Guyane : après le braquage d’un infirmier, la police forme 14 soignants à Cayenne
Face à la recrudescence des violences contre le personnel médical, une première session pratique « Faire face à une agression » s’est tenue le 27 juin 2026 au centre de formation de la police nationale à Cayenne.
Quatorze professionnels de santé ont participé le 27 juin à la première formation pratique anti-agression organisée par l’ARS, la police nationale et l’association Prévention sécurité santé. Cette initiative concrétise les engagements pris après une vague d’agressions en 2024-2025.
L’essentiel
- Fait 1 : 14 professionnels de santé ont suivi la première session de formation « Faire face à une agression » le 27 juin 2026 à Cayenne.
- Fait 2 : Cette formation fait suite au braquage d’un infirmier libéral à Matoury et au viol d’une infirmière à Maripasoula en mars 2025.
- Fait 3 : Les autorités ont déployé le boîtier d’alerte géolocalisé « Police Connected » pour les soignants libéraux.
- Fait 4 : Une pharmacienne, Hélène Tarcy-Cétout, avait été assassinée à Saint-Laurent-du-Maroni en avril 2024.
- Fait 5 : En novembre 2025, un gynécologue libéral a été agressé dans son cabinet à Cayenne.
Une première session au centre de formation de la police
Le 27 juin 2026, quatorze professionnels de santé - médecins, infirmiers, pharmaciens - ont participé à la première session de formation pratique « Faire face à une agression ». Elle s’est déroulée au Service territorial du recrutement et de la formation de la police nationale à Cayenne, en présence de formateurs de la police nationale et de l’Association prévention sécurité santé (APSS).
« L’objectif est de donner aux soignants les bons réflexes face à une situation violente, que ce soit verbalement ou physiquement », indique l’ARS Guyane, qui a co-organisé cette journée avec la préfecture. Selon l’ARS, d’autres sessions sont déjà programmées pour les mois à venir, sans que les dates exactes n’aient encore été communiquées.
Les agressions de 2025 à l’origine du dispositif
Cette formation concrétise les engagements pris par les autorités après une série de violences graves. En mars 2025, un infirmier libéral a été braqué alors qu’il effectuait une visite à domicile à Cayenne. Quelques jours plus tard, une infirmière libérale a été victime d’un viol à Maripasoula. Ces deux affaires avaient déclenché des manifestations massives de soignants devant la préfecture, exigeant des mesures de protection immédiates.
L’ARS Guyane avait alors annoncé quatre mesures : le financement d’équipements de protection individuelle, la mise à disposition de boîtiers d’alerte géolocalisés, le renforcement des patrouilles de police aux heures de sortie des cabinets, et la création d’une formation spécifique. « Le braquage de l’infirmier a été l’élément déclencheur, mais la colère couvait depuis plusieurs années », rappelle une source syndicale locale.
Le boîtier « Police Connected » déployé
Parmi les mesures concrètes, le dispositif d’alerte « Police Connected » est désormais opérationnel. Ce boîtier, financé par l’ARS, permet aux médecins et infirmiers libéraux de Cayenne de déclencher une alerte géolocalisée directement reliée au centre de commandement de la police nationale. « Le temps de réaction est réduit de plusieurs minutes », assure la préfecture.
En parallèle, des équipements de protection (porte blindée, vidéoprotection, système d’ouverture à distance) sont subventionnés pour les professionnels exerçant dans les secteurs jugés les plus sensibles. Selon l’ARS, près de 80 dossiers d’aide ont déjà été déposés depuis le printemps 2025.
Contexte dans le département de la Guyane
La Guyane, département de 300 000 habitants, connaît une pression sécuritaire particulière sur le secteur de la santé. Le taux d’agressions contre les soignants y est estimé trois fois supérieur à la moyenne nationale, selon une enquête de l’Ordre des médecins publiée en 2025. L’isolement géographique de certaines communes (Maripasoula, Saint-Laurent-du-Maroni, Camopi) rend les interventions d’urgence complexes.
En avril 2024, le meurtre de la pharmacienne Hélène Tarcy-Cétout à Saint-Laurent-du-Maroni - poignardée dans son officine - avait provoqué une onde de choc dans toute la profession. En novembre 2025, un gynécologue libéral avait été agressé dans son cabinet à Cayenne, entraînant une nouvelle mobilisation devant la préfecture. Ces événements ont poussé les autorités à accélérer le déploiement des mesures de sécurité, alors que les soignants libéraux représentaient jusqu’alors une population peu protégée.
Dans l’Hexagone, la question de la sécurité des soignants est également prégnante. À Villeurbanne, la colère des riverains face aux points de deal illustre la difficulté à garantir la tranquillité dans l’espace public. Par ailleurs, les incendies dans les Pyrénées-Orientales ont montré l’importance de la gestion des foules et de la sécurité lors de grands événements, un enjeu qui rejoint celui de la protection des professionnels exposés.
Un début de réponse, mais les syndicats attendent plus
Si les participants à la première session de formation saluent l’initiative, les syndicats de soignants libéraux jugent les mesures encore insuffisantes. « Il faut généraliser ces formations à l’ensemble du territoire guyanais, pas seulement à Cayenne », réclame un représentant de la CSMF Guyane. L’ARS promet d’étendre le dispositif aux communes de l’intérieur d’ici la fin de l’année 2026.
La prochaine étape : le déploiement du boîtier d’alerte dans les secteurs de Saint-Laurent-du-Maroni et de Maripasoula, où les distances et l’absence de couverture téléphonique posent des défis techniques. Une nouvelle session de formation est prévue en septembre, toujours au centre de la police nationale de Cayenne.