Julian Alaphilippe envisage de quitter le Tour de France
Le Français quitte le Tour après huit participations et 18 jours en jaune
Après huit participations, le double champion du monde pourrait ne plus revenir sur la Grande Boucle. À 34 ans, il termine 125e du classement général et confie que le plaisir n'est plus au rendez-vous.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Fin d'une ère pour le cyclisme français
Alaphilippe incarnait le panache à la française sur le Tour. Son départ marque la fin d'un style de course fondé sur l'audace et l'attaque, dans un peloton devenu ultra-scientifique.
Un Tour trop rapide pour les puncheurs
L'édition 2026, la plus rapide de l'histoire à 43,227 km/h, illustre l'évolution du cyclisme moderne. Les grimpeurs-rouleurs dominent, les puncheurs explosifs comme Alaphilippe ne trouvent plus leur place.
L'usure mentale et physique
Alaphilippe part sans blessure grave, juste par manque de plaisir. Cette lucidité interroge : combien de champions poursuivent au-delà du raisonnable ? Lui a choisi de partir avant de devenir une caricature de lui-même.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
-
2016
Première participation
Alaphilippe découvre le Tour de France et annonce la couleur avec son style offensif.
-
2018
Maillot à pois
Il remporte le classement de la montagne et révèle son tempérament d'attaquant.
-
2019
14 jours en jaune
Son épopée en maillot jaune pendant deux semaines captive la France entière.
-
2020-2021
Double champion du monde
Il devient double champion du monde sur route, confirmant son statut de star mondiale.
-
2026
Adieux à Paris
Dernier Tour, 125e au général. Il salue le public à Montmartre et tire sa révérence.
Rue Lepic, sur les pavés de Montmartre, Julian Alaphilippe descend de vélo. Il serre des mains, signe des maillots, pose pour des selfies. Le peloton est passé depuis cinq minutes. Lui reste. Les spectateurs crient son prénom. Il sourit, ne dit rien, remonte en selle.
C’est peut-être fini. Le Tour de France 2026 pourrait être son dernier. À 34 ans - après huit participations - le coureur français envisage de tirer sa révérence. « C’est certainement mon dernier », a-t-il confié devant les médias. Pas de certitude absolue, mais l’intention est claire. Il l’avait évoqué avant l’arrivée à Paris.
Le bilan de ce Tour 2026 est sec. 125e au classement général après l’étape 20. Meilleur résultat d’étape: 29e place. Pas de coup d’éclat, pas de victoire, pas de maillot distinctif. L’Alaphilippe qui électrisait les étapes a disparu. Reste un coureur qui termine dans le ventre mou du peloton.
La différence saute aux yeux. En 2019 - il portait le maillot jaune pendant 14 jours. En 2021 - encore 4 jours de jaune. Cette année, rien. Le Tour est devenu le plus rapide de l’histoire: 43,227 km/h de moyenne. Alaphilippe, lui, a ralenti. « There is no enjoyment there anymore », a-t-il lâché en anglais. Plus de plaisir. C’est la seule explication qu’il donne. Pas de blessure grave, pas de conflit avec l’équipe. Juste l’usure.
Un palmarès qui parle
Six victoires d’étapes sur le Tour. Dix-huit jours en maillot jaune au total. Le maillot à pois en 2018. Deux titres de champion du monde, en 2020 et 2021. Alaphilippe a marqué l’histoire du cyclisme français. Mais il l’a marquée ailleurs que sur le Tour. Sur le Giro, par exemple, où il a gagné une étape à Fano cette année. Sur les classiques, où il a brillé pendant des années.
Le Tour, c’est autre chose. C’est trois semaines de montagne, de contre-la-montre, de gestion. Alaphilippe est un puncheur, un attaquant. Il explose sur un col court, pas sur une ascension de 20 kilomètres. Il gagne des étapes, il ne gagne pas des tours. Il le sait. Le public le sait aussi. Mais le public s’en fout. Le public veut Alaphilippe qui attaque, qui prend des risques, qui porte le jaune même s’il sait qu’il va le perdre.
