Jeanne d’Hauteserre rembourse 13 000 euros sur 36 000 dépensés en vêtements

La maire LR du VIIIe arrondissement de Paris a effectué jeudi 4 décembre un premier versement de 13 000 euros à la Ville

Jeanne d’Hauteserre rembourse 13 000 euros sur 36 000 dépensés en vêtements
Jeanne d'Hauteserre, maire du VIIIe arrondissement de Paris, dans son bureau Claire Delattre / INFO.FR

Jeudi 4 décembre 2025, Jeanne d'Hauteserre, maire LR du VIIIe arrondissement de Paris, a versé 13 000 euros à la Ville de Paris, premier remboursement sur les 36 000 euros de frais de représentation qu'elle avait utilisés pour acheter des vêtements de luxe. Deux autres versements sont prévus en janvier et février 2026. Cette décision intervient deux mois après qu'elle soit devenue la risée des réseaux sociaux suite à une intervention sur BFM TV où elle remerciait les contribuables de lui permettre d'être "toujours bien sapée".

L'essentiel

  • Jeanne d'Hauteserre a versé 13 000 euros à la Ville de Paris le jeudi 4 décembre 2025, premier remboursement sur les 36 000 euros de frais vestimentaires
  • Deux autres versements sont programmés en janvier et février 2026 pour solder l'intégralité de la somme dépensée durant son mandat
  • La polémique avait éclaté début octobre 2025 après les révélations de Libération sur 35 779 euros de dépenses en vêtements en quatre ans et demi
  • L'élue de 72 ans, maire LR du VIIIe arrondissement depuis 2014, avait choqué en remerciant les contribuables qui lui permettaient d'être "bien sapée"
  • Ce remboursement volontaire pourrait créer un précédent pour d'autres élus parisiens épinglés pour leurs frais de représentation excessifs

13 000 euros. C’est le montant du premier remboursement effectué jeudi 4 décembre 2025 par Jeanne d’Hauteserre à la Ville de Paris. Selon Le Parisien, la maire du VIIIe arrondissement tient ainsi sa promesse de restituer l’intégralité des 36 000 euros de frais de représentation qu’elle avait consacrés à l’achat de vêtements durant son mandat. « J’ai remboursé ! », lâche l’élue Les Républicains, qui s’est engagée à verser deux autres sommes en janvier et février prochain.

La polémique de la maire « toujours bien sapée »

Tout avait commencé début octobre 2025 lorsque Libération révélait le contenu des frais de représentation des maires d’arrondissement parisiens. Jeanne d’Hauteserre y apparaissait avec 35 779 euros de dépenses vestimentaires en quatre ans et demi. Invitée sur BFM TV le samedi 4 octobre pour s’expliquer, l’édile de 72 ans avait livré une défense pour le moins maladroite.

« Effectivement, j’ai cette image de maire toujours bien sapée, toujours élégante. Chaque maire a une enveloppe de 990 euros par mois qu’il peut utiliser comme il veut. Moi, j’ai préféré m’acheter des fringues pour être bien sapée », avait-elle déclaré sur BFM TV.

Mais c’est surtout la suite de son intervention qui avait choqué l’opinion publique. Le Parisien rapporte qu’elle avait ajouté : « Je profite de l’occasion pour remercier tous nos concitoyens qui travaillent et qui nous permettent d’avoir ces indemnités… » Une phrase qui avait immédiatement déclenché un torrent de critiques sur les réseaux sociaux et fait d’elle la cible de nombreuses émissions satiriques, dont Quotidien de Yann Barthès.

Un parcours de communicante devenue élue

Derrière cette polémique se cache le portrait d’une femme au parcours atypique. Née au Vietnam en 1953, fille d’un militaire français et d’une infirmière chinoise, Jeanne d’Hauteserre arrive en France durant la guerre du Vietnam pour s’installer à Moulins dans l’Allier. Selon RTL, elle doit abandonner ses études à 16 ans après la mort de son père et entre dans la vie active comme stagiaire en communication.

