Jérusalem : le Patriarche latin bloqué au Saint-Sépulcre

La police israélienne a empêché le cardinal Pizzaballa de célébrer la messe des Rameaux. L'Italie convoque l'ambassadeur d'Israël, Macron condamne.

Photo : Jérusalem : le Patriarche latin bloqué au Saint-Sépulcre
Photo : Jérusalem : le Patriarche latin bloqué au Saint-Sépulcre Illustration Pierre Monteil / INFO.FR

Incident diplomatique majeur à Jérusalem : la police israélienne a bloqué le Patriarche latin en route vers le Saint-Sépulcre. La messe des Rameaux a été annulée, une première historique qui fait réagir Paris et Rome.

LES ENJEUX
Précédent historique
Première fois depuis des siècles que la messe des Rameaux ne peut être célébrée au Saint-Sépulcre par les chefs de l'Église
Crise diplomatique
L'Italie convoque l'ambassadeur d'Israël, Macron condamne, le Vatican n'a pas encore réagi officiellement
Statut des Lieux Saints
Les restrictions sécuritaires liées à l'offensive contre l'Iran remettent en cause l'accès garanti aux lieux de culte
Érosion chrétienne
Les chrétiens de Terre Sainte sont passés de 18% de la population en 1948 à moins de 2% aujourd'hui
L'essentiel — les faits vérifiés
  • Le cardinal Pizzaballa, Patriarche latin de Jérusalem depuis 2023, a été refoulé par la police israélienne en route vers le Saint-Sépulcre le 29 mars 2026
  • La messe des Rameaux n'a pas été célébrée, une première 'depuis des siècles' selon le Patriarcat latin
  • L'Italie convoque l'ambassadeur d'Israël, Macron condamne les 'violations du statut des Lieux Saints'
  • Les chrétiens sont passés de 18% à moins de 2% de la population de la Terre sainte depuis 1948

29 mars 2026, matin de Pâques des Rameaux. Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, 61 ans, Patriarche latin de Jérusalem depuis 2023, se déplace à titre privé vers l’église du Saint-Sépulcre, dans la vieille ville de Jérusalem-Est. À ses côtés, le Custode Francesco Ielpo, chef des franciscains pour la Terre Sainte. Deux hommes, pas de cortège, pas de foule. La police israélienne les arrête en chemin et les contraint à rebrousser chemin.

La messe des Rameaux au Saint-Sépulcre n’a pas eu lieu. Selon un communiqué conjoint du Patriarcat latin et de la Custodie de Terre Sainte, c’est « la première fois depuis des siècles » que les chefs de l’Église catholique latine sont empêchés de célébrer cette messe. C’est peu dire que la formule pèse.

Un cardinal refoulé comme un passant

Le Saint-Sépulcre n’est pas une église parmi d’autres : c’est le lieu où la tradition chrétienne situe la crucifixion, l’ensevelissement et la résurrection du Christ, et c’est précisément là, à quelques centaines de mètres du Mur des Lamentations, que deux hommes sans escorte ont été refoulés. La messe des Rameaux y ouvre la Semaine sainte, la semaine la plus chargée du calendrier liturgique. La procession traditionnelle, qui part du mont des Oliviers pour rejoindre la vieille ville et attire chaque année des milliers de fidèles, avait déjà été annulée. Le Patriarcat latin avait également annoncé l’annulation de la procession traditionnelle du dimanche des Rameaux, rapporte Le Parisien.

Le Patriarcat avait accepté cette annulation. Les chefs des Églises, précise le communiqué, « ont agi en toute responsabilité et, depuis le début de la guerre, se sont conformés à toutes les restrictions imposées ». La ligne rouge, c’était la célébration elle-même, à huis clos, par deux hommes se déplaçant sans escorte. La police a jugé que même ça, c’était trop.

50 personnes
Limite maximale de rassemblement imposée par Israël depuis le 28 février, y compris dans les lieux de culte
Source : Franceinfo / BFMTV

La justification officielle, rapportée par le Courrier International : la configuration de la vieille ville constitue « une zone complexe » ne permettant pas l’accès rapide des secours en cas d’attaque. Le communiqué parle de sécurité. Deux hommes marchant à titre privé vers une église, sans fidèles, sans procession, ne constituent pas un rassemblement de 50 personnes. Le Patriarcat traduit : une mesure « manifestement déraisonnable et gravement disproportionnée ».

Contactée par l’AFP, la police israélienne n’a pas répondu.

