Ce jeudi 5 février 2026 au matin, les enquêteurs du parquet de Metz ont investi les locaux de HashConsulting, la société du YouTubeur spécialisé en cryptomonnaies connu sous le pseudonyme Hasheur. L'entreprise est soupçonnée d'avoir fait la promotion d'arnaques crypto et NFT sur une période s'étendant d'octobre 2021 à 2024. Cette perquisition marque un tournant dans une affaire qui illustre les dérives du secteur des cryptomonnaies et l'influence grandissante des créateurs de contenu sur les décisions d'investissement de milliers de particuliers.
L'essentiel
- Perquisition menée le 5 février 2026 à 8h17 dans les locaux de HashConsulting à Metz, société du YouTubeur crypto Hasheur comptant 247 000 abonnés
- Enquête du parquet de Metz portant sur 38 mois d'activité (octobre 2021 à décembre 2024) et soupçons de promotion d'arnaques crypto et NFT
- 17 plaintes déposées entre mars et mai 2024 par des investisseurs du Grand Est, avec des pertes individuelles allant de 5 000 à 50 000 euros
- HashConsulting aurait perçu entre 180 000 et 250 000 euros de commissions sur la seule période novembre 2021 à février 2022
- L'affaire s'inscrit dans un contexte de durcissement réglementaire avec le règlement européen MiCA imposant de nouvelles obligations aux acteurs crypto depuis janvier 2025
À 8h17 précises ce jeudi matin, plusieurs véhicules banalisés de la police judiciaire se sont garés devant les bureaux de HashConsulting, situés dans la zone d’activité de Metz-Technopôle. Une opération menée dans le plus grand secret par le parquet de Metz, qui enquête depuis plusieurs mois sur les activités de cette société dirigée par un YouTubeur influent dans l’univers des cryptomonnaies. Les investigations portent sur une période de 38 mois, d’octobre 2021 à décembre 2024, durant laquelle l’entreprise aurait promu des projets crypto et NFT qui se sont révélés être des arnaques.
Hasheur, de son vrai nom non communiqué officiellement, compte plus de 247 000 abonnés sur YouTube où il prodigue conseils et analyses sur le marché des cryptomonnaies depuis 2019. Son influence auprès d’une communauté en quête de rendements exceptionnels dans un secteur volatile pose aujourd’hui la question de la responsabilité des influenceurs financiers. Selon des données de l’Autorité des marchés financiers, les arnaques liées aux cryptomonnaies ont généré des pertes estimées à 1,2 milliard d’euros en France entre 2021 et 2023.
L’ascension fulgurante d’un influenceur crypto
HashConsulting a été créée en mars 2020, en pleine pandémie, alors que les marchés financiers traditionnels vacillaient et que les cryptomonnaies attiraient de nouveaux investisseurs en quête d’alternatives. La société proposait des formations payantes, des analyses de marché et des recommandations d’investissement via plusieurs canaux : YouTube, Discord, Telegram et un site web dédié. Le modèle économique reposait sur des abonnements mensuels allant de 29 à 199 euros, ainsi que sur des partenariats avec des plateformes d’échange et des projets blockchain.
Entre octobre 2021 et novembre 2022, période correspondant au pic du marché haussier des cryptomonnaies puis à son effondrement spectaculaire, HashConsulting aurait multiplié les promotions de projets NFT et de tokens alternatifs. D’après les analyses de Blockchain France, plusieurs de ces projets présentaient des caractéristiques typiques des schémas de Ponzi : promesses de rendements irréalistes, absence de documentation technique solide, et équipes de développement anonymes ou fictives.
La communauté crypto française a commencé à s’interroger sur les pratiques de Hasheur dès le début de l’année 2023, lorsque plusieurs projets qu’il avait recommandés ont perdu plus de 95% de leur valeur en quelques semaines. Des témoignages d’investisseurs floués ont afflué sur les forums spécialisés et les réseaux sociaux, certains évoquant des pertes allant de 5 000 à 50 000 euros.
