.

L’attente angoissée des résultats officiels

Alors que la population bissau-guinéenne vit dans l’angoisse depuis dimanche, la commission électorale n’a toujours pas publié les résultats officiels du scrutin. Cette absence de transparence alimente toutes les spéculations et offre un terreau fertile aux manipulations. Les tirs entendus ce mercredi près du palais présidentiel mais aussi, selon plusieurs sources, à proximité des locaux de la commission électorale, laissent craindre une volonté de pression sur l’institution chargée de proclamer le vainqueur.

La question demeure désormais : qui contrôle réellement le pouvoir à Bissau ? L’arrestation du président sortant, de son chef d’état-major et de son ministre de l’Intérieur suggère un basculement majeur du rapport de force. Mais dans un pays où les allégeances militaires sont volatiles et les loyautés incertaines, rien ne garantit que la situation soit stabilisée. La Guinée-Bissau entre une nouvelle fois dans une zone de turbulences dont l’issue reste imprévisible, au risque de voir s’éloigner encore davantage les perspectives de paix et de développement dont sa population a tant besoin.

Sources

  • Jeune Afrique (26 novembre 2025)
  • 7info (26 novembre 2025)
  • BBC Afrique (7 février 2022)
  • Africanews (1er décembre 2023)
Marie Delacroix

Marie Delacroix

Journaliste spécialisée dans les questions environnementales et scientifiques. Formation en journalisme scientifique et développement durable. Expertise reconnue sur les enjeux climatiques, la transition énergétique et la biodiversité. Couvre également l'innovation technologique et la recherche. Membre fondateur d'INFO.FR, elle apporte un éclairage expert sur les défis écologiques contemporains.