Hyères : le propriétaire du port « illégal » de l’Ayguade affirme avoir payé 225 000 € à la mairie
Démantelé le 10 mars 2026, le port privé de l'Ayguade fait l'objet d'une enquête pour blanchiment son propriétaire conteste et invoque trente ans de taxes versées à la ville.
Le 10 mars 2026, la gendarmerie maritime a démantelé un port privé illégal à l'Ayguade, à Hyères. Environ 200 emplacements loués, des saisies de 3 millions d'euros, une enquête pour blanchiment en bande organisée. Mais le propriétaire, désigné sous le prénom « Antoine », réfute l'illégalité et affirme avoir versé quelque 225 000 € de taxe de dragage à la municipalité depuis 1990.
L’essentiel
- 10 mars 2026 : opération de la brigade de surveillance de la gendarmerie maritime de Toulon (avec DDTM, URSSAF, Office français de la biodiversité) sur le canal du Roubaud à l’Ayguade, Hyères.
- ~200 emplacements loués environ 1 800 €/an pour un chiffre d’affaires estimé à 400 000 €/an, selon Nice-Matin et RTL.
- ~3 millions € saisis sur comptes bancaires, 6 véhicules immobilisés ; enquête ouverte pour blanchiment en bande organisée, travail dissimulé et infractions urbanisme/environnement.
- 225 000 € de taxe de dragage versés à la mairie d’Hyères depuis 1990, selon le propriétaire « Antoine » cité par Nice-Matin.
- 56 membres dans le collectif d’usagers créé après le démantèlement pour s’informer sur la suite.
Une opération multi-services sur le canal du Roubaud
Le 10 mars 2026 au matin, la brigade de surveillance de la gendarmerie maritime de Toulon intervient à l’Ayguade, quartier balnéaire de Hyères. Aux côtés des militaires : la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), l’URSSAF et l’Office français de la biodiversité (OFB). L’objectif est un port privé installé sur des parcelles agricoles classées en zone inondable (PPRI/PLU), dans la continuité directe du port officiel de l’Ayguade.
Selon Nice-Matin, le site compterait environ 200 emplacements loués à des plaisanciers, à raison de 1 800 € par an l’unité. Le chiffre d’affaires annuel est estimé à 400 000 €. L’activité remonterait à 1982, soit plus de 36 ans d’existence, selon RTL.
Plusieurs personnes sont placées en garde à vue : « Antoine » et son frère, propriétaires d’une parcelle héritée, un salarié, ainsi que le propriétaire d’une autre parcelle. Les enquêteurs saisissent environ 3 millions d’euros sur des comptes bancaires et immobilisent 6 véhicules. L’enquête porte sur le blanchiment en bande organisée, le travail dissimulé et des infractions au droit de l’urbanisme et de l’environnement, notamment le creusage de terrain et l’introduction d’eau salée sur des terres agricoles.
« On a été traités comme des trafiquants » : la version du propriétaire
Quelques jours après l’opération, « Antoine » (prénom modifié) prend la parole dans Nice-Matin. Il conteste le qualificatif d’illégal et avance plusieurs arguments.
Il affirme d’abord avoir versé environ 225 000 € de taxe de dragage à la municipalité d’Hyères depuis 1990, « en toute transparence », selon ses propos rapportés par le journal. Selon lui, la mairie percevait donc des recettes directement liées à l’activité du port.
Il évoque ensuite une tentative de régularisation. Vers 2020, une convention aurait été négociée avec la ville d’Hyères, mais les discussions auraient échoué. Une procédure administrative engagée par les propriétaires aurait été gagnée en première instance puis en appel. Aucun arrêté d’illégalité n’aurait été prononcé à ce jour, toujours selon Antoine, cité par Nice-Matin.
Autre point soulevé : l’opération du 10 mars 2026 coïncidait avec une opération contre la « DZ Mafia » dans le département. « On a été traités comme des trafiquants de la DZ Mafia », déclare-t-il. Une coïncidence de calendrier que les enquêteurs n’ont pas commentée publiquement à ce stade.
La mairie savait-elle ? Les usagers en colère
La question de la connaissance des autorités locales est au cœur de la controverse. Évelyne Curnillon, présidente de l’association nautique de l’Ayguade, affirme selon Nice-Matin que la mairie était au courant et aurait perçu environ 35 000 € par an de taxe d’amarrage pendant plus de vingt ans. Ce chiffre est rapporté par une source unique et n’a pas été confirmé de façon indépendante.
Le PV du conseil municipal d’Hyères du 20 novembre 2020, consultable sur le site de la mairie, montre que le maire Jean-Pierre Giran avait évoqué l’échec de la convention lors de ce conseil et du conseil portuaire suivant. Aucune référence à une illégalité n’y figure, selon Nice-Matin.
Du côté des plaisanciers, la stupeur domine. Un contexte de pression sur les capacités portuaires dans le Var n’est pas étranger à la situation : le port officiel de l’Ayguade manque de places, et l’installation privée pallierait ce déficit depuis des décennies selon les usagers. Ces derniers ont constitué un collectif de l’Ayguade, fort de 56 membres, pour suivre l’évolution du dossier. Selon les enquêteurs cités par Nice-Matin, les locataires n’auraient pas été informés du caractère illégal du site.
Contexte dans le Var
Hyères est la deuxième commune du Var par la superficie (13 238 hectares) et compte environ 55 858 habitants selon l’INSEE (données 2023). La ville gère plusieurs ports : Port Saint-Pierre, l’Ayguade, et d’autres infrastructures nautiques liées à son littoral étendu.
L’affaire s’inscrit dans un département où la pression sur le foncier littorale et les conflits d’usage entre agriculture, urbanisme et activités nautiques sont récurrents. Les autorités varoise multiplient les opérations de rappel à la réglementation dans l’espace public. À l’échelle nationale, les ports et mouillages informels font régulièrement l’objet de procédures, mais des saisies de 3 millions d’euros restent rares dans ce cadre.
À titre de comparaison, d’autres affaires impliquant des élus locaux et des irrégularités foncières ont émergé en 2026 dans des communes du littoral méditerranéen, signe d’une vigilance accrue des services de l’État sur ces territoires.
Remise en état demandée, enquête en cours
À ce stade, la remise en état du site est demandée par les autorités. L’enquête judiciaire suit son cours, sans que la date d’une éventuelle mise en examen ait été communiquée. La position officielle de la mairie d’Hyères sur les accusations portées par le propriétaire - notamment sur les taxes perçues - n’a pas été rendue publique.
Les 200 plaisanciers concernés attendent de savoir si leurs emplacements seront maintenus ou supprimés dans l’attente du dénouement judiciaire.
Sources
- Nice-Matin : Un port illégal démantelé par les gendarmes à l'Ayguade à Hyères
- Nice-Matin : « On a été traités comme des trafiquants de la DZ Mafia » : le propriétaire du port illégal de l'Ayguade crie à l'injustice
- Nice-Matin : Les usagers du port illégal à Hyères entre stupeur et inquiétude
- RTL : À Hyères, une marina illégale générait 400 000 euros par an avec 200 embarcations