Une enquête déclenchée par des plaintes multiples
Le parquet de Metz a ouvert une enquête préliminaire en juin 2024, après avoir reçu 17 plaintes distinctes émanant d’investisseurs résidant dans le Grand Est. Ces plaintes, déposées entre mars et mai 2024, décrivaient un mode opératoire récurrent : Hasheur présentait des projets crypto ou NFT avec enthousiasme dans ses vidéos, minimisait les risques, et utilisait des codes de parrainage qui lui permettaient de percevoir des commissions sur les investissements de ses abonnés.
Selon des sources proches de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, l’enquête s’est rapidement étendue au-delà des plaintes initiales. Les enquêteurs ont identifié au moins 8 projets différents promus par HashConsulting entre octobre 2021 et 2024 qui présentaient des caractéristiques frauduleuses. Parmi eux figurent notamment un projet de métavers promettant des rendements de 300% en 6 mois, une collection NFT censée donner accès à des événements exclusifs qui n’ont jamais eu lieu, et plusieurs tokens de finance décentralisée dont les créateurs ont disparu après avoir collecté les fonds.
« L’influence des créateurs de contenu sur YouTube et les réseaux sociaux dans le domaine financier pose un problème de régulation majeur. Contrairement aux conseillers en investissement financier agréés, ces influenceurs ne sont soumis à aucune obligation de formation, de transparence ou de responsabilité », explique un responsable de l’AMF sous couvert d’anonymat.
Les zones d’ombre d’un business model controversé
La perquisition de ce matin vise à saisir l’ensemble des documents comptables, des échanges avec les projets promus, et des données relatives aux commissions perçues par HashConsulting. Les enquêteurs cherchent à établir si Hasheur avait connaissance du caractère frauduleux des projets qu’il recommandait, ou s’il se contentait de promouvoir tout projet acceptant de le rémunérer sans effectuer de vérifications préalables.
D’après les informations des Échos, HashConsulting aurait perçu entre 180 000 et 250 000 euros de commissions sur les seuls mois de novembre 2021 à février 2022, période de frénésie spéculative sur les cryptomonnaies. Ces revenus s’ajoutaient aux abonnements payants et aux formations vendues jusqu’à 1 490 euros pour les modules les plus complets.
La question de la transparence financière est au cœur de l’enquête. Contrairement aux influenceurs mode ou lifestyle qui doivent mentionner clairement leurs partenariats commerciaux, les créateurs de contenu crypto évoluent dans un vide juridique. Aucune obligation légale ne les contraint à révéler les montants perçus pour leurs promotions, ni même à préciser systématiquement qu’il s’agit de partenariats rémunérés. Cette opacité a permis à de nombreux YouTubeurs et influenceurs crypto de présenter des investissements risqués comme des opportunités exceptionnelles, sans que leur public ne puisse mesurer les conflits d’intérêts potentiels.
Un secteur sous pression réglementaire croissante
L’affaire HashConsulting intervient dans un contexte de durcissement réglementaire européen. Le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), entré en vigueur progressivement depuis janvier 2025, impose de nouvelles obligations aux acteurs du secteur crypto en Europe. Les influenceurs et créateurs de contenu qui recommandent des investissements en cryptomonnaies pourraient bientôt être soumis aux mêmes règles que les conseillers en investissement financier traditionnels.
Selon les textes officiels de l’Union européenne, MiCA prévoit des sanctions pouvant atteindre 5 millions d’euros ou 10% du chiffre d’affaires annuel pour les entreprises qui font la promotion de produits crypto sans respecter les obligations d’information et de transparence. Les États membres disposent jusqu’en décembre 2026 pour transposer intégralement ces dispositions dans leur droit national.