Le corps et la tête ont dit stop
L’usure n’est pas qu’une formule. Elle a un nom, une date, des cicatrices. Alaphilippe a connu plusieurs chutes graves dans sa carrière. Le corps encaisse, mais la confiance vacille.
Et puis il y a la pression. Celle d’être le chouchou des Français, le seul capable de porter le jaune sans être un grimpeur pur. Celle de devoir attaquer, toujours, parce que c’est ce qu’on attend de lui. Celle de répondre aux questions après chaque étape, même quand il n’a rien à dire. « There is no enjoyment there anymore ». La phrase dit tout. Pas de plaisir, pas de course. Pour Alaphilippe, le cyclisme a toujours été une affaire de plaisir. Quand le plaisir disparaît, il n’y a plus de raison de continuer. S’il part, ce sera lucide, avant de devenir une caricature de lui-même.
Ce que personne ne dit
Le Tour 2026 est l’édition la plus rapide de l’histoire. Ce record n’est pas un hasard. Les coureurs sont plus légers, plus musclés, mieux entraînés. Les équipes emploient des nutritionnistes, des kinés, des analystes de données. Le matériel a progressé. Les roues, les cadres, les capteurs de puissance. Tout s’est professionnalisé. Le cyclisme est devenu une science exacte.
Alaphilippe vient d’une autre époque. Pas celle des années 1990, non. Celle des années 2010. Une époque où un coureur pouvait encore gagner en prenant des risques insensés dans une descente. Où on pouvait porter le jaune pendant deux semaines sans être le meilleur grimpeur du peloton. Cette époque est révolue. Le peloton a évolué. Alaphilippe, lui, est resté le même. C’est peut-être pour ça qu’il envisage de partir.
Le dernier puncheur français
Avec Alaphilippe, c’est toute une famille de coureurs qui pourrait disparaître. Celle des puncheurs français capables d’enflammer le Tour. On se souvient de Thomas Voeckler, qui résistait en jaune par pur panache. De coureurs qui arrachaient des victoires d’étapes en solitaire. D’Alaphilippe, donc, qui a poussé le genre jusqu’à son paroxysme: 18 jours en jaune - deux titres de champion du monde - six victoires d’étapes.
Derrière lui, personne. Aucun puncheur français de ce calibre dans la nouvelle génération. Les jeunes Français qui percent sur le Tour sont des grimpeurs, des sprinteurs, des rouleurs. Pas d’attaquant explosif capable de rivaliser avec les meilleurs sur un col de 5 kilomètres à 8 %. Le vide est total. Depuis les adieux de Voeckler, aucun départ n’avait autant ému le public français. Si Alaphilippe s’en va, il n’y aura pas de relève.
L’étape parisienne sur Montmartre
La dernière étape du Tour 2026 passait trois fois par la butte Montmartre. Trois occasions pour Alaphilippe de saluer le public français. Il les a saisies toutes les trois. Au premier passage, il lève les bras. Au deuxième, il tape dans les mains des spectateurs. Au troisième, il s’arrête. Le peloton file vers les Champs-Élysées. Lui reste rue Lepic.
Les images circulent déjà sur les réseaux sociaux. C’est exactement ça. Magnifique. Et triste. Parce que le Tour sans Alaphilippe, ce serait un Tour plus prévisible, plus calculé, plus ennuyeux.
Et après?
Il pourrait se concentrer sur les classiques, sur le Giro, sur des courses d’un jour. Il pourrait arrêter complètement. Il ne ferme aucune porte. « On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve, mais chaque moment passé ici est une bénédiction », a-t-il glissé.
Une chose semble probable: s’il ne revient pas sur le Tour, ce sera cohérent avec ce qu’il a dit. Il l’a évoqué. Il l’a répété. Il n’y a plus de plaisir. Le plaisir, c’est tout ce qui compte pour Alaphilippe. Sans plaisir, il n’y a pas de raison de continuer. C’est logique. C’est cohérent. C’est triste quand même.
Rue Lepic, Alaphilippe remonte en selle. Il rejoint le peloton. Les spectateurs applaudissent. Le soleil tape sur les pavés. Reviendra-t-il?