Canicule : l’enfouissement de cadavres d’animaux autorisé en Ille-et-Vilaine
Après une surmortalité de 30 % dans les élevages bretons, le préfet a autorisé temporairement l'enfouissement des cadavres pour désengorger l'équarrissage.
La canicule du 18 au 28 juin 2026 a provoqué une surmortalité de 30 % dans les élevages bretons. Face à la saturation de l'équarrisseur SecAnim, le préfet de Bretagne a autorisé l'enfouissement dérogatoire des cadavres, sous contrôle strict des services de l'État.
L’essentiel
- L’arrêté : le préfet de Bretagne a autorisé le 25 juin 2026 l’enfouissement exceptionnel des cadavres d’animaux d’élevage.
- La cause : une canicule du 18 au 28 juin 2026 a entraîné une surmortalité massive dans les élevages bretons.
- Le bilan : 2,5 à 3 millions de volailles sont mortes dans le Grand Ouest, soit plus de 6 000 tonnes de cadavres en Bretagne, selon Breizh-info.
- L’encadrement : chaque demande d’enfouissement devait être validée par un hydrogéologue et instruite par la DDPP et la DRAAF.
- La fin de la dérogation : le guichet a fermé le 2 juillet pour les volailles et porcs, le 3 juillet pour les bovins.
Une canicule qui a débordé les élevages
Entre le 18 et le 28 juin 2026, la Bretagne a traversé un épisode de chaleur inhabituel pour la région. Dans les bâtiments d’élevage, mal préparés à ce type de température, la mortalité animale a grimpé. Selon GDS Bretagne, la surmortalité a atteint environ 30 % dans de nombreux élevages, toutes filières confondues.
Les volailles ont payé le plus lourd tribut. D’après Breizh-info, entre 2,5 et 3 millions de volatiles sont morts dans le Grand Ouest durant cet épisode, ce qui représente plus de 6 000 tonnes de cadavres pour la seule Bretagne. Un volume qui a immédiatement posé un problème logistique : que faire de ces carcasses, dans une région où l’équarrissage repose sur un seul opérateur.
SecAnim débordée, l’arrêté du 25 juin
En Bretagne, la collecte des cadavres d’animaux d’élevage est assurée par la société SecAnim, opérateur exclusif d’équarrissage sur le territoire. La réglementation impose normalement un enlèvement dans un délai de deux jours francs après la mort de l’animal. Avec l’afflux massif de carcasses, ce délai n’a plus pu être tenu, selon la DRAAF Bretagne.
Face à ce risque sanitaire, le préfet de Bretagne a pris un arrêté le 25 juin 2026 autorisant, à titre exceptionnel et temporaire, l’enfouissement des cadavres directement sur les sites d’élevage. Une mesure dérogatoire, rare, justifiée par la saturation de la filière d’équarrissage plutôt que par un choix de gestion habituel.
Un enfouissement sous contrôle strict
Cette dérogation n’a rien d’un blanc-seing donné aux éleveurs. Selon les services de l’État en Bretagne, chaque demande devait passer par une procédure dématérialisée, instruite conjointement par la direction départementale de la protection des populations (DDPP) et la DRAAF. L’objectif : vérifier au cas par cas que l’enfouissement était possible sans risque.
Point central du dispositif, chaque site candidat à l’enfouissement devait obtenir la validation sur place d’un hydrogéologue. Ce passage obligé visait à écarter tout risque de pollution bactérienne des sols et, surtout, des nappes phréatiques, rappelle la DRAAF Bretagne. La chambre d’agriculture de Bretagne a également relayé cette procédure auprès des exploitants, insistant sur le caractère encadré et temporaire de la mesure.
Contexte dans l’Ille-et-Vilaine
L’Ille-et-Vilaine s’inscrit dans une région où l’élevage, avicole comme porcin, pèse lourd dans l’économie agricole. La Bretagne concentre une part importante de la production française de volailles et de porcs, ce qui explique l’ampleur des conséquences d’un épisode de mortalité massive comme celui de juin 2026. Un seul équarrisseur pour toute la région, en la personne de SecAnim, illustre aussi la fragilité logistique de la filière face à un choc climatique brutal et généralisé.
Cette vague de chaleur n’a pas touché que la Bretagne. Ailleurs en France, la canicule a aussi obligé les organisateurs d’événements à s’adapter, comme le montre le dispositif anti-canicule déployé pour le Tour de France 2026 à Bordeaux. Un signe que l’épisode de juin a eu des répercussions bien au-delà des seuls élevages.
La profession réclame un plan structurel
Une fois l’urgence gérée, la question de la répétition de tels épisodes s’est posée. Tristan Poincloux, co-président du Comité régional avicole, a interpellé les industriels de l’équarrissage ainsi que l’État. Selon lui, il ne suffit pas de gérer l’urgence au coup par coup : il faut un plan d’actions logistique structurel pour que la filière puisse absorber de futures vagues de chaleur, qui devraient se répéter avec le réchauffement climatique.
Le 7 juillet 2026, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé un ensemble de mesures d’urgence et d’indemnisation pour les éleveurs touchés. Le bilan chiffré par ses services s’élève à 9 127 tonnes d’animaux morts sur l’ensemble de la zone concernée par la canicule, un chiffre supérieur aux seules estimations bretonnes évoquées quelques jours plus tôt.
Retour progressif à la normale
Avec la baisse des températures et le rattrapage progressif des collectes par SecAnim, la situation s’est apaisée début juillet. Le guichet de dérogation à l’enfouissement a fermé le 2 juillet 2026 pour les filières volailles et porcs, puis le 3 juillet pour les bovins, selon la DRAAF Bretagne. Depuis, la collecte classique des cadavres d’animaux a repris son cours normal dans les élevages bretons.
Reste la question posée par la profession agricole : celle de la capacité de la filière d’équarrissage à absorber un nouvel épisode de ce type, si la chaleur devait revenir dans les prochaines semaines.
Sources
- DRAAF Bretagne : Mortalité en élevage : demander une dérogation d'enfouissement
- Chambre d'agriculture de Bretagne : Mortalités en élevages suite à la canicule
- Ministère de l'Agriculture : Face à la crise caniculaire, Annie Genevard annonce des mesures d'urgence
- @RAutrement : Enfouissement des cadavres d'animaux en Ille-et-Vilaine