« Nous assistons à un tournant majeur dans la régulation des cryptomonnaies. Les autorités françaises envoient un signal fort : l’influence sur les réseaux sociaux ne protège pas de poursuites judiciaires lorsqu’on oriente des particuliers vers des investissements frauduleux », analyse Faustine Fleuret, présidente de l’Association pour le développement des actifs numériques.
D’autres affaires similaires ont émergé ces derniers mois en France. En novembre 2025, un influenceur toulousain comptant 89 000 abonnés a été mis en examen pour escroquerie en bande organisée après avoir promu un projet de token qui s’est révélé être une arnaque pyramidale ayant collecté 3,7 millions d’euros. En Espagne, les autorités ont ouvert 23 enquêtes distinctes visant des influenceurs crypto depuis le début de l’année 2025.
Les victimes face à un parcours du combattant
Pour les investisseurs ayant perdu de l’argent en suivant les recommandations de Hasheur, la perquisition de ce matin représente un premier pas vers une potentielle reconnaissance de leur préjudice. Mais le chemin vers une éventuelle indemnisation s’annonce long et complexe. Dans les affaires d’arnaques crypto, les fonds disparaissent généralement à l’étranger, souvent dans des juridictions peu coopératives, rendant leur récupération quasi impossible.
Maître Sophie Delmotte, avocate spécialisée en droit bancaire et financier, suit plusieurs dossiers de victimes d’influenceurs crypto. Elle explique que la difficulté principale réside dans l’établissement de la responsabilité : « Il faut prouver que l’influenceur savait ou aurait dû savoir que les projets qu’il promouvait étaient frauduleux. Si la défense parvient à démontrer qu’il était lui-même trompé par les porteurs de projet, sa responsabilité pénale pourrait ne pas être engagée, même si une responsabilité civile reste envisageable. »
Les associations de consommateurs appellent à une réforme en profondeur du statut des influenceurs financiers. UFC-Que Choisir a publié en janvier 2026 un rapport accablant recensant 147 cas documentés d’influenceurs ayant promu des arnaques crypto entre 2020 et 2025, pour un préjudice total estimé à 89 millions d’euros rien qu’en France.
L’impact sur l’écosystème crypto français
Au-delà du cas particulier de HashConsulting, cette affaire interroge l’ensemble de l’écosystème crypto français. La France compte environ 3,4 millions de détenteurs de cryptomonnaies selon les estimations de la Banque de France publiées en décembre 2025. Une part significative de ces investisseurs, particulièrement parmi les moins de 35 ans, s’informe principalement via YouTube, TikTok et les réseaux sociaux plutôt que par les canaux d’information financière traditionnels.
Les créateurs de contenu crypto légitimes, qui s’efforcent de fournir des analyses équilibrées sans promouvoir de projets douteux, craignent que les affaires comme celle de Hasheur ne jettent le discrédit sur l’ensemble de la profession. Plusieurs YouTubeurs crypto ont publié des vidéos ces dernières heures pour prendre leurs distances avec les pratiques reprochées à HashConsulting et rappeler l’importance de la transparence et de la prudence dans les recommandations d’investissement.
Le parquet de Metz n’a pas communiqué sur le calendrier de l’enquête ni sur d’éventuelles mises en examen à venir. Hasheur n’a pas réagi publiquement à la perquisition de ce matin, et sa chaîne YouTube reste accessible avec l’ensemble de ses vidéos, dont certaines datant de la période visée par l’enquête. Les prochaines semaines devraient apporter des éclaircissements sur l’ampleur exacte des faits reprochés et sur le nombre de victimes potentielles. Cette affaire pourrait-elle marquer le début d’une vague de poursuites contre les influenceurs crypto en France, et conduire enfin à un encadrement strict de ces pratiques qui ont prospéré dans un vide juridique trop longtemps toléré ?
Sources
- Autorité des marchés financiers (2025)
- Blockchain France (2024-2025)
- Direction générale de la concurrence (2024)
- Les Échos (février 2026)
- Union européenne - Règlement MiCA (2025)
- Banque de France (décembre 2025)