C’est dans les années 1980 qu’elle débute véritablement sa carrière avec Jacques Séguéla comme mentor, tout en prenant sa carte au RPR. Tour à tour collaboratrice parlementaire et chargée de communication ministérielle, elle est propulsée maire du VIIIe arrondissement en 2014 dans des circonstances particulières. Nathalie Kosciusko-Morizet, alors candidate à la mairie de Paris, la choisit en urgence deux mois avant les élections pour remplacer la tête de liste victime d’un burn-out. Elle remporte le second tour avec 56% des voix, selon RTL.

Une question d’honneur dans un contexte budgétaire tendu

Face à l’ampleur de la polémique, Jeanne d’Hauteserre avait rapidement changé de stratégie. Dès le 7 octobre, elle annonçait au Parisien sa décision de saisir les services juridiques de la Ville pour étudier les modalités d’un remboursement. « Ces dépenses sont légales mais elles choquent nos concitoyens », reconnaissait alors l’édile de droite.

La solution technique a finalement été trouvée par l’administration parisienne. « Il fallait voir avec le service de la trésorerie comment justifier les sommes à reverser. Cela est possible via les factures d’achats », explique-t-elle au Parisien. Un processus administratif qui aura donc pris près de deux mois.

« C’est un privilège que les élus, parlementaires aussi, ont, mais dans la conjoncture actuelle, je considère qu’il faut les supprimer alors qu’on demande à nos concitoyens des efforts et d’être plus taxés. J’en ai fait une question d’honneur, même si ces frais sont légitimes », affirme Jeanne d’Hauteserre au Parisien.

Un précédent pour les élus parisiens

Le remboursement de Jeanne d’Hauteserre pourrait créer un précédent inédit dans la gestion des frais de représentation des élus parisiens. Les révélations de Libération en octobre avaient mis en lumière de nombreuses dépenses jugées excessives ou inappropriées chez plusieurs maires d’arrondissement. L’édile du VIIIe se présente désormais comme « la première élue à procéder ainsi » et espère que « d’autres suivront », selon Le HuffPost.

Cette affaire intervient dans un contexte politique particulièrement sensible, alors que le gouvernement demande des efforts budgétaires aux Français et que la question du train de vie des élus reste un sujet de crispation majeur. Le cas de Jeanne d’Hauteserre rappelle également l’affaire Fillon et ses costumes offerts, comme le souligne un commentaire sur Le Point.

Entre moqueries et défense de la réussite sociale

Si la polémique a fait de Jeanne d’Hauteserre la cible de nombreuses railleries, certains voix se sont élevées pour prendre sa défense. Sur Le Point, un commentateur déplore « ce sentiment d’aigreur et de jalousie » face à la réussite sociale, estimant que « toute réussite est à dénigrer et à entâcher de manœuvres frauduleuses ou imméritées ».

D’autres s’interrogent sur le bilan concret de l’élue. « Elle est maire du VIIIe arrondissement de Paris depuis 11 ans et 8 mois : qu’a-t-elle fait de concret ? », questionne un autre internaute sur le même site. Une interrogation qui dépasse le simple cas des frais vestimentaires pour toucher à la question plus large de l’efficacité de l’action municipale dans l’un des arrondissements les plus prestigieux de la capitale.

Avec ce premier remboursement de 13 000 euros, Jeanne d’Hauteserre espère tourner la page d’une affaire qui a écorné son image. Reste à savoir si ce geste suffira à faire oublier ses déclarations malheureuses d’octobre et si d’autres élus parisiens suivront son exemple. La question des frais de représentation des élus, légaux mais souvent jugés excessifs par les citoyens, demeure plus que jamais au cœur du débat sur l’exemplarité politique.

Sources

  • Le Parisien (5 décembre 2025)
  • Libération (5 octobre 2025)
  • RTL (7 octobre 2025)
  • Le HuffPost (7 octobre 2025)
  • Le Point (21 octobre 2025)
Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.