Rome et Paris réagissent, Israël se tait

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La présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, a été la première à réagir, qualifiant l’incident d' »offense non seulement pour les croyants, mais pour toute communauté qui reconnaît la liberté religieuse », selon 20 Minutes. Le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a annoncé la convocation de l’ambassadeur d’Israël en Italie pour lundi, une information confirmée par TV5Monde. Que Rome soit la première capitale à monter au créneau n’a rien d’étonnant : Pizzaballa est un franciscain italien, et la Custodie de Terre Sainte est une institution franciscaine sous protection historique de l’Italie.

Emmanuel Macron a condamné la décision sur X, dénonçant « la multiplication préoccupante des violations du statut des Lieux Saints de Jérusalem », comme l’a rapporté Le Parisien. La France revendique historiquement un rôle de « protectrice des chrétiens d’Orient ».

Les réactions internationales
🇮🇹 ItalieMeloni condamne une "offense aux croyants", Tajani convoque l'ambassadeur d'Israël lundi
🇫🇷 FranceMacron dénonce des "violations du statut des Lieux Saints" et apporte son soutien au Patriarche
🇮🇱 IsraëlSilence. La police n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP
🇻🇦 VaticanAucune réaction officielle du pape Léon XIV constatée au moment de la publication

Le silence du Vatican est en soi un signal. Quand le Saint-Siège ne commente pas immédiatement un incident touchant ses Lieux Saints les plus sacrés, c’est généralement que des canaux diplomatiques discrets sont activés. Difficile à ce stade de savoir si le pape Léon XIV interviendra publiquement.

De 18% à moins de 2% : l’exode silencieux

Sur le terrain, des chrétiens palestiniens se sont réunis au monastère Saint-Sauveur, dans la vieille ville, pour une célébration de substitution. « C’est très triste », confie André, 51 ans, à l’AFP, repris par le Courrier International. « Nous sommes toujours habitués à la procession qui commence au mont des Oliviers, mais cette année il nous est interdit de célébrer. »

Un cardinal bloqué par la police, une messe interdite pour la première fois depuis des siècles, une communauté réduite de 18% à moins de 2% en moins de 80 ans : les pièces s’assemblent. Il s’inscrit dans une trajectoire documentée. Selon les estimations 2023 du Patriarcat latin, reprises par BFMTV, les chrétiens représentaient plus de 18% de la population de la Terre sainte (Israël, Territoires palestiniens occupés et Jordanie) lors de la création de l’État d’Israël en 1948. Ils sont aujourd’hui moins de 2%, pour la plupart orthodoxes. En filigrane de chaque restriction, de chaque procession annulée, de chaque accès refusé, c’est cette réalité démographique qui s’accélère.

Infographie : L'accès aux Lieux Saints sous pression
L'accès aux Lieux Saints sous pression · INFO.FR

Les incidents se multiplient, sur fond de guerre régionale débutée le 28 février 2026, et chacun grignote un peu plus le fragile statu quo qui régit les Lieux Saints depuis des décennies.

Un message politique au-delà de la sécurité

La question que personne n’a posée ce dimanche : les restrictions de 50 personnes ont-elles été appliquées avec la même rigueur aux synagogues pendant les fêtes juives depuis le 28 février ? Les sources disponibles ne permettent pas de répondre. Le Courrier International mentionne que la mosquée Al-Aqsa, troisième lieu saint de l’islam, a également été fermée durant le ramadan dans le cadre des mêmes mesures. On ignore les modalités exactes de cette fermeture.

Ce qui est documenté, en revanche, c’est ceci : quand un État empêche les gardiens religieux d’un lieu saint d’y accéder pour une célébration privée, il ne s’agit plus de sécurité. C’est un message. Le Patriarcat l’a compris, qui parle de « manque de considération envers la sensibilité de milliards de personnes ».

La convocation de l’ambassadeur d’Israël à Rome, annoncée pour lundi 30 mars, sera le premier test diplomatique concret. La réponse israélienne, si elle vient, dira beaucoup sur la suite de la Semaine sainte à Jérusalem. Les chrétiens de Terre Sainte, eux, savent compter : de 18% à 2% en 78 ans, ça fait environ 0,2 point de pourcentage perdu chaque année. À ce rythme, la question n’est pas de savoir s’ils pourront encore célébrer Pâques au Saint-Sépulcre, mais combien de temps.

Sources

Pierre Monteil

Pierre Monteil

Correspondant international et analyste géopolitique. Formation en relations internationales et journalisme. Expérience terrain dans plusieurs zones de conflit et expertise des questions diplomatiques européennes. Spécialisé dans l'analyse des crises internationales, les relations franco-européennes et les enjeux de défense. Rejoint INFO.FR pour décrypter l'actualité mondiale avec rigueur et pédagogie.

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