Hôpital de Digne : les soignants veulent être reçus par la préfète
Après mois de mobilisation, le personnel hospitalier réclame une audience préfectorale pour sortir d'une crise qui dure.
Les agents du centre hospitalier de Digne-les-Bains multiplient les actions pour obtenir une rencontre avec la préfète des Alpes-de-Haute-Provence. Derrière la demande d'audience : un plan d'efficience contesté, 29 postes menacés et des urgences fermées la nuit.
Depuis plusieurs mois, le centre hospitalier de Digne-les-Bains est au cœur d’un bras de fer entre soignants et tutelles. La CGT-Santé a lancé un appel à la grève générale dès le 12 décembre 2025, dénonçant un plan de l’ARS PACA qui prévoyait la suppression de 29 postes - dont une vingtaine de soignants - dans un établissement qui emploie 900 personnes, selon Haute Provence Info. Ce jour-là, 300 soignants et soutiens se sont rassemblés devant l’hôpital. Une nouvelle mobilisation a suivi le 18 décembre 2025, obtenant la suspension temporaire des suppressions, rapporte Le Dauphiné Libéré.
Un plan reporté, mais pas abandonné
Le « plan d’efficience » imposé par l’ARS PACA a été repoussé jusqu’à la fin du premier trimestre 2026, sous la pression des mobilisations. Mais les soignants restent sans visibilité sur leur avenir, note La Provence. La CGT exprime également des inquiétudes sur la fermeture annoncée du service de pneumologie et une réorganisation du personnel, selon Le Dauphiné Libéré du 26 mars 2026. L’ANAP doit accompagner l’établissement pour élaborer un « plan partagé », mais les contours de cet accompagnement n’ont pas été précisés publiquement à ce stade.
La situation financière aggrave la pression : l’hôpital accumule un déficit cumulé de près de 40 millions d’euros, avec des dettes fournisseurs qui s’empilent, selon des éléments relayés par BFM DICI. Ce cas n’est pas isolé - le déficit des établissements publics de santé en France a atteint -2,9 milliards d’euros en 2024, un niveau inédit, selon un rapport conjoint de l’IGAS et de l’IGF publié en décembre 2025.
Des urgences fermées la nuit, 7 000 signatures
Au-delà des postes, c’est l’accès aux soins qui inquiète les habitants du département. Les urgences de Digne-les-Bains, comme celles de Manosque et Sisteron, ferment régulièrement à partir de 18h30, obligeant les patients à parcourir des kilomètres vers d’autres établissements. Plus de 7 000 personnes ont signé une pétition demandant une ouverture 24h/24 et 7j/7, selon La Marseillaise. Dans un département rural à faible densité médicale, chaque fermeture nocturne représente un risque concret.
« La mobilisation des soignants a permis de suspendre la suppression de 29 postes, avec des conséquences directes pour les usagers », indique un communiqué de la CGT, repris par L’Humanité. Le syndicat pousse désormais pour que la préfète des Alpes-de-Haute-Provence reçoive une délégation afin de peser sur les décisions de l’ARS PACA.
Un contexte structurel pesant
La situation de Digne s’inscrit dans une trajectoire de long terme. Depuis les années 2010, les plans d’efficience successifs ont conduit à une hausse de +9,6 % de l’activité dans les centres hospitaliers régionaux entre 2013 et 2019, sans augmentation des effectifs, selon le même rapport IGAS-IGF. La productivité a augmenté, les déficits aussi.
Prochaine étape : des études pour l’hôpital de Manosque doivent démarrer en juin 2026 dans le cadre des concertations avec l’ARS. Un débat citoyen sur la santé dans les Alpes-de-Haute-Provence s’est tenu le 14 janvier 2026 à Manosque, selon La Provence. Aucune date d’audience avec la préfète n’a été annoncée à ce jour.
Sources
- La Provence : Plan d'efficience : les soignants de l'hôpital de Digne-les-Bains toujours sans visibilité sur leur avenir
- L'Humanité : À l'hôpital de Digne-les-Bains, la mobilisation des soignants suspend la suppression de 29 postes
- La Marseillaise : La fermeture nocturne des urgences inquiète dans les Alpes-de-Haute-Provence
- IGAS / IGF : Situation financière des hôpitaux publics – Renforcer l'efficience par une intégration territoriale