Indre-et-Loire : 18 arrêts maladie sur 20 à Amboise, les agents des services sociaux en alerte
Une centaine d'agents mobilisés le 12 juin à Tours pour dénoncer conditions de travail, moyens insuffisants et violences.
Les services sociaux du Conseil départemental d'Indre-et-Loire sont en crise. Avec 18 agents sur 20 en arrêt à la MDS d'Amboise, une centaine de professionnels ont manifesté le 12 juin pour alerter sur l'épuisement des équipes et la dégradation de l'accompagnement des plus fragiles.
L’essentiel
- 18 sur 20 : le nombre d’agents en arrêt maladie à la Maison départementale de la solidarité (MDS) d’Amboise, selon la FSU.
- 100 agents mobilisés : rassemblement le 12 juin 2026 place de la Préfecture à Tours pour dénoncer conditions de travail et manque de moyens.
- 67 % du budget : l’action sociale représente 435 millions d’euros du budget départemental, dont plus de 100 M€ pour le RSA.
Les services sociaux d’Indre-et-Loire donnent de la voix. Le vendredi 12 juin 2026, une centaine d’agents du Conseil départemental se sont rassemblés place de la Préfecture et rue Bernard-Palissy à Tours pour alerter sur une situation qu’ils jugent intenable. En cause : un taux d’arrêts maladie record, un manque de moyens chronique et une montée des violences physiques et verbales subies au quotidien.
Le chiffre-choc de la MDS d’Amboise
Le point d’orgue de cette mobilisation est le chiffre avancé par Jean-François Thonon, cosecrétaire départemental FSU Territoriale 37 : à la Maison départementale de la solidarité d’Amboise, 18 agents sur 20 sont actuellement en arrêt maladie. « C’est du jamais-vu », témoigne-t-il. Les agents présents décrivent un épuisement collectif, renforcé par des conflits éthiques et un sentiment d’abandon de la part de leur hiérarchie.
Les revendications portées lors du rassemblement sont claires : les syndicats - FSU et CGT - réclament un audit indépendant de la Direction générale de l’action sociale (DGAS), des créations de postes en nombre suffisant et une reconnaissance des difficultés du métier. « On nous demande de faire toujours plus avec toujours moins, et on devient la variable d’ajustement », résume un agent présent sous couvert d’anonymat.
Un département sous tension budgétaire
Le Conseil départemental d’Indre-et-Loire gère 22 Maisons départementales de la solidarité (MDS) réparties sur le territoire, employant environ 450 professionnels sociaux et médico-sociaux, selon son site officiel. L’action sociale représente 67 % du budget départemental, soit 435 millions d’euros, dont plus de 100 millions consacrés au revenu de solidarité active (RSA). Un effort budgétaire conséquent qui ne suffit pas, aux yeux des agents, à garantir des conditions de travail décentes.
Le Schéma départemental unique des solidarités (SDUS) 2024-2029, adopté en septembre 2024, prévoyait pourtant des avancées : doublement des capacités d’accueil à domicile depuis 2018 et création de 69 places d’hébergement supplémentaires (+16 %). Mais ces mesures structurelles n’ont pas enrayé la dégradation du quotidien dans les MDS. « Le SDUS, c’est bien sur le papier, mais sur le terrain, on manque de collègues pour accompagner les familles », déplore une assistante sociale.
Contexte dans l’Indre-et-Loire
L’Indre-et-Loire compte environ 615 000 habitants (2025) et fait face à une paupérisation croissante dans certaines zones, notamment les quartiers prioritaires de Tours et les communes rurales du sud du département. Le taux de bénéficiaires du RSA y est supérieur à la moyenne régionale, avec plus de 30 000 allocataires. Le vieillissement de la population accentue encore la pression sur les services sociaux. Dans ce contexte, le cri d’alarme des agents des MDS interroge sur la capacité du département à maintenir un accompagnement de proximité.
Le rassemblement du 12 juin n’est pas un acte isolé. Un appel à la grève a été lancé par la FSU et la CGT pour le mardi 16 juin 2026, avec une distribution de tracts prévue au Domaine de Candé. Les agents demandent à être reçus par la présidente du département, Nadège Arnault (en poste depuis octobre 2023), et par la directrice générale des services. Selon la Nouvelle République, une délégation a été reçue par M. Lebreton et Mme Jabot, mais « sans aucune proposition concrète ».
Cette situation rappelle d’autres tensions dans les services publics, comme celles évoquées dans un article d’info.fr sur le harcèlement moral au laboratoire de police scientifique de Lille, où les conditions de travail sont également pointées du doigt. Par ailleurs, des initiatives comme la convention signée à Strasbourg entre l’État et l’EPIDE pour faciliter le logement des jeunes en insertion montrent que des réponses existent ailleurs, mais elles peinent à être transposées en Touraine.
Les agents dénoncent aussi des violences physiques et verbales de la part de certains usagers, conséquence directe, selon eux, d’un accompagnement dégradé. « Quand on n’a plus le temps d’écouter, les tensions montent », explique un éducateur spécialisé. La perte de sens est également citée comme un motif majeur de l’épuisement professionnel.
Des pistes pour sortir de la crise
Face à l’urgence, les syndicats demandent un plan de Recrutement immédiat, la revalorisation des salaires et la réouverture de lits en hébergement d’urgence. Le département, de son côté, rappelle que le SDUS 2024-2029 prévoit un renforcement des dispositifs de prévention. Mais le calendrier semble trop long pour des équipes exsangues. La prochaine étape sera la réunion du comité technique du département, prévue fin juin, où les représentants du personnel comptent bien remettre le sujet sur la table.
Sources
- La Nouvelle République : "Dix-huit arrêts maladie sur vingt" : une situation intenable dans les services sociaux du département en Indre-et-Loire
- info.fr : Indre-et-Loire : 18 arrêts maladie sur 20 à Amboise, les services sociaux en crise
- CGT Services Publics : 37 | Mobilisation des agent·es du Conseil départemental d'Indre-et-Loire
- Conseil départemental d'Indre-et-Loire : Solidarités - Touraine, le département